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SOMMAIRE

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1409

SYNOPSIS :

§ Exécution du Grand-Maître

6. Le neuvième jour de mars, le duc de Bourgogne revint avec une très belle escorte, et le 17, un dimanche, ils ramenèrent le roi à Paris, où il fut reçu avec des honneurs tels qu'on n'en avait pas vus depuis deux cents ans, car tous les officiers, ceux du Guet, ceux des Marchands, ceux à cheval, ceux portant les verges, ceux de la Douzaine portaient des livrées diverses, tous avec des chaperons particuliers. Et tous les bourgeois allèrent à sa rencontre.
Devant lui marchaient douze trompettes et toutes sortes de ménestrels, et partout où il passait, on criait très joyeusement “Noël !”, et on jetait des violettes et des fleurs sur lui. Le soir, les gens soupèrent dans les rues en faisant bonne chère, on alluma des feux, et on fit des bruits de casseroles un peu partout dans la ville.
Et le lendemain, la reine et le dauphin arrivèrent, et la joie fut de nouveau très grande, peut-être même encore plus, car la reine fit son entrée dans Paris avec des honneurs plus grands que ceux qu'on lui avait faits la première fois qu'elle y était venue.

7. Le 26 juin, le Saint Père fut élu : ce fut Pierre de Candie.

8. Et le 8 juillet la nouvelle en arriva à Paris. Cela donna lieu à de grandes fêtes, comme quand le roi était revenu de Tours, et dans tous les monastères de Paris on sonna les cloches très fort, et toute la nuit.

9. Le lundi 7 octobre, on arrêta près de Saint-Victor, Jean de Montaigu, Grand Maître d'Hôtel du roi de France, et on le conduisit au Petit Châtelet. Il y eut une telle émeute à Paris au moment de son arrestation, comme si toute la ville eût été pleine de Sarrasins, et que personne ne savait pourquoi ils s'enfuyaient. Celui qui fit l'arrestation se nommait Pierre des Essarts, alors Prévôt de Paris. Et il fut ordonné que les lanternes soient allumées, et qu'il y eût de l'eau auprès des portes, comme autrefois. Et toutes le nuits il y eut des rondes du Guet, à pied et à cheval, à tour de rôle, bien plus qu'on n'en avait jamais vues à Paris.

§ Exécution du Grand-Maître

10. Et le 17 octobre, un jeudi, le Grand-Maître fut mis sur une charrette, vêtu de sa livrée, d'une houppelande blanche et rouge, avec un chaperon de même, des chausses avec une jambe rouge et l'autre blanche, des éperons dorés, les mains liées devant lui, tenant une croix de bois, assis très haut sur la charrette, avec deux trompettes devant lui. Et il fut mené aux halles en cet équipage. Là on lui coupa la tête, puis son corps fut porté au gibet de Paris, et accroché au plus haut; en chemise, avec ses chausses et ses éperons dorés. Le bruit de cette exécution arriva aux oreilles de tous les seigneurs de France, comme Berry, Bourbon, Alençon, et plusieurs autres.

NOTES

verges : Ceux du maintien de l'ordre dans Paris.

Douzaine : Qui font leur service dans la banlieue.

Noël : Ce cri de joie se poussait en toute occasion, il ne faisait pas référence à la fête de Noël.

Pierre de Candie : Élu par le concile de Pise, qui espérait ainsi mettre fin à la guerre que se menaient les deux Papes rivaux — Benoît XIII et Grégoire XII — mais qui se maintinrent...

Grand-Maître : Jean de Montaigu, auquel on n'avait rien à reprocher si ce n'est sa grande fortune et le fait qu’il ne soit pas “bourguignon”. Son exécution fut très mal acceptée même dans les rangs de ses adversaires politiques.