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Jeudi 5 juillet 1866

[...] Dévoré beaucoup de journaux. Grosse affaire : l'Autriche cède la Vénétie à Napoléon III et demande une médiation. C'est la suite de sept jours de combats malheureux en Bohême. Cette semaine du 27 ]uin au 3 ]uillet paraît avoir décidé du sort de la campagne et des espérances de la monarchie.
Journée de pluie. Le couchant a été d'une splendeur sombre et d'un beauté sinistre. Des arches de nuées éclatantes s'écroulaient dans un ciel farouche, où traînaient des grondements de tempête et des draperie d'orage. L'atmosphère semblait avoir une maladie de foie et faisait rêver apocalypse.
Lecture : Analyse de Michiels (La peinture flamande). Réville (les apôtres), de Renan. Prévost-Parado (une partie de son Histoire universelle). Feuilleté la Bibliothèque Universelle N° Juin.
Il me semble avoir gagné quelque chose sur l'esprit de la jeune veuve. Elle m'a remercié au départ avec un accent qui m'a fait plaisir. Comme elle ne gâte pas son monde, on lui sait gré du moindre mouvement de gratitude, qu'on se figure si volontiers être affectueux. Mais combien n'y a-t-il à faire pour l'amener seulement au degré banal de la politesse amicale.Tantae molis erat... La cousine ]ul[ie] qui a le coeur aimant et sensible m'avouait avoir toujours senti un mur entre elle et cette jeune parente. On dirait vraiment que celle-ci repousse méthodiquement la sympathie, par bravade, peur ou ironie. Nada, nada, comme l'épitaphe de Mad. de Sarens. ]'ai pourtant idée que la cure ne serait pas impossible ; mais vraiment elle ne vaut pas les années de peine qu'elle coûterait. Je ne vois pas l'avantage de dépenser sur quelques toises d'argile la somme de travail et de semences qui suffirait pour féconder deux lieues carrées de sol moins revêche. On ferait six heureux avec les soins qui dérideraient tout juste une exigence aussi dédaigneuse. Qui ne donne jamais rien à autrui n'a pas droit à la prodigalité du prochain. La réciprocité reste après tout la grande loi de l'échange social. A trop se dépenser, il peut y avoir duperie, et la duperie est une faute. La charité n'interdit pas la proportion et la gradation. On ne se doit finalement aux autres que dans la mesure où ils ont besoin de nous et où nous sommes désirés d'eux. A quoi bon s'ingénier à être importun, et s'offrir toujours à qui éconduit notre zèle trop naïf ? La bonté, non limitée par la clairvoyance, en devient bête. Sans vouloir blâmer personne, il est pourtant clair que notre estime doit grandir avec la perfection relative des âmes et que la justice distributive est dans l'exactitude des nuances. Celui ou celle qui a surabondamment fait ses preuves de courage, d'abnégation, de support, de fidélité, de charité, ne peut être mis au rang de ceux qui n'ont d'autre titre en leur faveur que l'affirmation bénévole d'un ami aveuglé. Dunque.