prev

SOMMAIRE

prev

mardi 24 juillet 1866

(7 1/2 heures matin.) Temps gris et couvert. Mon pli est en route pour la côte suisse. Où voudrais-je être maintenant ? Je ne sais trop. Dans la tombe... ou dans ma trentième année. Ce qui m'est à charge c'est mon présent, c'est l'irréparable, c'est ma langueur, c'est mon irrésolution. Ce qui me tente, c'est le voyage, c'est l'étourdissement, c'est l'oubli. L'instinct de m'échapper à moi-même renaît toujours. L'impossibilité d'être content de moi me rejette dans la dispersion effrénée. Et pourtant, à quoi bon ?

Il est mille moyens de s'étourdir soi-même,
Un seul d'avoir la paix : prendre et porter sa croix [ref1]

(10 1/2 heures soir.) Continué Thackeray. — Visite aux Boissonas. — Fin de journée chez H. Bordier (jeu des Squails). Il prétend que Louise aura XVIII de rentes (trois fois mon chiffre), et il trouve cela bien modeste. Laure Bell (dans Pendennis) me rappelle Perline.
Encore un jour perdu. Je ne puis deviner à quoi il m'a servi, sauf à vieillir. — L'Affaire Clémenceau, par Alex. Dumas fils.

NOTES

ref1 : Auto-référence d'Amiel à son livre Il penseroso, in “Le secret de la paix”, p. 127.

Louise : Cousine d'Amiel — à moins qu'il en s'agisse de Louise Wyder ?

Perline : Voyez à “Anna”.