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SOMMAIRE

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CHANT 12

SYNOPSIS : § Angélique enlevée § Au château d'Atlante § Recherches vaines de Roland § Roger arrive aussi au château § Le plan d'Angélique § Angélique se rend invisible § Dispute de Roland et de Ferragus § Le combat de Roland et Ferragus § Sacripant s'enfuit § Arrêt du combat et poursuite d'Angélique § Roland arrive à Paris et affronte les Sarrasins § Exploits de Roland et déroute des Sarrasins. § Roland se remet à la recherche d'Angélique § Il découvre une jeune fille et une vieille

1. 

Cerere, poi che da la madre Idea
tornando in fretta alla solinga valle,
là dove calca la montagna Etnea
al fulminato Encelado le spalle,
la figlia non trovò dove l'avea
lasciata fuor d'ogni segnato calle ;
fatto ch'ebbe alle guance, al petto, ai crini
e agli occhi danno, al fin svelse duo pini ;

1. 

Lorsque Cérès, quittant sa mère sur l'Ida,
Fut revenue en hâte dans cette vallée
Solitaire, où la montagne de l'Etna pèse
Sur les épaules d'Encelade, foudroyé,
Elle n'a plus trouvé sa fille abandonnée,
Sur le bord d'un chemin, loin de ceux fréquentés.
Après avoir griffé son visage, son sein,
Arraché ses cheveux, elle a saisi deux pins,

2. 

e nel fuoco gli accese di Vulcano,
e diè lor non potere esser mai spenti :
e portandosi questi uno per mano
sul carro che tiravan dui serpenti,
cercò le selve, i campi, il monte, il piano,
le valli, i fiumi, li stagni, i torrenti,
la terra e 'l mare ; e poi che tutto il mondo
cercò di sopra, andò al tartareo fondo.

2. 

Et au feu de Vulcain les ayant allumés
A voulu qu'ils ne puissent s'éteindre jamais,
Et les ayant saisis tous deux entre ses mains,
Dans le char que tiraient deux serpents est montée ;
Elle a cherché parmi les forêts et les champs,
Les monts et les vallées, les plaines et les fleuves,
Les marais, les torrents, — et ayant exploré
Le monde entier, elle est descendue au Tartare.

3. 

S'in poter fosse stato Orlando pare
all'Eleusina dea, come in disio,
non avria, per Angelica cercare,
lasciato o selva o campo o stagno o rio
o valle o monte o piano o terra o mare,
il cielo e 'l fondo de l'eterno oblio ;
ma poi che 'l carro e i draghi non avea,
la gìa cercando al meglio che potea.

3. 

Si comme il l'eût voulu, Roland eût possédé
Le pouvoir détenu par celle d'Eleusis,
En cherchant Angélique, il n'aurait oublié
De champ ni de forêt, de ruisseau ni d'étang
De vallée, de montagne, et ni terre ni mer,
Ni le ciel ni le fond de l'Oubli Éternel ;
Mais n'ayant ni le char ni dragons attelés,
Il a cherché pourtant du mieux qu'il le pouvait.

§

§ Angélique enlevée

4. 

L'ha cercata per Francia : or s'apparecchia
per Italia cercarla e per Lamagna,
per la nuova Castiglia e per la vecchia,
e poi passare in Libia il mar di Spagna.
Mentre pensa così, sente all'orecchia
una voce venir, che par che piagna :
si spinge inanzi ; e sopra un gran destriero
trottar si vede innanzi un cavalliero,

4. 

Il l'a cherchée en France, et maintenant s'apprête
À courir l'Italie et courir l'Allemagne,
La nouvelle Castille ainsi que l'ancienne,
Passer la mer d'Espagne et se rendre en Libye.
Mais pendant qu'il y songe une voix lui parvient
À l'oreille et qui semble fortement se plaindre :
Il se lance en avant, voit sur un destrier
Un chevalier au trot s'éloigner devant lui.

5. 

che porta in braccio e su l'arcion davante
per forza una mestissima donzella.
Piange ella, e si dibatte, e fa sembiante
di gran dolore ; ed in soccorso appella
il valoroso principe d'Anglante ;
che come mira alla giovane bella,
gli par colei, per cui la notte e il giorno
cercato Francia avea dentro e d'intorno.

5. 

Ce chevalier tenait de force dans ses bras
Et sur l'arçon de sa selle, une demoiselle,
Très affligée, qui pleurait et se débattait,
Semblant souffrir beaucoup, et criait « Au secours  ! »
En direction du valeureux prince d'Anglante ;
Aussitôt qu'il la voit, il pense reconnaître
Cette jeune beauté, nuit et jour recherchée,
En France et dans tous les autres pays voisins.

6. 

Non dico ch'ella fosse, ma parea
Angelica gentil ch'egli tant'ama.
Egli, che la sua donna e la sua dea
vede portar sì addolorata e grama,
spinto da l'ira e da la furia rea,
con voce orrenda il cavallier richiama ;
richiama il cavalliero e gli minaccia,
e Brigliadoro a tutta briglia caccia.

6. 

Je ne dis pas que c'était elle, mais pourtant,
Elle ressemble à celle qu'il aime, Angélique !
Alors, quand il voit qu'on emmèner sa dame,
Sa déesse, en proie à la douleur, l'affliction,
Il est pris de colère, et de grande fureur,
Et d'une voix terrible, hèle le chevalier ;
Il l'invective et à voix haute le menace,
Et à toute vitesse pousse Bride-d'Or.

7. 

Non resta quel fellon, né gli risponde,
all'alta preda, al gran guadagno intento,
e sì ratto ne va per quelle fronde,
che saria tardo a seguitarlo il vento.
L'un fugge, e l'altro caccia ; e le profonde
selve s'odon sonar d'alto lamento.
Correndo usciro in un gran prato ; e quello
avea nel mezzo un grande e ricco ostello.

7. 

Le félon ne s'arrête pas, ni ne répond ;
On voit bien qu'il désire conserver sa proie :
Il s'est précipité à travers les halliers,
Si vite que le vent ne peut le rattraper.
L'un s'enfuit, l'autre le pourchasse, et on entend
Des plaintes retentir au fond de la forêt.
Ils arrivent courant tous deux dans un grand pré,
Et au milieu s'élève une riche demeure. [Com26]

§

§ Au château d'Atlante

8. 

Di vari marmi con suttil lavoro
edificato era il palazzo altiero.
Corse dentro alla porta messa d'oro
con la donzella in braccio il cavalliero.
Dopo non molto giunse Brigliadoro,
che porta Orlando disdegnoso e fiero.
Orlando, come è dentro, gli occhi gira ;
né più il guerrier, né la donzella mira.

8. 

Ce palais magnifique avait été construit
Avec de jolis marbres, et fort habilement.
Le chevalier entra par une porte d'or,
Qui s'ouvrait au milieu, la belle dans ses bras.
Bride-d'Or arriva presque au même moment,
Et sur son dos Roland menaçant, dédaigneux.
Entré dans le palais, Roland cherche des yeux,
Mais ne retrouve plus ni chevalier ni belle.

9. 

Subito smonta, e fulminando passa
dove più dentro il bel tetto s'alloggia :
corre di qua, corre di là, né lassa
che non vegga ogni camera, ogni loggia.
Poi che i segreti d'ogni stanza bassa
ha cerco invan, su per le scale poggia ;
e non men perde anco a cercar di sopra,
che perdessi di sotto, il tempo e l'opra.

9. 

Il descend aussitôt, et furieux, parcourt
Les grandes profondeurs de ce superbe hôtel :
Il court ici, il court par là, sans se lasser,
Explorant chaque chambre, et même les balcons.
Puis ayant visité, en bas, tous les recoins
Il est alors monté, grimpant les escaliers,
Et à chercher en haut, il n'a pas moins perdu
De temps qu'il ne le fit en parcourant le haut. [Com8]

10. 

D'oro e di seta i letti ornati vede :
nulla de muri appar né de pareti ;
che quelle, e il suolo ove si mette il piede,
son da cortine ascose e da tapeti.
Di su di giù va il conte Orlando e riede ;
né per questo può far gli occhi mai lieti
che riveggiano Angelica, o quel ladro
che n'ha portato il bel viso leggiadro.

10. 

Il y a vu des lits ornés d'or et de soie ;
Il n'y a pas de murs, non plus que de parquets
Où il pose le pied, qui ne soient recouverts
De courtines tendues ou par de beaux tapis.
Du haut en bas Roland est allé et venu
Sans que ses yeux jamais en nulle part n'aient pu
Voir Angélique, ou même le larron qui a
Osé lui dérober le beau visage aimé.

11. 

E mentre or quinci or quindi invano il passo
movea, pien di travaglio e di pensieri,
Ferraù, Brandimarte e il re Gradasso,
re Sacripante ed altri cavallieri
vi ritrovò, ch'andavano alto e basso,
né men facean di lui vani sentieri ;
e si ramaricavan del malvagio
invisibil signor di quel palagio.

11. 

Et pendant qu'il allait chercher ici ou là,
Plein de soucis et recru de fatigue, il voit
Ferragus, Brandimart, et Gradasse le roi
Ainsi que Sacripant, et d'autres chevaliers
Qui comme lui allaient vers le bas, vers le haut,
Et faisaient comme lui des détours inutiles
Et maudissaient sans cesse le mauvais seigneur
De ce château — celui qu'on ne voyait jamais.

12. 

Tutti cercando il van, tutti gli dànno
colpa di furto alcun che lor fatt'abbia :
del destrier che gli ha tolto, altri è in affanno ;
ch'abbia perduta altri la donna, arrabbia ;
altri d'altro l'accusa : e così stanno,
che non si san partir di quella gabbia ;
e vi son molti, a questo inganno presi,
stati le settimane intiere e i mesi.

12. 

Tous allaient maugréant, tous allaient se plaignant
D'un larcin qu'il leur aurait fait, lui disaient-ils.
L'un prétendait qu'on lui avait pris son cheval,
Un autre enrage de ne plus trouver sa Dame,
Un autre encore de divers méfaits l'accuse.
Ils ne savent comment sortir de cette cage,
Nombreux sont ceux qui sont ici depuis des mois,
Ou des semaines retenus par maléfice. [Com35]

§

§ Recherches vaines de Roland

13. 

Orlando, poi che quattro volte e sei
tutto cercato ebbe il palazzo strano,
disse fra sé : - Qui dimorar potrei,
gittare il tempo e la fatica invano :
e potria il ladro aver tratta costei
da un'altra uscita, e molto esser lontano. -
Con tal pensiero uscì nel verde prato,
dal qual tutto il palazzo era aggirato.

13. 

Roland a bien fouillé au moins cinq ou six fois
Toutes les pièces de ce palais très étrange,
Et il s'est dit : « À demeurer longtemps ici,
Je ne ferais que perdre mon temps et ma peine ;
Et peut-être que ce larron est déjà loin,
Emmenant Angélique par une autre porte »
Ayant en tête cette idée, il est sorti,
Dans le pré verdoyant entourant le château.

14. 

Mentre circonda la casa silvestra,
tenendo pur a terra il viso chino,
per veder s'orma appare, o da man destra
o da sinistra, di nuovo camino ;
si sente richiamar da una finestra :
e leva gli occhi ; e quel parlar divino
gli pare udire, e par che miri il viso,
che l'ha da quel che fu, tanto diviso.

14. 

Et en faisant le tour de cet endroit champêtre,
Avec les yeux rivés au sol, pour voir peut-être
Pour voir si à droite ou à gauche il trouverait
Sur le chemin les traces d'un récent passage,
Il s'entend appeler depuis une fenêtre,
Et il lève les yeux ; c'est une voix divine
Et il lui semble voir le visage de celle
Qui l'a rendu si différent de ce qu'il fut.

15. 

Pargli Angelica udir, che supplicando
e piangendo gli dica : - Aita, aita !
la mia virginità ti raccomando
più che l'anima mia, più che la vita.
Dunque in presenza del mio caro Orlando
da questo ladro mi sarà rapita ?
più tosto di tua man dammi la morte,
che venir lasci a sì infelice sorte. -

15. 

Parmi les pleurs et les prières d'Angélique
Il croit l'entendre dire : « À l'aide ! À l'aide, viens ! »
Ma chasteté, je veux la mettre sous ta garde,
Plus que mon âme, et bien plus même que ma vie !
Me sera-t-elle donc ravie par ce larron
En la présence même de mon cher Roland ?
Donne-moi plutôt la mort de ta propre main
Que de me laisser subir un sort si cruel ! »

16. 

Queste parole una ed un'altra volta
fanno Orlando tornar per ogni stanza,
con passione e con fatica molta,
ma temperata pur d'alta speranza.
Talor si ferma, ed una voce ascolta,
che di quella d'Angelica ha sembianza
(e s'egli è da una parte, suona altronde),
che chieggia aiuto ; e non sa trovar donde.

16. 

Ces paroles ont fait s'en revenir Roland
Une ou deux fois de plus dans chacune des chambres
Avec grande passion et de très grands efforts
Mais avec un espoir qui masque sa fatigue.
Tantôt il s'arrête, et il écoute une voix
Qui lui semble être celle de son Angélique
(Et quand il l'entend là, elle se trouve ailleurs !)
Elle appelle au secours — il ne sait d'où ça vient !

§

§ Roger arrive aussi au château

17. 

Ma tornando a Ruggier, ch'io lasciai quando
dissi che per sentiero ombroso e fosco
il gigante e la donna seguitando,
in un gran prato uscito era del bosco ;
io dico ch'arrivò qui dove Orlando
dianzi arrivò, se 'l loco riconosco.
Dentro la porta il gran gigante passa :
Ruggier gli è appresso, e di seguir non lassa.

17. 

Mais revenons à Roger que j'ai laissé là,
Quand il suivait un sentier ombreux et obscur,
Suivant la trace du géant portant sa dame,
Et qu'il a débouché du bois sur un grand pré.
Je dis qu'il arriva à l'endroit où Roland
Était arrivé, si je reconnais l'endroit.
Le géant est entré par la porte, et Roger
Avec ténacité, le suivit et entra après lui.

18. 

Tosto che pon dentro alla soglia il piede,
per la gran corte e per le logge mira ;
né più il gigante né la donna vede,
e gli occhi indarno or quinci or quindi aggira.
Di su di giù va molte volte e riede ;
né gli succede mai quel che desira :
né si sa imaginar dove sì tosto
con la donna il fellon si sia nascosto.

18. 

Ausitôt qu'il eut posé le pied sur le seuil,
Il regarda la grande cour, les galeries,
Mais il ne voit plus ni le géant ni la dame,
Et c'est en vain qu'il tourne les yeux çà et là.
Il va et vient, en haut, en bas, mais sans jamais
Parvenir à retrouver ce que tant il cherche,
Et sans pouvoir imaginer où sont cachés
Le félon et la Dame qu'il a emmenée.

19. 

Poi che revisto ha quattro volte e cinque
di su di giù camere e logge e sale,
pur di nuovo ritorna, e non relinque
che non ne cerchi fin sotto le scale.
Con speme al fin che sian ne le propinque
selve, si parte : ma una voce, quale
richiamò Orlando, lui chiamò non manco ;
e nel palazzo il fe' ritornar anco.

19. 

Quand il eut visité quatre cinq fois les salles
Dans le haut, dans le bas, avec les galeries,
Il y revient encore, et ne s'arrête pas
Avant d'avoir cherché sous tous les escaliers !
Dans la forêt voisine espérant maintenant
Les trouver, il s'en va ; alors la même voix,
Qui appelait Roland l'appelle maintenant...
Et le fait de nouveau rentrer dans le palais.

20. 

Una voce medesma, una persona
che paruta era Angelica ad Orlando,
parve a Ruggier la donna di Dordona,
che lo tenea di sé medesmo in bando.
Se con Gradasso o con alcun ragiona
di quei ch'andavan nel palazzo errando,
a tutti par che quella cosa sia,
che più ciascun per sé brama e desia.

20. 

C'est bien la même voix, et la même personne
Qui apparut comme Angélique pour Roland,
Et à Roger paraît la Dame de Dordogne,
Dont il est séparé depuis longtemps aussi.
Et comme pour Gradasse et tous ceux comme lui
Qui vont dans le palais errant dans tous les coins,
À tous ceux-là il semble que l'apparition
Soit la chose la plus désirable qui soit.

21. 

Questo era un nuovo e disusato incanto
ch'avea composto Atlante di Carena,
perché Ruggier fosse occupato tanto
in quel travaglio, in quella dolce pena,
che 'l mal'influsso n'andasse da canto,
l'influsso ch'a morir giovene il mena.
Dopo il castel d'acciar, che nulla giova,
e dopo Alcina, Atlante ancor fa pruova.

21. 

C'était bien là l'effet d'un autre enchantement,
Dont Atlante de Carène était le responsable.
Il voulait occuper Roger à autre chose,
À un autre tourment, une plus douce peine,
Pour le faire échapper au funeste destin
Qui devait le mener à mourir bien trop jeune.
Si le château d'acier n'avait pas eu d'effet,
Et Alcine non plus, Atlante recommence.

22. 

Non pur costui, ma tutti gli altri ancora,
che di valore in Francia han maggior fama,
acciò che di lor man Ruggier non mora,
condurre Atlante in questo incanto trama.
E mentre fa lor far quivi dimora,
perché di cibo non patischin brama,
sì ben fornito avea tutto il palagio,
che donne e cavallier vi stanno ad agio.

22. 

Ce n'est pas seulement Roger, mais tous ceux-là
Dont la renommée est en France la plus grande,
Qu'Atlante ainsi retient dans son enchantement,
Pour que Roger ne puisse mourir de leur main.
Et pendant qu'ils étaient prisonniers du palais,
Pour que personne ici vraiment de rien ne manque
Il avait bien rempli de tout ce grand palais,
Et tous pouvaient ici vivre tranquillement.

§

§ Le plan d'Angélique

23. 

Ma torniamo ad Angelica, che seco
avendo quell'annel mirabil tanto,
ch'in bocca a veder lei fa l'occhio cieco,
nel dito, l'assicura da l'incanto ;
e ritrovato nel montano speco
cibo avendo e cavalla e veste e quanto
le fu bisogno, avea fatto disegno
di ritornare in India al suo bel regno.

23. 

Mais revenons à Angélique, dont l'anneau
Avait ce pouvoir-là, qui est si merveilleux,
Qu'en sa bouche il aveugle les gens, et au doigt
Il peut la préserver de tous les maléfices.
Après avoir trouvé, dans la grotte d'un mont,
Avec une jument, des vêtements, des vivres
Tout ce qu'il lui fallait, elle a formé le plan
De retourner en Inde, dans son beau royaume.

24. 

Orlando volentieri o Sacripante
voluto avrebbe in compania : non ch'ella
più caro avesse l'un che l'altro amante ;
anzi di par fu a' lor disii ribella :
ma dovendo, per girsene in Levante,
passar tante città, tante castella,
di compagnia bisogno avea e di guida,
né potea aver con altri la più fida.

24. 

Elle aurait bien voulu avoir la compagnie
De Roland et aussi celle de Sacripant ;
Aucun des deux ne lui était plus cher que l'autre :
Elle s'était montrée rebelle à tous les deux ;
Mais pour pouvoir aller si loin vers le Levant,
Affronter tant de villes, et tant de châteaux,
Elle avait grand besoin d'un guide et d'une escorte,
Elle ne pouvait pas en avoir de meilleurs.

25. 

Or l'uno or l'altro andò molto cercando,
prima ch'indizio ne trovasse o spia,
quando in cittade, e quando in ville, e quando
in alti boschi, e quando in altra via.
Fortuna al fin là dove il conte Orlando,
Ferraù e Sacripante era, la invia,
con Ruggier, con Gradasso ed altri molti
che v'avea Atlante in strano intrico avolti.

25. 

Elle les a cherchés tous les deux très longtemps,
Sans parvenir à en trouver la moindre trace,
Que ce soit dans les cités ou dans les villas,
Ou bien dans les forêts ou sur tous les chemins.
La fortune la pousse enfin vers le palais
Où se trouvent Roland, Ferragus, Sacripant,
Réunis par Atlante avec Roger, Gradasse,
Et quantité de gens tous réunis ici.

26. 

Quivi entra, che veder non la può il mago,
e cerca il tutto, ascosa dal suo annello ;
e trova Orlando e Sacripante vago
di lei cercare invan per quello ostello.
Vede come, fingendo la sua immago,
Atlante usa gran fraude a questo e a quello.
Chi tor debba di lor, molto rivolve
nel suo pensier, né ben se ne risolve.

26. 

Le magicien ne put la voir quand elle entra,
Du fait de son anneau ; elle a cherché partout,
Et a trouvé Roland et Sacripant, cherchant
À la trouver aussi, en vain, dans ce château.
Elle comprend comment, leur montrant son image,
Atlante réussit à les tromper tous deux.
Elle hésite longtemps pour savoir qui choisir
En tant que compagnon, et ne peut s'y résoudre.

27. 

Non sa stimar chi sia per lei migliore,
il conte Orlando o il re dei fier Circassi.
Orlando la potrà con più valore
meglio salvar nei perigliosi passi :
ma se sua guida il fa, sel fa signore ;
ch'ella non vede come poi l'abbassi,
qualunque volta, di lui sazia, farlo
voglia minore, o in Francia rimandarlo.

27. 

Elle ne sait lequel serait meilleur pour elle,
Ou le Comte Roland, ou le roi Circassien.
Roland serait celui dont la grande valeur
Lui serait très utile aux moments périlleux ;
Mais le faisant son guide, elle le fait son maître !
Pourra-t-elle toujours faire qu'il obéisse ?
Quand elle n'aura plus besoin de ses services,
Pourra-t-elle le faire repartir en France ?

28. 

Ma il Circasso depor, quando le piaccia,
potrà, se ben l'avesse posto in cielo.
Questa sola cagion vuol ch'ella il faccia
sua scorta, e mostri avergli fede e zelo.
L'annel trasse di bocca, e di sua faccia
levò dagli occhi a Sacripante il velo.
Credette a lui sol dimostrarsi, e avenne
ch'Orlando e Ferraù le sopravenne.

28. 

Mais pour le Circassien, elle en disposera
À son gré, même après l'avoir porté aux nues.
Pour cette raison-là, et la seule, elle veut
Qu'il vienne l'escorter, plein de zèle et de foi.
Elle a ôté l'anneau de sa bouche et montré
Aux yeux de Sacripant son visage sans voile.
Elle croit se montrer à lui seul, et pourtant
Voilà que Ferragus et Roland la surprennent.

29. 

Le sopravenne Ferraù ed Orlando ;
che l'uno e l'altro parimente giva
di su di giù, dentro e di fuor cercando
del gran palazzo lei, ch'era lor diva.
Corser di par tutti alla donna, quando
nessuno incantamento gli impediva :
perché l'annel ch'ella si pose in mano,
fece d'Atlante ogni disegno vano.

29. 

Ferragus et Roland surviennent en effet,
L'un et l'autre rôdaient et dedans et dehors,
Et puis en haut, en bas, de l'immense palais
De celle qui était leur vraie divinité.
Ils ont couru tous vers la dame, aussitôt que
L'enchantement avait cessé, car à sa main
L'anneau qu'elle portait rendait inopérants
Tous les stratagèmes inventés par Atlante.

30. 

L'usbergo indosso aveano e l'elmo in testa
dui di questi guerrier, dei quali io canto ;
né notte o dì, dopo ch'entraro in questa
stanza, l'aveano mai messi da canto ;
che facile a portar, come la vesta,
era lor, perché in uso l'avean tanto.
Ferraù il terzo era anco armato, eccetto
che non avea né volea avere elmetto,

30. 

Deux des guerriers dont je vous ai parlé avaient
Cuirasse sur le dos, et sur la tête heaume ;
Il ne les quittaient pas, ni le jour ni la nuit,
Depuis qu'ils étaient entrés dans cette demeure :
Ils en avaient acquis tellement l'habitude
Qu'ils les portaient vraiment comme leurs vêtements.
Ferragus, le troisième était armé aussi,
Mais il ne voulait pas, ne portait pas de heaume

31. 

fin che quel non avea, che 'l paladino
tolse Orlando al fratel del re Troiano ;
ch'allora lo giurò, che l'elmo fino
cercò de l'Argalia nel fiume invano :
e se ben quivi Orlando ebbe vicino,
né però Ferraù pose in lui mano ;
avenne, che conoscersi tra loro
non si poter, mentre là dentro foro.

31. 

Tant qu'il n'aurait celui qu'au frère de Trojan
Avait pu enlever le Paladin Roland.
Il se l'était juré quand il avait en vain
Cherché dans la rivière celui de l'Argail ;
Et bien qu'il eût Roland pour voisin en ces lieux
Ferragus n'avait pas sur lui posé la main ;
Les reîtres ne pouvaient se reconnaître entre eux,
Tant qu'ils demeureraient dans cette enceinte-là.

32. 

Era così incantato quello albergo,
ch'insieme riconoscer non poteansi.
Né notte mai né dì, spada né usbergo
né scudo pur dal braccio rimoveansi.
I lor cavalli con la sella al tergo,
pendendo i morsi da l'arcion, pasceansi
in una stanza, che presso all'uscita,
d'orzo e di paglia sempre era fornita.

32. 

Cette demeure était en effet enchantée,
Et ils ne pouvaient pas se reconnaître entre eux.
Ni le jour ni la nuit, ils ne quittaient leurs armes,
Cuirasse, épée, non plus que l'écu à leur bras.
Leurs chevaux demeuraient la selle sur le dos,
Et le mors à l'arçon suspendu, ils paissaient
Dans une stalle qui se trouvait près de l'issue,
Et constamment fournie de paille, comme d'orge.

33. 

Atlante riparar non sa né puote,
ch'in sella non rimontino i guerrieri
per correr dietro alle vermiglie gote,
all'auree chiome ed a' begli occhi neri
de la donzella, ch'in fuga percuote
la sua iumenta, perché volentieri
non vede li tre amanti in compagnia,
che forse tolti un dopo l'altro avria.

33. 

Atlante ne sait pas comment les empêcher
De remonter en selle, ces vaillants guerriers,
Pour courir aussitôt après les joues vermeilles,
Les jolis cheveux d'or et les beaux grands yeux noirs
De la demoiselle, qui tout en s'enfuyant
Talonne sa jument, car elle n'aime pas
Voir ensemble ces trois amoureux réunis,
Qu'elle aurait préféré choisir l'un après l'autre.

§

§ Angélique se rend invisible

34. 

E poi che dilungati dal palagio
gli ebbe sì, che temer più non dovea
che contra lor l'incantator malvagio
potesse oprar la sua fallacia rea ;
l'annel che le schivò più d'un disagio,
tra le rosate labra si chiudea :
donde lor sparve subito dagli occhi,
e gli lasciò come insensati e sciocchi.

34. 

Et quand elle les eut éloignés du château,
Assez pour n'avoir plus rien à craindre d'Atlante,
Et que cet enchanteur maudit ne puisse plus
Sur eux tous exercer son pouvoir maléfique,
Elle mit à ses lèvres de rose l'anneau
Qui l'avait protégée de multiples dangers.
Soudain elle disparut à leurs yeux étonnés,
Les laissant hébétés, stupéfaits, incrédules.

35. 

Come che fosse il suo primier disegno
di voler seco Orlando o Sacripante,
ch'a ritornar l'avessero nel regno
di Galafron ne l'ultimo Levante ;
le vennero amendua subito a sdegno,
e si mutò di voglia in uno istante :
e senza più obligarsi o a questo o a quello,
pensò bastar per amendua il suo annello.

35. 

Le tout premier de ses projets avait été,
Avec Roland ou Sacripant l'accompagnant,
De retourner vers le royaume d'Orient,
Dans ce Levant lointain où règne Galafron ;
Mais il lui vient soudain un très profond dédain,
Et ce qu'elle désire en un instant se change :
Elle ne veut dépendre de l'un ni de l'autre,
Et pense que son anneau les remplacera bien.

36. 

Volgon pel bosco or quinci or quindi in fretta
quelli scherniti la stupida faccia ;
come il cane talor, se gli è intercetta
o lepre o volpe, a cui dava la caccia,
che d'improviso in qualche tana stretta
o in folta macchia o in un fosso si caccia.
Di lor si ride Angelica proterva,
che non è vista, e i lor progressi osserva.

36. 

Les guerriers bafoués au visage ébahi
D'un côté et de l'autre du bois la recherchent ;
Comme le chien de chasse ayant perdu la trace
Du lièvre ou du renard qu'il avait comme proie,
Mais qui s'est dérobé dans un terrier étroit,
Ou dans quelque taillis ou dans quelque fossé.
Angélique alors peut fort bien se moquer d'eux
Car ils ne la voient pas et elle les voit bien !

37. 

Per mezzo il bosco appar sol una strada :
credono i cavallier che la donzella
inanzi a lor per quella se ne vada ;
che non se ne può andar, se non per quella.
Orlando corre, e Ferraù non bada,
né Sacripante men sprona e puntella.
Angelica la briglia più ritiene,
e dietro lor con minor fretta viene.

37. 

Au beau milieu du bois il n'y a qu'un chemin :
Les chevaliers se disent que la demoiselle
Est allée devant eux prenant ce chemin-là,
Puisqu'on ne peut aller ailleurs qu'en l'empruntant.
Roland s'y précipite, et Ferragus aussi ;
Sacripant n'attend pas, et joue de l'éperon.
Angélique a tiré, elle, un peu sur la bride,
Et trotte derrière eux, avec tranquillité.

38. 

Giunti che fur, correndo, ove i sentieri
a perder si venian ne la foresta,
e cominciar per l'erba i cavallieri
a riguardar se vi trovavan pesta ;
Ferraù, che potea fra quanti altieri
mai fosser, gir con la corona in testa,
si volse con mal viso agli altri dui,
e gridò lor : - Dove venite vui ?

38. 

Au galop ils arrivent là où le sentier
Se perd dans la forêt et bientôt disparaît.
Alors ils se sont mis en devoir de trouver
Dans l'herbe quelque trace d'un récent passage.
Ferragus qui parmi les plus hautains de tous
Aurait certainement mérité la couronne,
Se tourne vers les autres avec un grand mépris,
Et leur crie méchamment : « Mais d'où venez-vous donc  ?

§

§ Dispute de Roland et de Ferragus

39. 

Tornate a dietro, o pigliate altra via,
se non volete rimaner qui morti :
né in amar né in seguir la donna mia
si creda alcun, che compagnia comporti. -
Disse Orlando al Circasso : - Che potria
più dir costui, s'ambi ci avesse scorti
per le più vili e timide puttane
che da conocchie mai traesser lane ?

39. 

Retournez en arrière, ou bien passez ailleurs
Si vous ne voulez pas trouver la mort ici !
Quand il s'agit d'aimer ou de suivre ma dame
Je ne supporte pas le moindre compagnon. »
Roland alors au Circassien : « Que dirait-il
S'il nous avait découvert tous deux parmi
Les plus vilaines et les plus timides putains
Qui aient jamais su bien tirer sur les quenouilles ? »

40. 

Poi volto a Ferraù, disse : - Uom bestiale,
s'io non guardassi che senza elmo sei,
di quel c'hai detto, s'hai ben detto o male,
senz'altra indugia accorger ti farei. -
Disse il Spagnuol : - Di quel ch'a me non cale,
perché pigliarne tu cura ti dei ?
Io sol contra ambidui per far son buono
quel che detto ho, senza elmo come sono. -

40. 

Et puis tourné vers Ferragus, il lui dit : « Brute,
Si je ne tenais compte que tu es sans casque,
Sans même t'accorder le plus petit retard
Je te ferais savoir si tu dis vrai ou faux ! »
L'espagnol répondit : « Qu'est-ce qui te tracasse ?
Pourquoi donc te soucier de ce qui ne me chaut ?
Moi tout seul, contre vous, je puis bien soutenir
Ce que j'ai dit, même si je n'ai pas de casque. »

41. 

- Deh (disse Orlando al re di Circassia),
in mio servigio a costui l'elmo presta,
tanto ch'io gli abbia tratta la pazzia ;
ch'altra non vidi mai simile a questa. -
Rispose il re : - Chi più pazzo saria ?
Ma se ti par pur la domanda onesta,
prestagli il tuo ; ch'io non sarò men atto,
che tu sia forse, a castigare un matto. -

41. 

« Ah ! — Répondit Roland au roi de Circassie,
Rends-moi ce service de lui prêter ton casque,
Pour que je puisse le guérir de sa folie,
Car je n'en ai jamais vue de semblable encore ! »
Le roi a répondu : « Qui serait le plus fou  ?
Si ce qu'il te demande te paraît honnête,
Prête-lui donc le tien : je suis aussi capable
De corriger un fou tout aussi bien que toi. »

42. 

Soggiunse Ferraù : - Sciocchi voi, quasi
che, se mi fosse il portar elmo a grado,
voi senza non ne fosse già rimasi ;
che tolti i vostri avrei, vostro mal grado.
Ma per narrarvi in parte li miei casi,
per voto così senza me ne vado,
ed anderò, fin ch'io non ho quel fino
che porta in capo Orlando paladino. -

42. 

Ferragus a répondu : « Idiots que vous êtes !
S'il eût fallu que je porte moi-même un casque,
Vous n'auriez déjà plus les vôtres sur la tête,
Car je vous les aurai pris, et bien malgré vous.
Mais pour vous raconter quelque peu mes affaires,
Je vais ainsi sans casque et je continuerai
Aussi longtemps ainsi que je n'aurai saisi
Celui qu'a sur la chef le paladin Roland. »

43. 

- Dunque (rispose sorridente il conte)
ti pensi a capo nudo esser bastante
far ad Orlando quel che in Aspramonte
egli già fece al figlio d'Agolante ?
Anzi credo io, se tel vedessi a fronte,
ne tremeresti dal capo alle piante ;
non che volessi l'elmo, ma daresti
l'altre arme a lui di patto, che tu vesti. -

43. 

« Ainsi — a répondu en souriant le Comte,
Tu penses pouvoir faire avec la tête nue
Ce que Roland lui-même a fait subir jadis
En Aspremont,durement, au fils d'Agolant ?
Au contraire, je crois qu'en le voyant en face,
Tu tremblerais partout, des pieds jusques au front !
Et loin de réclamer le casque dont tu parles,
À lui tu donnerais, c'est sûr, toutes tes armes !

44. 

Il vantator Spagnuol disse : - Già molte
fiate e molte ho così Orlando astretto,
che facilmente l'arme gli avrei tolte,
quante indosso n'avea, non che l'elmetto ;
e s'io nol feci, occorrono alle volte
pensier che prima non s'aveano in petto :
non n'ebbi, già fu, voglia ; or l'aggio, e spero
che mi potrà succeder di leggiero. -

44. 

Le vantard espagnol lui répond : « Certes oui,
J'ai bien souvent tenu Roland de près serré,
Tellement que j'aurais pu lui ôter ses armes
Toutes ses armes sans même parler du casque.
Et si je ne l'ai fait, c'est qu'alors je n'avais
Pas formé le dessein que depuis j'ai conçu ;
Mais maintenant je sais ce que je veux, bien sûr,
Et je l'accomplirai certainement sans peine. »

§

§ Le combat de Roland et Ferragus

45. 

Non potè aver più pazienza Orlando
e gridò : - Mentitor, brutto marrano,
in che paese ti trovasti, e quando,
a poter più di me con l'arme in mano ?
Quel paladin, di che ti vai vantando,
son io, che ti pensavi esser lontano.
Or vedi se tu puoi l'elmo levarme,
o s'io son buon per torre a te l'altre arme.

45. 

Roland était allé au bout de sa patience ;
Il a crié : « Menteur, et brute de païen,
En quel pays, et quand t'est-il donc arrivé
De me tenir en ton pouvoir avec tes armes ?
Ce paladin que tu pensais avoir vaincu,
C'est moi — et tu croyais, certes, que j'étais loin !
Alors voyons si tu pourras prendre mon casque
Ou si c'est moi qui te prendrai toutes tes armes ?

46. 

Né da te voglio un minimo vantaggio. -
Così dicendo, l'elmo si disciolse,
e lo suspese a un ramuscel di faggio ;
e quasi a un tempo Durindana tolse.
Ferraù non perdè di ciò il coraggio :
trasse la spada, e in atto si raccolse,
onde con essa e col levato scudo
potesse ricoprirsi il capo nudo.

46. 

Je ne veux pas avoir sur toi quelque avantage. »
Ayant dit cela, il a délacé son casque
Et il l'a suspendu à la branche d'un hêtre ;
Et dans le même temps, dégaine Durandal.
Ferragus, pour autant, n'a pas perdu courage :
Il tire son épée, et il s'est mis en garde :
Il compte bien sur elle et son écu levé,
Pour protéger des coups sa tête qui est nue.

47. 

Così li duo guerrieri incominciaro,
lor cavalli aggirando, a volteggiarsi ;
e dove l'arme si giungeano, e raro
era più il ferro, col ferro a tentarsi.
Non era in tutto 'l mondo un altro paro
che più di questo avessi ad accoppiarsi :
pari eran di vigor, pari d'ardire ;
né l'un né l'altro si potea ferire.

47. 

Alors les deux guerriers ont commencé à faire
Galoper leurs chevaux en décrivant un cercle,
Et ils ont essayé, de leur épée pointue
De trouver un défaut au fer de leurs cuirasses.
De par le monde entier il n'y a jamais eu
De couple guerrier à qui les comparer.
Égaux par la vigueur, égaux par la vaillance,
Ni l'un ni l'autre ne pouvaient vraiment se vaincre.

48. 

Ch'abbiate, Signor mio, già inteso estimo,
che Ferraù per tutto era fatato,
fuor che là dove l'alimento primo
piglia il bambin nel ventre ancor serrato :
e fin che del sepolcro il tetro limo
la faccia gli coperse, il luogo armato
usò portar, dove era il dubbio, sempre
di sette piastre fatte a buone tempre.

48. 

Car vous le savez bien, très estimé Seigneur,
Ferragus de partout était invulnérable,
Sauf à l'endroit par où s'alimente un enfant
Quand il demeure encore au ventre de sa mère.
C'est pourquoi jusqu'au jour où la pierre fatale
Lui recouvrit la face au sein de son tombeau,
Il a toujours porté sur cet endroit sensible
Sept plaquettes d'acier de la meilleure trempe.

49. 

Era ugualmente il principe d'Anglante
tutto fatato, fuor che in una parte :
ferito esser potea sotto le piante ;
ma le guardò con ogni studio ed arte.
Duro era il resto lor più che diamante
(se la fama dal ver non si diparte) ;
e l'uno e l'altro andò, più per ornato
che per bisogno, alle sue imprese armato.

49. 

Mais le Prince d'Anglante était également
Invulnérable, sauf à un certain endroit :
On pouvait le blesser sous la plante des pieds.
Mais il s'en protégeait avec beaucoup de soin.
Le reste de son corps était comme diamant
- si la légende que l'on nous rapporte est vraie.
Tous deux se combattaient revêtus de leurs armes,
Leur servant d'ornements, plutôt que par besoin.

50. 

S'incrudelisce e inaspra la battaglia,
d'orrore in vista e di spavento piena.
Ferraù, quando punge e quando taglia,
né mena botta che non vada piena :
ogni colpo d'Orlando o piastra o maglia
e schioda e rompe ed apre e a straccio mena.
Angelica invisibile lor pon mente,
sola a tanto spettacolo presente.

50. 

La bataille se fait cruelle et si terrible
Qu'elle est affreuse à voir, qu'elle est épouvantable.
Ferragus, quand il frappe et d'estoc et de taille,
Ne porte pas de botte qui ne frappe en plein.
Chaque coup de Roland brise une plaque ou maille,
Et déchire, défait, en éclats fait voler.
Angélique invisible observe le combat,
Elle est seule présente à ce combat terrible.

§

§ Sacripant s'enfuit

51. 

Intanto il re di Circassia, stimando
che poco inanzi Angelica corresse,
poi ch'attaccati Ferraù ed Orlando
vide restar, per quella via si messe,
che si credea che la donzella, quando
da lor disparve, seguitata avesse :
sì che a quella battaglia la figliuola
di Galafron fu testimonia sola.

51. 

Et pendant ce temps-là, le roi de Circassie
Croyant que devant lui Angélique s'enfuit
Laissant à cet endroit Roland et Ferragus,
Aux prises l'un et l'autre, il a suivi la voie
Que la donzelle a prise, du moins le pense-t-il,
Au moment où elle a disparu à leurs yeux.
C'est bien pourquoi l'enfant de Galafron fut seule
À pouvoir témoigner de ce duel affreux.

52. 

Poi che, orribil come era e spaventosa,
l'ebbe da parte ella mirata alquanto,
e che le parve assai pericolosa
così da l'un come da l'altro canto ;
di veder novità voluntarosa,
disegnò l'elmo tor, per mirar quanto
fariano i duo guerrier, vistosel tolto ;
ben con pensier di non tenerlo molto.

52. 

Ainsi après avoir quelque temps contemplé
Ce terrible combat, et pleine d'épouvante,
Pensant qu'il allait être aussi plein de périls
Pour l'un comme pour l'autre, alors lui est venu
Le besoin de songer à des choses nouvelles :
Elle a pensé ravir le casque suspendu,
Pour voir ce que feraient alors les deux guerriers,
Mais sans vouloir du tout le garder trop longtemps.

53. 

Ha ben di darlo al conte intenzione ;
na se ne vuole in prima pigliar gioco.
L'elmo dispicca, e in grembio se lo pone,
e sta a mirare i cavallieri un poco.
Di poi si parte, e non fa lor sermone ;
e lontana era un pezzo da quel loco,
prima ch'alcun di lor v'avesse mente :
sì l'uno e l'altro era ne l'ira ardente.

53. 

Elle a bien l'intention de le rendre à Roland,
Mais elle veut d'abord s'en amuser un peu :
Le casque détaché, caché dans son giron,
Elle regarde encore un peu les chevaliers,
Puis s'en va, sans le moindre mot dire.
Et déjà se trouvait assez loin du combat
Avant qu'aucun des deux ne s'en fût aperçu,
Tellement ils étaient enflammés de colère...

54. 

Ma Ferraù, che prima v'ebbe gli occhi,
si dispiccò da Orlando, e disse a lui :
- Deh come n'ha da male accorti e sciocchi
trattati il cavallier ch'era con nui !
Che premio fia ch'al vincitor più tocchi,
se 'l bel elmo involato n'ha costui ? -
Ritrassi Orlando, e gli occhi al ramo gira :
non vede l'elmo, e tutto avampa d'ira.

54. 

Mais lorsque Ferragus, ayant levé les yeux
S'éloigne de Roland et s'adressant à lui :
« Vois donc un peu comment cet autre chevalier
Qui nous accompagnait s'est bien moqué de nous !
Quel sera donc le prix touché par le vainqueur,
Puisqu'il nous a volé maintenant le beau casque ? »
Roland s'est arrêté —  et sur la branche d'arbre
Il ne voit plus le casque, il est très en colère.

§

§ Arrêt du combat et poursuite d'Angélique

55. 

E nel parer di Ferraù concorse,
che 'l cavallier che dianzi era con loro
se lo portasse ; onde la briglia torse,
e fe' sentir gli sproni a Brigliadoro.
Ferraù che del campo il vide torse,
gli venne dietro ; e poi che giunti foro
dove ne l'erba appar l'orma novella
ch'avea fatto il Circasso e la donzella,

55. 

Alors il a compris le mot de Ferragus,
Et pense que celui qui était avec eux
Le leur a dérobé. Il a piqué des deux,
Et en tournant la bride, a lancé Bride d'Or.
Ferragus qui le voit fuir le champ de bataille,
Se lance à sa poursuite ; ils arrivent bientôt
À un endroit où se voient sur l'herbe des traces :
Celles du Circassien et de la demoiselle.

56. 

prese la strada alla sinistra il conte
verso una valle, ove il Circasso era ito :
si tenne Ferraù più presso al monte,
dove il sentiero Angelica avea trito.
Angelica in quel mezzo ad una fonte
giunta era, ombrosa e di giocondo sito,
ch'ognun che passa, alle fresche ombre invita,
né, senza ber, mai lascia far partita.

56. 

Le Comte a pris alors le chemin sur la gauche,
Allant vers la vallée où fuit le Circassien.
Ferragus, lui, a pris auprès de la montagne
Où était le sentier suivi par Angélique.
Et Angélique était venue à la fontaine,
Dans un site ombragé et des plus agréable,
Où celui qui passait souhaitait s'arrêter
Et ne jamais partir sans y avoir bu un peu.

57. 

Angelica si ferma alle chiare onde,
non pensando ch'alcun le sopravegna ;
e per lo sacro annel che la nasconde,
non può temer che caso rio le avegna.
A prima giunta in su l'erbose sponde
del rivo l'elmo a un ramuscel consegna ;
poi cerca, ove nel bosco è miglior frasca,
la iumenta legar, perché si pasca.

57. 

Angélique s'arrête auprès de cette eau claire,
Elle ne pense pas que personne survienne ;
Grâce à l'anneau magique qui la tient cachée,
Rien de fâcheux ne peut lui arriver, croit-elle.
Aussitôt descendue et foulant l'herbe épaisse
Du bord, elle accroche son casque à un rameau.
Puis elle cherche l'endroit le plus frais du bois,
Pour y attacher sa jument, la laisser paître.

58. 

Il cavallier di Spagna, che venuto
era per l'orme, alla fontana giunge.
Non l'ha sì tosto Angelica veduto,
che gli dispare, e la cavalla punge.
L'elmo, che sopra l'erba era caduto,
ritor non può, che troppo resta lunge.
Come il pagan d'Angelica s'accorse,
tosto vêr lei pien di letizia corse.

58. 

Le chevalier d'Espagne, qui l'avait suivie
Arrive sur ses traces jusqu'à la fontaine.
Angélique ne l'a pas plutôt aperçu,
Qu'invisible se fait et remonte à cheval.
Son casque qui, tombé, avait roulé sur l'herbe,
Elle ne peut reprendre, car il est trop loin.
Quand le païen de loin aperçoit Angélique
Il accourt aussitôt vers elle, plein de joie.

59. 

Gli sparve, come io dico, ella davante,
come fantasma al dipartir del sonno.
Cercando egli la va per quelle piante
né i miseri occhi più veder la ponno.
Bestemiando Macone e Trivigante,
e di sua legge ogni maestro e donno,
ritornò Ferraù verso la fonte,
u' ne l'erba giacea l'elmo del conte.

59. 

Mais elle disparaît, comme je vous l'ai dit,
Ainsi que les fantômes que l'on voit en rêve,
Et il la cherche en vain, car à travers les arbres,
Ses pauvres yeux ne peuvent plus l'apercevoir.
Il s'en va blasphémant Mahomet, Trivagant,
Et tous les autres grands chefs de sa religion ;
Ferragus s'en revient auprès de la fontaine,
Là où sur l'herbe gît le casque de Roland.

60. 

Lo riconobbe, tosto che mirollo,
per lettere ch'avea scritte ne l'orlo ;
che dicean dove Orlando guadagnollo,
e come e quando, ed a chi fe' deporlo.
Armossene il pagano il capo e il collo,
che non lasciò, pel duol ch'avea, di torlo ;
pel duol ch'avea di quella che gli sparve,
come sparir soglion notturne larve.

60. 

Il l'a bien reconnu aussitôt qu'il l'a vu,
Grâce aux lettres gravées tout le long de son bord,
Qui racontaient comment Roland l'avait acquis,
Disant comment et quand, sur la tête de qui.
Le païen s'en empare et le met sur son chef :
Le chagrin qu'il avait ne l'en détourna pas,
Le chagrin pour sa dame qui a disparu
Comme s'évanouissent les esprits nocturnes.

61. 

Poi ch'allacciato s'ha il buon elmo in testa,
aviso gli è, che a contentarsi a pieno,
sol ritrovare Angelica gli resta,
che gli appar e dispar come baleno.
Per lei tutta cercò l'alta foresta :
e poi ch'ogni speranza venne meno
di più poterne ritrovar vestigi,
tornò al campo spagnuol verso Parigi ;

61. 

Après avoir lacé le casque sur sa tête,
Il pense que pour être vraiment satisfait,
Il lui faut maintenant retrouver Angélique
Qui apparaît et disparaît comme un éclair.
Il la cherche partout à travers la forêt,
Et quand l'espoir de la retrouver s'amoindrit,
Même d'elle seulement la trace, il rejoint
Le camp des Espagnols du côté de Paris.

62. 

temperando il dolor che gli ardea il petto,
di non aver sì gran disir sfogato,
col refrigerio di portar l'elmetto
che fu d'Orlando, come avea giurato.
Dal conte, poi che 'l certo gli fu detto,
fu lungamente Ferraù cercato ;
né fin quel dì dal capo gli lo sciolse,
che fra duo ponti la vita gli tolse.

62. 

La cruelle douleur qui lui rongeait le cœur
De n'avoir assouvi son plus profond désir,
Allait s'adoucissant puisqu'il portait le casque
Qu'avait porté Roland, ce qu'il s'était juré.
Le Comte par la suite, quand on le lui apprit
A longuement cherché pour trouver Ferragus ;
Mais à la fin il lui prit le casque sur la tête,
En lui ôtant la vie, un jour, entre deux ponts.

63. 

Angelica invisibile e soletta
via se ne va, ma con turbata fronte ;
che de l'elmo le duol, che troppa fretta
le avea fatto lasciar presso alla fonte.
- Per voler far quel ch'a me far non spetta
(tra sé dicea), levato ho l'elmo al conte :
questo, pel primo merito, è assai buono
di quanto a lui pur ubligata sono.

63. 

Angélique invisible, chemine seulette,
Poursuivant son chemin, le visage troublé.
Elle regrette que sa précipitation
Lui ait fait oublier le casque à la fontaine.
« Ce que j'ai fait n'est pas ce que j'aurais dû faire
(se disait-elle), en prenant au comte son casque :
Et c'est à son égard un bien curieux service,
Moi qui pourtant lui suis tellement obligée !

64. 

Con buona intenzione (e sallo Idio),
ben che diverso e tristo effetto segua,
io levai l'elmo : e solo il pensier mio
fu di ridur quella battaglia a triegua ;
e non che per mio mezzo il suo disio
questo brutto Spagnuol oggi consegua. -
Così di sé s'andava lamentando
d'aver de l'elmo suo privato Orlando.

64. 

Dieu le sait je le fis avec bonne intention,
Bien que l'effet produit eût été différent ;
J'ai pris ce casque — et ma seule pensée alors
Fut de mettre ainsi fin à ce combat funeste
Et non, en profitant de la situation,
D'offrir à l'Espagnol le fruit de son désir. »
Ainsi s'en allait-elle, tout en se lamentant
D'avoir privé Roland de son heaume célèbre.

65. 

Sdegnata e malcontenta la via prese,
che le parea miglior, verso Oriente.
Più volte ascosa andò, talor palese,
secondo era oportuno, infra la gente.
Dopo molto veder molto paese,
giunse in un bosco, dove iniquamente
fra duo compagni morti un giovinetto
trovò, ch'era ferito in mezzo il petto.

65. 

Mécontente et de mauvaise humeur, elle prend
Le chemin qui lui semble le mieux vers l'Orient.
Le plus souvent allait, se faisant invisible,
Ou se montrait selon les gens qu'elle croisait.
Après être passée par de nombreux pays,
Elle arrive en un bois et voilà qu'elle découvre
Un jouvenceau blessé en plein dans la poitrine
Gisant entre deux autres, morts, ses compagnons.

66. 

Ma non dirò d'Angelica or più inante ;
che molte cose ho da narrarvi prima :
né sono a Ferraù né a Sacripante,
sin a gran pezzo per donar più rima.
Da lor mi leva il principe d'Anglante,
che di sé vuol che inanzi agli altri esprima
le fatiche e gli affanni che sostenne
nel gran disio, di che a fin mai non venne.

66. 

Mais je n'en dis pas plus maintenant d'Angélique,
Car j'ai beaucoup de choses à vous narrer d'abord ;
Je ne parlerai pas non plus de Sacripant,
Ou bien de Ferragus dans les vers qui vont suivre.
Je dois tout délaisser pour le prince d'Angers,
Dont je veux détailler, bien avant tous les autres,
La fatigue, l'angoisse qu'il a dû supporter
Poursuivant son désir qu'il ne peut assouvir.

§

§ Roland arrive à Paris et affronte les Sarrasins

67. 

Alla prima città ch'egli ritruova
(perché d'andare occulto avea gran cura)
si pone in capo una barbuta nuova,
senza mirar s'ha debil tempra o dura :
sia qual si vuol, poco gli nuoce o giova ;
sì ne la fatagion si rassicura.
Così coperto seguita l'inchiesta ;
né notte, o giorno, o pioggia, o sol l'arresta.

67. 

À la première ville qu'il trouve en chemin,
Comme il est désireux d'y rester inconnu,
Il a mis sur sa tête un casque tout nouveau,
Sans même regarder si la trempe en est bonne :
Peu lui chaut puisqu'il sait que par enchantement
Il est invulnérable, de toutes façons.
Alors ainsi couvert, rien ne l'arrêtera
Ni le jour, ni la nuit, la pluie ou le soleil.

68. 

Era ne l'ora, che trae i cavalli
Febo del mar con rugiadoso pelo,
e l'Aurora di fior vermigli e gialli
venìa spargendo d'ogn'intorno il cielo ;
e lasciato le stelle aveano i balli,
e per partirsi postosi già il velo :
quando appresso a Parigi un dì passando,
mostrò di sua virtù gran segno Orlando.

68. 

C'était l'heure où Phébus fait sortir de la mer
Ses chevaux dont le poil est encore tout humide,
Où l'Aurore s'en vient parsemer dans le ciel
Ses fleurettes vermeilles, ses pétales jaunes ;
C'était l'heure où les choeurs nocturnes des étoiles
Ont déjà disparu, se cachant sous leurs voiles :
Et ce jour-là Roland, passant près de Paris,
De sa grande valeur donna preuve éclatante.

69. 

In dua squadre incontrossi : e Manilardo
ne reggea l'una, il Saracin canuto,
re di Norizia, già fiero e gagliardo,
or miglior di consiglio che d'aiuto ;
guidava l'altra sotto il suo stendardo
il re di Tremisen, ch'era tenuto
tra gli Africani cavallier perfetto :
Alzirdo fu, da chi 'l conobbe, detto.

69. 

Deux troupes face à lui : celle de Manilard
Vieux Sarrasin chenu, qui caracole en tête,
Et roi de Noricie, jadis fier et vaillant,
Mais maintenant meilleur au conseil qu'au combat.
L'autre troupe avançait derrière l'étendard
Du roi de Trébizonde, chevalier tenu
Pour valeureux parmi les armées africaines :
Ceux qui le connaissaient le dénommaient Alzirde.

70. 

Questi con l'altro esercito pagano
quella invernata avean fatto soggiorno,
chi presso alla città, chi più lontano,
tutti alle ville o alle castella intorno :
ch'avendo speso il re Agramante invano,
per espugnar Parigi, più d'un giorno,
volse tentar l'assedio finalmente,
poi che pigliar non lo potea altrimente.

70. 

Ceux-là, avec le reste de l'armée païenne,
Avaient dû séjourner, et pendant tout l'hiver ,
Tout près de la cité, ou bien un peu plus loin
Logés dans les chateaux de tous les alentours.
Après avoir passé de longs jours à attendre
Pour que Paris se rende, il avait résolu
De tenter un assaut général et final,
Puisqu'il ne pouvait pas réussir autrement.

71. 

E per far questo avea gente infinita ;
che oltre a quella che con lui giunt'era,
e quella che di Spagna avea seguita
del re Marsilio la real bandiera
molta di Francia n'avea al soldo unita ;
che da Parigi insino alla riviera
d'Arli, con parte di Guascogna (eccetto
alcune rocche) avea tutto suggetto.

71. 

Il avait pour cela des troupes innombrables :
Celles qu'il avait pu amener avec lui,
Et celles qui avaient suivi depuis l'Espagne
La bannière royale du grand roi Marsile,
Qui avait à sa solde bien des gens de France,
Car de Paris jusqu'au fleuve qui coule en Arles,
Et la plus grande part de toute la Gascogne
Sauf de rares châteaux — tout lui était soumis.

72. 

Or cominciando i trepidi ruscelli
a sciorre il freddo giaccio in tiepide onde,
e i prati di nuove erbe, e gli arbuscelli
a rivestirsi di tenera fronde ;
ragunò il re Agramante tutti quelli
che seguian le fortune sue seconde,
per farsi rassegnar l'armata torma ;
indi alle cose sue dar miglior forma.

72. 

À peine les ruisseaux aux frémissantes eaux
Tièdes, commençaient-elles à fondre la glace,
À peine dans les prés sortait l'herbe nouvelle,
Et le feuillage tendre aux branches des arbustes,
Que le roi Agramant rassembla tous ceux-là
Qui voulaient l'assister dans ses exploits risqués
Pour en faire une immense armée et lui donner
Meilleure allure pour servir tous ses projets.

73. 

A questo effetto il re di Tremisenne
con quel de la Norizia ne venìa,
per là giungere a tempo, ove si tenne
poi conto d'ogni squadra o buona o ria.
Orlando a caso ad incontrar si venne
(come io v'ho detto) in questa compagnia,
cercando pur colei, come egli era uso,
che nel carcer d'Amor lo tenea chiuso.

73. 

Et c'est pour cela que le roi de Trébizonde
De même que celui de Norcie s'en venait,
Pour venir à l'endroit où passer en revue
Les troupes et juger quel était leur état.
Roland était venu devant eux par hasard,
Marchant de compagnie, comme je vous l'ai dit ;
Il ne faisait rien d'autre que chercher celle qui
Dans ses filets d'Amour le tenait prisonnier.

74. 

Come Alzirdo appressar vide quel conte
che di valor non avea pari al mondo,
in tal sembiante, in sì superba fronte,
che 'l dio de l'arme a lui parea secondo ;
restò stupito alle fattezze conte,
al fiero sguardo, al viso furibondo :
e lo stimò guerrier d'alta prodezza ;
ma ebbe del provar troppa vaghezza.

74. 

Dès l'instant où Alzird a vu venir Roland,
Celui dont la valeur n'avait d'égale au monde,
Son apparence et sa superbe lui semblaient
Être celles du dieu des armes en personne.
Il restait stupéfait devant sa belle allure,
Son regard fier avec son visage farouche ;
Il vit qu'il s'agissait d'un guerrier redoutable,
Mais il eut le désir de vouloir l'éprouver.

75. 

Era giovane Alzirdo, ed arrogante
per molta forza, e per gran cor pregiato.
Per giostrar spinse il suo cavallo inante :
meglio per lui, se fosse in schiera stato ;
che ne lo scontro il principe d'Anglante
lo fe' cader per mezzo il cor passato.
Giva in fuga il destrier di timor pieno,
che su non v'era chi reggesse il freno.

75. 

Alzird était un jeune homme présomptueux
Estimé pour sa force et pour son cœur vaillant.
Il pousse son cheval en direction du comte
Mais il eût bien mieux fait de se tenir tranquille !
Au premier choc Roland le fait tomber à terre,
Après avoir planté son épée en plein cœur.
Pris de terreur, alors, le destrier s'enfuit,
Car il ne ressent plus dans sa bouche le frein.

76. 

Levasi un grido subito ed orrendo,
che d'ogn'intorno n'ha l'aria ripiena,
come si vede il giovene, cadendo,
spicciar il sangue di sì larga vena.
La turba verso il conte vien fremendo
disordinata, e tagli e punte mena ;
ma quella è più, che con pennuti dardi
tempesta il fior dei cavallier gagliardi.

76. 

Alors on entendit un effroyable cri
Qui soudain a rempli de toutes parts les airs,
Quand on vit s'effondrer à terre le jeune homme,
Dont le sang s'échappait par une large plaie.
La troupe alors s'en vient frémissante, en désordre,
Frappant de tous côtés et d'estoc et de taille,
C'est comme une tempête de dards et de flèches
S'abattant sur la fleur des meilleurs chevaliers.

77. 

Con qual rumor la setolosa frotta
correr da monti suole o da campagne,
se 'l lupo uscito di nascosa grotta,
o l'orso sceso alle minor montagne,
un tener porco preso abbia talotta,
che con grugnito e gran stridor si lagne ;
con tal lo stuol barbarico era mosso
verso il conte, gridando : - Addosso, addosso ! -

77. 

La rumeur est pareille à celle d'un troupeau
De sangliers courant à travers les coteaux,
Quand le loup en sortant de sa retraite obscure
Ou que l'ours descendu de sa haute montagne
Ont pu saisir un jour un petit marcassin
Qui se lamente et pousse des cris effroyables.
Ainsi toute la foule de ces infidèles
Est allée vers le comte en criant “Sus à lui” !

78. 

Lance, saette e spade ebbe l'usbergo
a un tempo mille, e lo scudo altretante :
chi gli percuote con la mazza il tergo,
chi minaccia da lato, e chi davante.
Ma quel, ch'al timor mai non diede albergo,
estima la vil turba e l'arme tante,
quel che dentro alla mandra, all'aer cupo,
il numer de l'agnelle estimi il lupo.

78. 

Sa cuirasse à l'instant en reçoit mille coups
Et son écu aussi, d'épées, flèches, et lances ;
Les uns le frappent dans le dos de leur massue,
Les autres de côté, et devant le menacent.
Mais lui qui ne donna jamais prise à la peur,
Ne tient pas compte plus de cette tourbe vile
Et de toutes ces armes, que ne le fait le loup
Du nombre des agneaux dans l'ombre de la nuit.

79. 

Nuda avea in man quella fulminea spada
che posti ha tanti Saracini a morte :
dunque chi vuol di quanta turba cada
tenere il conto, ha impresa dura e forte.
Rossa di sangue già correa la strada,
capace a pena a tante genti morte ;
perché né targa né capel difende
la fatal Durindana, ove discende,

79. 

Il tenait à la main son effroyable épée
Celle qui mit à mort tant de ces Sarrasins.
Qui voudrait des tombés tenir le juste compte
Aurait bien du travail, passerait bien du temps.
Le sang coule bientôt tout le long du chemin,
Qui ne peut contenir tant de morts, de blessés :
Car aucun bouclier, aucun heaume ne peut
Arrêter Durandal qui s'abat sans pitié,

80. 

né vesta piena di cotone, o tele
che circondino il capo in mille vòlti.
Non pur per l'aria gemiti e querele,
ma volan braccia e spalle e capi sciolti.
Pel campo errando va Morte crudele
in molti, vari, e tutti orribil volti ;
e tra sé dice : - In man d'Orlando valci
Durindana per cento de mie falci. -

80. 

Non plus que vêtements rembourrés, ni turbans
Enroulés mille fois tout autour de la tête.
Dans l'air ne volaient pas seulement de grands cris,
Mais des morceaux de bras, jambes, têtes aussi.
La Mort va cheminant sur toute la campagne,
Sous des aspects horribles, mille fois variés ;
Elle se dit alors : « Dans les mains de Roland
Durandal est bien pire que cent coups de faux !  »

§

§ Exploits de Roland et déroute des Sarrasins.

81. 

Una percossa a pena l'altra aspetta.
Ben tosto cominciar tutti a fuggire ;
e quando prima ne veniano in fretta
(perch'era sol, credeanselo inghiottire),
non è chi per levarsi de la stretta
l'amico aspetti, e cerchi insieme gire :
chi fugge a piedi in qua, chi colà sprona ;
nessun domanda se la strada è buona.

81. 

Un coup porté à peine, un autre aussitôt suit.
Bientôt les voilà tous qui se mettent à fuir,
Aussi vite qu'ils étaient venus tout d'abord,
Croyant ne faire qu'une bouchée d'un seul.
Nul n'attend son ami pour quitter le combat,
Et s'enfuir avec lui, loin du champ de bataille :
Les uns s'enfuient à pied, les autres à cheval
Jouant des éperons sans demander leur reste.

82. 

Virtude andava intorno con lo speglio
che fa veder ne l'anima ogni ruga :
nessun vi si mirò, se non un veglio
a cui il sangue l'età, non l'ardir, sciuga.
Vide costui quanto il morir sia meglio,
che con suo disonor mettersi in fuga :
dico il re di Norizia ; onde la lancia
arrestò contra il paladin di Francia.

82. 

L'Honneur près d'eux se tenait avec son miroir
Qui montre à qui le veut les taches sur son âme.
Personne n'y regarde, mis à part un vieillard,
Dont l'âge avait glacé le sang, non le courage.
Il a compris alors qu'il valait mieux mourir
Que se déshonorer en cédant à la fuite :
Je veux parler ici du roi de Noricie
Qui mit lance en arrêt contre le Paladin.

83. 

E la roppe alla penna de lo scudo
del fiero conte, che nulla si mosse.
Egli ch'avea alla posta il brando nudo,
re Manilardo al trapassar percosse.
Fortuna l'aiutò ; che 'l ferro crudo
in man d'Orlando al venir giù voltosse :
tirare i colpi a filo ognor non lece ;
ma pur di sella stramazzar lo fece.

83. 

Sa lance s'est rompue sur l'écu de Roland
Qui ne s'est même pas ressenti ébranlé.
Il tenait haut brandi son redoutable glaive,
Et au roi Manilard porte un coup de sa pointe.
Mais sa bonne fortune a fait glisser le fer
Qui devait le frapper, dans la main de Roland :
Nul ne peut chaque fois frapper au bon endroit !
Mais il dut néanmoins vider les étriers :

84. 

Stordito de l'arcion quel re stramazza :
non si rivolge Orlando a rivederlo ;
che gli altri taglia, tronca, fende, amazza ;
a tutti pare in su le spalle averlo.
Come per l'aria, ove han sì larga piazza,
fuggon li storni da l'audace smerlo,
così di quella squadra ormai disfatta
altri cade, altri fugge, altri s'appiatta.

84. 

Tout étourdi le roi a dû lâcher l'arçon ;
Roland ne se retourne même pas sur lui.
Il taille tranche et pointe et assomme les autres :
Il semble à tous l'avoir sur leurs propres épaules.
Comme le font dans l'air les étourneaux peureux
Fuyant de loin l'audacieux émerillon,
De cette troupe désormais mise en déroute
Les uns s'enfuient, les autres tombent face à terre.

85. 

Non cessò pria la sanguinosa spada,
che fu di viva gente il campo voto.
Orlando è in dubbio a ripigliar la strada,
ben che gli sia tutto il paese noto.
O da man destra o da sinistra vada,
il pensier da l'andar sempre è remoto :
d'Angelica cercar, fuor ch'ove sia,
teme, e di far sempre contraria via.

85. 

L'épée sanglante n'a pas cessé de frapper
Tant qu'il fut un vivant sur le champ de bataille.
Roland hésite alors sur le chemin à suivre,
Bien qu'il connaisse le pays comme sa poche.
Qu'il aille sur la gauche ou bien qu'il aille à droite,
Son idée de partir sans cesse est repoussée
Car il ne songe qu'à retrouver Angélique,
Et il craint fort d'aller là où elle n'est pas !

§

§ Roland se remet à la recherche d'Angélique

86. 

Il suo camin (di lei chiedendo spesso)
or per li campi or per le selve tenne :
e sì come era uscito di se stesso,
uscì di strada ; e a piè d'un monte venne,
dove la notte fuor d'un sasso fesso
lontan vide un splendor batter le penne.
Orlando al sasso per veder s'accosta,
se quivi fosse Angelica reposta.

86. 

Il chemine pourtant, en s'informant souvent,
En traversant des champs, traversant des forêts,
Et comme un homme qui ne serait plus lui-même,
Il quitte le chemin, parvient au pied d'un mont,
Et dans la nuit venue il voit une lueur
Au loin, semblant sortir des fentes d'un rocher.
Roland s'est approché du rocher pour mieux voir :
Peut-être qu'Angélique s'est reposée la ?

87. 

Come nel bosco de l'umil ginepre,
o ne la stoppia alla campagna aperta,
quando si cerca la paurosa lepre
per traversati solchi e per via incerta,
si va ad ogni cespuglio, ad ogni vepre,
se per ventura vi fosse coperta ;
così cercava Orlando con gran pena
la donna sua, dove speranza il mena.

87. 

Comme fait, par les bois d'humbles genévriers,
Ou bien parmi les chaumes de la vaste plaine,
Le chasseur qui poursuit quelque lièvre peureux,
Traversant les sillons d'une marche incertaine,
Explorant les buissons, et chaque touffe d'herbe,
Pour voir si l'animal ne s'y est pas caché,
Ainsi Roland cherchait précautionneusement
Sa dame à chaque endroit, poussé par l'espérance.

88. 

Verso quel raggio andando in fretta il conte,
giunse ove ne la selva si diffonde
da l'angusto spiraglio di quel monte,
ch'una capace grotta in sé nasconde ;
e trova inanzi ne la prima fronte
spine e virgulti, come mura e sponde,
per celar quei che ne la grotta stanno,
da chi far lor cercasse oltraggio e danno.

88. 

Roland en toute hâte va vers ce rayon,
Là où dans la forêt elle paraît diffuse,
Au sortir d'un étroit défilé de montagne,
Et là où se cachait une grotte spacieuse :
Il voit que devant elle poussaient des épines
Avec de jeunes pousses qui formaient un mur,
Dérobant aux regards ceux qu'abritait la grotte
Pour que personne ne soit tenté de leur nuire.

89. 

Di giorno ritrovata non sarebbe,
ma la facea di notte il lume aperta.
Orlando pensa ben quel ch'esser debbe ;
pur vuol saper la cosa anco più certa.
Poi che legato fuor Brigliadoro ebbe,
tacito viene alla grotta coperta :
e fra li spessi rami ne la buca
entra, senza chiamar chi l'introduca.

89. 

On ne pouvait la découvrir durant le jour,
Mais la nuit sa lumière la faisait bien voir.
Roland imaginait de quoi il s'agissait
Et pourtant il voulait s'en assurer de près.
Après avoir dehors attaché Bride d'Or,
Il est venu tout doucment près de la grotte,
Et ayant écarté les rameaux qui la fermaient,
Il est entré dedans sans se faire annoncer.

§

§ Il découvre une jeune fille et une vieille

90. 

Scende la tomba molti gradi al basso,
dove la viva gente sta sepolta.
Era non poco spazioso il sasso
tagliato a punte di scarpelli in volta ;
né di luce diurna in tutto casso,
ben che l'entrata non ne dava molta ;
ma ve ne venìa assai da una finestra
che sporgea in un pertugio da man destra.

90. 

Il descendit plusieurs marches de cette tombe
Sépulture de gens ensevelis vivants.
La grotte n'était pas petite, mais spacieuse,
Taillée visiblement à grands coups de ciseau ;
Elle ne manquait pas de lumière du jour
Même si son entrée en laissait passer peu :
Il en venait beaucoup passant par la fenêtre
Creusée dans le rocher, à droite de l'entrée.

91. 

In mezzo la spelonca, appresso a un fuoco,
era una donna di giocondo viso ;
quindici anni passar dovea di poco,
quanto fu al conte, al primo sguardo, aviso :
ed era bella sì, che facea il loco
salvatico parere un paradiso ;
ben ch'avea gli occhi di lacrime pregni,
del cor dolente manifesti segni.

91. 

Au milieu de la grotte, assise auprès d'un feu,
Se tenait une femme, à l'aspect agréable.
Elle semblait à peine avoir plus de quinze ans,
Au comte qui la vit, dès son premier regard.
Et elle était si belle, que ce lieu sauvage
En était transformé pour faire un paradis.
Mais elle avait pourtant ses beaux yeux pleins de larmes,
Montrant quelle souffrance lui poignait le cœur.

92. 

V'era una vecchia ; e facean gran contese
(come uso feminil spesso esser suole),
ma come il conte ne la grotta scese,
finiron le dispùte e le parole.
Orlando a salutarle fu cortese
(come con donne sempre esser si vuole),
ed elle si levaro immantinente,
e lui risalutar benignamente.

92. 

Une vieille était là, qui semblait avec elle
Se disputer, comme si souvent font les femmes.
Mais dès que le Comte eut pénétré dans la grotte,
Cessèrent les disputes, les éclats de voix.
Roland les salua avec empressement,
Comme il faisait toujours en présence de femmes,
Et elles, se levant, aussitôt, lui rendirent
Fort gracieusement son salut, elles aussi.

93. 

Gli è ver che si smarriro in faccia alquanto,
come improviso udiron quella voce,
e insieme entrare armato tutto quanto
vider là dentro un uom tanto feroce.
Orlando domandò qual fosse tanto
scortese, ingiusto, barbaro ed atroce,
che ne la grotta tenesse sepolto
un sì gentile ed amoroso volto.

93. 

C'est vrai qu'elles se sont effrayées, très surprises
En entendant la voix du comte résonner,
Et le voyant ainsi pénétrer tout armé
Cet homme dont l'aspect leur parut si terrible !
Roland a demandé qui pouvait être ainsi
Tellement discourtois, et barbare et injuste,
Pour maintenir enseveli dans cette grotte
Un minois si gentil et si digne d'amour ?

94. 

La vergine a fatica gli rispose,
interrotta da fervidi signiozzi,
che dai coralli e da le preziose
perle uscir fanno i dolci accenti mozzi.
Le lacrime scendean tra gigli e rose,
là dove avien ch'alcuna se n'inghiozzi.
Piacciavi udir ne l'altro canto il resto,
Signor, che tempo è ormai di finir questo.

94. 

La demoiselle répondit d'une voix faible,
Encore entrecoupée par de fréquents sanglots.
À l'entendre on eût dit que perles et corail
De sa bouche coulaient tant sa voix était douce.
Ses larmes, sur ses joues faites de lys et roses
Descendaient jusque là où l'on n'ose plonger.
Mais Seigneur, pour la suite, écoutez l'autre chant,
Car il faut maintenant terminer celui-ci.

§

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NOTES

Cérès Fille de Saturne et de Cybèle (ou Rhéa), elle est, dans la mythologie romaine, déesse de l'agriculture.

Ida Chaîne montagneuse dominant la ville antique de Troie. Ces sommets sont associés à de nombreux récits mythologiques.

Encelade Géant de la mythologie grecque, fils de Gaïa.

sa fille Proserpine, enlevée par Pluton, et devenue reine des Enfers.

Com26 On remarquera que la situation est à peu près la même qu'au chant 11 strophes 20-21, quand “un géant” emporte Bradamante.

Com8 Ce genre de situation de “harcèlement” était assez fréquemment exploité dans les romans médiévaux, comme par exemple dans le « Chevalier de la Charrette », de Chrétien de Troyes, où Lancelot, après avoir dîné avec une “demoiselle” dans son château, s'aperçoit qu'elle a disparu, et la cherche partout avant de la retrouver aux prises avec un chevalier ayant une “attitude déplacée” :
« Il voit la porte ouverte
D'une autre chambre, et il y entre;
Alors il voit devant ses yeux
Qu'un chevalier l'a renversée
Et la tient en travers du lit,
Presque toute déshabillée. »
Extrait de: CHRETIEN de TROYES (Guy de Pernon, trad.) vv. 1062-1067. « Le Chevalier de la Charrette. » iBooks.

Com35 Il y a un certain aspect “onirique” dans la rencontre de Roland et de tous ces gens, qui n'ont pas l'air le moins du monde étonnés de se retrouver là... Il est bien sûr question “d'enchantement”. Mais les épidodes de ce genre, comme celui signalé précédemment, ne sont pas rares dans les romans médiévaux. Notamment dans le “Chevalier de la Charrette”, déjà cité, ou des “gens” apparaissent et disparaissent sans explication.

Dame de Dordogne  : Bradamante, fille du Duc Aymon de Dordogne.

Atlante  : Voyez dans les ”Annexes“ à Atlante

Agolant  : Voyez dans les ”Annexes“ à Agolant

Anglante Le “Prince d'Anglante (Angers !) est en fait Roland

botte “porter une botte” est un terme d'escrime, de combat à l'épée, qui désigne un “coup” particulièrement audacieux et redoutable.

Angers : “Seigneur d'Angers” est une autre dénomination de Roland dans l'Arioste. Voyez ICI