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CHANT 11 (suite)

qual sagra, qual falcon, qual colubrina
sento nomar, come al suo autor più agrada ;
che 'l ferro spezza, e i marmi apre e ruina,
e ovunque passa si fa dar la strada.
Rendi, miser soldato, alla fucina
per tutte l'arme c'hai, fin alla spada ;
e in spalla un scoppio o un arcobugio prendi ;
che senza, io so, non toccherai stipendi.

On leur donna des noms : fusil, ou couleuvrine,
Ou encore Bertha, fantaisie d'inventeur.
Elles font éclater le fer, et pulvérisent
Le marbre, et se fraient un chemin à leur guise.
Renvoie donc à la forge, malheureux soldat,
Toutes les armes blanches, ton épée aussi !
Ajuste ton mousquet, ou prends une arquebuse :
Sinon tu ne pourras toucher la moindre paye !

Come trovasti, o scelerata e brutta
invenzion, mai loco in uman core ?
Per te la militar gloria è distrutta,
per te il mestier de l'arme è senza onore ;
per te è il valore e la virtù ridutta,
che spesso par del buono il rio migliore :
non più la gagliardia, non più l'ardire
per te può in campo al paragon venire.

Comment as-tu trouvé une place en nos cœurs,
Odieuse invention ! Machine scélérate !
La gloire militaire par toi fut détruite,
Par toi fut le métier des armes méprisé,
Par toi anéantis la valeur, le courage,
Car souvent le mauvais est pris pour le meilleur ;
Par toi on ne peut plus sur le champ de bataille
Prouver que des combats on est le parangon.

Per te son giti ed anderan sotterra
tanti signori e cavallieri tanti,
prima che sia finita questa guerra,
che 'l mondo, ma più Italia ha messo in pianti ;
che s'io v'ho detto, il detto mio non erra,
che ben fu il più crudele e il più di quanti
mai furo al mondo ingegni empi e maligni,
ch'imaginò sì abominosi ordigni.

Par toi tant sont tombés et dans la tombe iront
De chevaliers hardis et tant de nobles gens,
Avant que ne s'achève cette guerre immonde
Qui a mis l'Italie en pleurs et tout le monde ;
Je vous l'ai dit déjà, et ne regrette pas,
Qu'on ne connut jamais un esprit plus cruel
Parmi tous les mauvais qui règnent en ce monde
Que celui qui conçut telle abomination.

E crederò che Dio, perché vendetta
ne sia in eterno, nel profondo chiuda
del cieco abisso quella maladetta
anima, appresso al maladetto Giuda.
Ma seguitiamo il cavallier ch'in fretta
brama trovarsi all'isola d'Ebuda,
dove le belle donne e delicate
son per vivanda a un marin mostro date.

Je veux croire que Dieu, pour en tirer vengeance,
Tient pour l'éternité, dans un abîme obscur,
Prisonnière cette âme mille fois maudite
Avec celle qui fut à Judas-le-maudit.
Mais suivons maintenant ce cavalier pressé
Par son désir d'aller retrouver en Ébude
Les faibles belles dames données en pâture
À un monstre marin, en rivage lointain !

NOTES

Bertha On voudra bien excuser, j'espère, cette plaisanterie du traducteur... Pour ceux qui ne le sauraient pas, la “Grosse Bertha” était le nom donné pendant la guerre 14-18, à un canon gigantesque sorti tout droit des usines Krupp, et en principe capable d'envoyer des obus sur Paris. L'ancêtre des missiles à longue portée, en somme ?