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lundi 23 juillet 1866

(9 heures soir.) Ce matin courses d'affaires, puis écrit it H. Bordier, à Charton, à Kroll. Après-midi, excursion a Anières, avec N Boileau. Nous trouvons là-haut Miss O. Bourrit ; et ce trio s'amuse de son mieux. — Expédié à Blonay une enveloppe-monstre contenant autant de lettres que le cheval, de Troie renfermait de guerriers. — Reçu ce soir quatre pages sur feuilles de rose : Tout va bien, le moral et la santé, pour quelqu'un qui m'intéresse. Le temps est devenu, dans l'après-midi, cotonneux et voilé. Miss O. Bourrit nous a divertis avec le récit de sa promenade à Nyon, prolongée jusqu'à Milan, par surprise et enlèvement. La pauvre N Boileau, jaune et maigre comme un clou rouillé, me fait toujours plaisir à rencontrer. Elle a renoncé absolument à toutes les grâces de son sexe, mais elle a tant de droiture, de courage et de simplicité que je l'aime comme un camarade, et que j'essaye tout en l'égayant, de lui donner quelques conseils utiles.

Petit Paul a chétive mine. Il a l'air songeur, doucet, mélancolique, d'un enfant trop nerveux. Ma sœur le conservera-t-elle ? That is the question. Mais on n'ose songer à la possibilité de ce chagrin. Les trois cousines n'ont chacune qu'un rejeton, mâle et en bas âge, et deux d'entre elles sont déjà veuves ! Que le ciel détourne l'analogie pour la troisième, et qu`elle conserve longtemps son mari et son fils.

La tante de V. Cherbuliez est d'une gaieté originale où le bon sens le dispute à l'esprit. Nous nous entendons très bien ensemble. Ma sœur a eu un assez joli mouvement en ma faveur, à propos des dollars d'Amérique. - Eugène, au contraire avait ce matin le regard particulièrement froid.- Avec D. Goetz, nous causons des affaires de Louise [Amiel].

Mlle Marin, ce soir, m'apprend que Francis a été mortellement malade et se trouve actuellement à Arcachon. Elle ignorait le veuvage de Louise. Ainsi réciproquement on se perd de vue, et le nombre de ceux qui dépendent les uns des autres va décroissant.

Aperçu les dames Thom, et le brave Herminjard.

Une bonne pluie tambourine sur ma coupole de verre, et sur mes mansardes de tôle. — Le sourd-muet, M. Griolet, m'invite pour le 29 Juillet à la Bella-Tola. Irai-je ? j'ai affaire à Saint-Cergues et Phi[line] me presse d'aller au-devant de la destinée. Ce n'est plus la saison de batifoler et de lanterner davantage. Un peu de sagesse convient avant de mourir.

NOTES

Bordier : Voyez à Bordier.

Charton : Voir sous Amiel Louise.

Kroll : Voyez sous Caroline.

N Boileau : Voyez à Boileau.

Petit Paul : Voyez sous Stroehlin

Marin : Amiel fut très lié avec les membres de la famille Marin, dans sa jeunesse.