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mardi 31 juillet 1866. Saint-Cergues

(10 heures soir.) Assez agréable journée. — Course à la Fruitière de Nyron avec Pétellat , dame Lucile Lenoir-Subit, et le petit Eugène, bambin de cinq ans et demi, qui s'est pris pour moi d'une grande passion et qui a déclaré en pleine table à sa mère . .i qu'il m'aimeait autant qu'elle, et que c'était vrai ! Temps grisâtre. Le châlet de la Borsatte, pâturages, les sapins-viornes, guimauves, œillets, églantines, épilobes, gentianes jaunes. — Mlle Lucile, sœur de Subit est une femme d'esprit, qui a du naturel et de l'entrain, avec assez de malice dans l'imagination. Eugène Pétellat, mon ancienne connaissance de 1859, qui a depuis habité Vienne et Lyon, actuellement directeur du Crédit Lyonnais à Lyon, est toujours le même garçon doux, fin, engageant que je connaissais. C'est un enfant gâté, mais dans le genre affectueux et un peu câlin.

Après-midi, emprisonné par la pluie, lu un demi volume de Consuelo, tout en laissant deviser quatre personnes autour de moi, dans dans cette pièce saugrenue qu'on appelle ici le salon. — Impossible encore d'arriver à des rapports moins cérémonieux avec les deux sœurs. Un pas a été fait pourtant aujourd'hui. Esther n'est pas déplaisante ; de traits elle rappelle beaucoup son père ; elle a l'air tranquille, laborieuse, naturelle ; elle aime tendrement les animaux et paraît bonne. Nous avons un peu causé. Mais très peu. Les deux soeurs sont d'un abord qui ne pousse pas à allonger la conversation. Cette circonspection outrée me pénètre d'une telle indifférence que je ne suis que tout juste poli avec ces dames, et que je ne peux pas même feindre l'empressement. Ma froideur insouciante doit du reste les rassurer, et peut-être arriverai-je précisément à les connaître, parce que je n'éprouve et ne montre pas d'attrait.

Lu dans le volume des Heures perdues de Serret. C'est joli et agréable, mais pas davantage.

NOTES

Subit : Famillle genevoise.

deux sœurs : les deux filles, Esther et Adèle, de l'écrivain Rodolphe Töpffer.