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vendredi 27 juillet 1866

(11 heures soir.) Fait ce matin treize bacheliers. — Visites ; à Mmes Menthonnex, Snell, à la maison de deuil Bastard-Letourneur (ce matin enterrement de la douce femme aux jolies fossettes) ; et aux Girard, d'où je reviens (carrefour de la Paumière). — Chez Mme Snell, vu une bien jolie femme, née en Crète, habitant l'Égypte et mariée avec un négociant genevois (M. Padoux) C'est la négrillonne, qu'a épousée Alo. Snell mais elle est bien mieux que celle-ci, et possède le je ne sais quoi, le diable au corps la puissance secrète de l'éternel féminin, cette étincelle de passion qu'ont si rarement les Genevoises. Avec son collier de sequins et sa robe de toile, elle éclipsait tout à fait la charmante Laurette fraîche pourtant comme une rose et blonde comme l'aurore. L'une et l'autre paraissent faites au tour, mais l'Égyptienne électrise et la Genevoise ne fait que toucher. La femme inspire l'ardeur et la vierge la bienveillance. Personnellement, je me sentais calme et détaché, même mélancolique en sentant ma faiblesse ; mais comme contemplateur, je regardais avec joie les splendeurs de la jeunesse et de la passion.
Lettre d'Andrienne qui se permet une douce raillerie envers son cousin le professeur.