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samedi 28 juillet 1866

(Midi.) Départ de Franki pour Thoune ; il officie demain comme aumônier. Jules fait le créole. Alicette prend des bains de soufre etp n'a pas encore la surface nettoyée de ses efflorescences de chaleur, mais elle avale gentiment sa gentiane.

(9 heures soir.) Erré tout l'après-midi, à travers les magasins : des emplettes soit utiles, soit superflues, pris de l'argent chez Goetz, écrit à Onex, à Blonay, à Anières, rédigé des instructions à dame Jacq. et à dame Sz., fait faire des réparations variées, bref coupé tous les câbles et réglé toutes les affaires de détail. — Signé treize diplômes de bachelier ès lettres et fait causer le bedeau, sur les étudiants qui se dérangent. Batifolé avec les deux petites Reymond. Pause à la librairie Desrogis.

Toutes ces minuties sont excédantes. Quand il faut prévoir depuis les épingles, jusqu'au manteau, cela n'en finit pas.
Maintenant recueillons-nous.
Pourquoi grimper à Saint-Cergues ? Le prétexte est d'étudier le jura ; le motif est de faire une connaissance, ou pour mieux dire, de couler à fond un problème. Il faut que je revienne de cette excursion avec une idée nette et définitive sur le compte de certaine personne. L'heure est arrivée de couper le nœud gordien et de trancher dans le vif de la destinée. Il faut qu'avant deux semaines, j'aie fait un choix arrêté un parti, jeté mon dévolu, et donné des otages à la Providence. — Alea jacta est. Cela me paraît étrange et pourtant il le faut.

Bonne lettre de Phi. « Parfois une larme roule dans mes yeux en pensant à Circine, à Valfage, etc. Depuis votre départ, je perds mes heures, et j'en souffre. Soyez mille fois béni et récompensé de tout ce que vous avez été pour moi. Mais intéressez-vous à vous-mêmeet songez au grand but. »

Le temps s'est assombri ; le Jura est dans les nuages. Vis-je là-haut perdre la voix ou trouver l'abri de mes vieux jours ? Chi lo sà ? Apprenons à dire : A la garde de Dieu !
Bon ! Il pleut maintenant. Obscurité audehors, demi-ténèbres au dedans, car ma lampe n'avait justement plus de mèches ; malle à préparer. Le dégoût du départ me saisit comme à l'ordinaire devant le dernier effort qu'il nécessite. Conclure en tout me répugne et m'ennuie, car conclure, c'est brusquer, c'est trancher, c'est renoncer.

NOTES

Franki : Voyez Guillermet.

Alicette : Voyez Guillermet.

Phi : Voyez à FAVRE, Marie-Andrienne.

Valfage : Amiel et Marie Favre avaient l'habitude de donner des noms de fantaisieaux lieux où ils aimaient se rencontrer. Ces deux-là, situés dans la région de Blonay ont déjà été cités le 16 juillet 1866.

perdre la voix : voir à la date du 11 juillet.