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lundi 30 juillet 1866. Saint-Cergues

(9 heures soir.) Changé de chambre ; une cellule redevenant vide dans la masure Trebloux on me ramène à domicile. Logement ignoble ; meubles de friperie, mauvaise odeur, point point de place, point d'air, pas de volets, une table de deux pieds carrés que mon cahier et ma bougie suffisent à couvrir ; bref un étouffoir avec fenêtre à guillotine allant jusqu'au plancher. De plus les cloisons sont de carte et des quatre côtés on entend tous les bruits et mouvements de ses voisins. — Je ne resterais pas un jour dans ce bouge inconfortable si je ne m'étais promis de faire un effort. Tout m'agace dans cette baraque. Ô hyménée, que de maux ne souffre-t-on pas pour l'amour de toi, car j'oublie les pires. Sommeil gâté, mauvaise nourriture, logement sauvage sont peu de chose. ll faut y joindre la froideur des gens et le mécontentement sourd.

Le quatuor du bout de la table a fait sécession aujourd'hui. J'ai senti un certain désir de me tenir à distance, auquel j'ai naturellement répondu par une retraite fière et complète. C'est un jour perdu pour la question essentielle, et un refroidissement dans ma bonne humeur.

À cela près, charmante journée. — Après déjeuner, visite aux dames Maunoir à Arzier, retour par les chalets la Violette, la Cueillerie, les Argozats. Temps délicieux, grande vue, ivresse de bon air, gaieté. — Après-midi, pris le café chez le sage David, regardé le panorama avec mes jumelles, et lu le premier tiers de Consuelo, plus l'article de Merlet (sur Victor Cherbulliez). — Ce soir, avec M. Pétellat et Mademoiselle Lenoir, monté au château de Saint-Cergues, pour voir le coucher du soleil. Puis erré solitairement dans ce village : solitude absurde. Les hommes s'ingénient à se rendre la vie désagréable et à se priver de ce qui leur convient le plus. — Ces dames me délaissent sottement, tandis que nous perdons d'une et d'autre part à cette séparation. Cela ne me donne aucune envie d'être aimable et de faire des frais.