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dimanche 22 juillet 1866

(10 heures soir.) Réponse à Blonay. Passé la journée auprès de ma soeur Fanny. — En passant à Carrouge, cherché des nouvelles des amis Droin et des parentes, de Vennes et de Lyon. Anna n'avait déjà plus sa bonne mine des hauteurs, et a repris son visage de fatigue résignée et ses yeux qui ne dorment pas assez. Andrienne m'apprend que nos deux Lyonnaises sèchent dans leur fournaise et atendent je ne sais quoi pour revenir. Louise étant d'une susceptibilité hautaine et sèche sur ses affaires, je ne veux plus recommencer à encourir ses algarades, en intervenant d'unc façon quelconque dans ses intérêts ou ses embarras. ll est choquant de laisser intervertir les rôles et d'avoir l'air d'importun ou d'important, quand on n'est que sympathique et désintéressé. Louise n'ayant pas l'ombre de confiance en moi, cette situation me décharge de toute responsabilité. Prends la chose par le bon côté.

La journée a été splendide. Trouvé à Onex les dames seulement. Franki et son fils sont a la Vallée de Joux. Ma sœur, la cousine J. Bonnet, la grand'maman Guillermet étaient très-bien. Alicette est indisposée par échauffement. Elle a beaucoup grandi. Elle a oscillé entre le vousoiement[sic] et le tutoiement avec son oncle qu'elle ne voit pas souvent ; mais elle s'est si vite rattachée à lui que, le soir, elle entendait sérieusement venir coucher en ville en quittant sa mère et tout. Toutes les objections soulevées par les trois dames n'y ont rien fait, et j'ai dû manœuvrer avec quelque adresse pour lui faire ajourner ce proiet, sans la faire fondre enclarmes. Elle avait cherché son chapeau et demandait fermement à partir. Elle me remettait le soin de sa toilette et pensait partager mon lit. Ce petit bout de femme de trois ans avait déjà pris sa réeolution. Nous avons couru la campagne ensemble et déchiffré les fleurs et les insectes. Elle s'est coupée au pouce, et je l'ai consolée ; elle avait une médecine amère à prendre etj'ai fait franchir le mauvais pas ; elle refuse d'ordinaire le pain et je lui en fais manger tout le temps du repas. Je sens qu'elle se donne à moi et que je pourrais faire d'elle ce que je voudrais, parce que je la comprends par les entrailles, et que je devine d'instainct l'art de la manier. J'obtiens aisément d'elle l'obéissance sur les points même où l'on éprouve, me dit-on, le plus de peine à l'imposer. Pourquoi ? Parce que je suggère. Faire désire le bien, stimuler le zèle, gagner la volonté, susciter le goût, est un secret bien simple, et que je m'étonne de voir si peu connu.
Continué Thckeray...
Et même assez sottement jusqu'à 11 heures 1/2 soir.

NOTES

Blonay : Voyez à Carte de Suisse

Anna : Voyez à “Anna”.

Andrienne : Voyez à Marie-Andrienne

Louise : Cousine d'Amiel.

Franki : Voyez Guillermet.

Alicette : Voyez Guillermet.