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SOMMAIRE

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Chanson du Cid - III - 3 (vv. 2898 - 3389) - La vengeance.

SYNOPSIS : § Muño Gustioz devant le roi Alphonse § Préparatifs du Cid § Arrivée du Cid à la Cour § le roi convoque une Cour de justice § Pero Bermuez rappelle l'épisode du lion... § Discours vaniteux de Don Diego

2898.

Celui qui est bien-né n'a pas perdu de temps :
En secret il s'est concerté avec les siens,

2898.

El que en buen ora nasco non quiso tardar ;
fablos con los sos en su poridad,

2900.

Pour envoyer un messager au roi Alphonse ;
« Muño Gustioz, fidèle vassal, où es-tu ?
De bonne heure tu fus élevé en ma cour.
Porte ce message, au roi Alphonse en Castille.
Baise sa main pour moi, en mon cœur et mon âme ;

2900.

al rey don Alfonsso de Castiella pensso de anbiar :
« ¿ O eres, Muño Gustioz, mio vassallo de pro ?
¡ En buen ora te crie a ti en la mi cort !
Lieves el mandado a Castiella al rey Alfonsso ;
pro mi besa le la mano d'alma et de coraçon

2905.

- Car je suis son vassal, et il est mon seigneur -
Mais de ce déshonneur que m'ont fait les infants
Qu'il s'afflige, bon roi, en son âme et son cœur.
C'est lui qui a marié mes filles et non moi,
Et qu'on les abandonne, si honteusement,

2905.

- cuemo yo so su vassallo y el es mio señor -
desta desondra que me an fecha los ifantes de Carrion
quel pese al buen rey d'alma et de coraçon.
El caso mis fijas, ca non gelas di yo ;
quando las han dexadas a grant desonor

2910.

Si quelque déshonneur en rejaillit sur nous,
Qu'il soit petit ou grand, tout en est de sa faute.
Ils ont pris de mes biens en grande quantité :
Cela m'afflige en plus de la honte subie.
Qu'il me les livre en entrevue ou aux Cortès,

2910.

si desondra i cabe alguna contra nos
la poca e la grant toda es de mio señor.
Mios averes se me an levado que sobejanos son,
esso me puede pesar con la otra desonor.
Aduga melos a vistas o a juntas o a cortes

2915.

Pour que j'obtienne d'eux une réparation,
Car j'en suis affecté jusques au fond cœur. »
Muño Gustioz est monté promptement à cheval,
Avec deux chevaliers qui doivent le servir,
Avec des écuyers à son service aussi.

2915.

commo aya derecho de ifantes de Carrion,
ca tan granbt es la rencura dentro en mi coraçon. »
Muño Gustioz privado cavalgo,
con el dos cavalleros quel sirvan so sabor
e con el escuderos que son de criazon ;

§ Muño Gustioz devant le roi Alphonse

§ Muño Gustioz devant le roi Alphonse

2920.

Ils ont quitté Valence, aussi vite qu'ils peuvent,
Et ils ont chevauché jour et nuit sans relâche.
Ils sont venus trouver le roi à Saint-Fagunt.
Il est roi de Castille, il est roi de Léon,
Des Asturies aussi, et de San-Salavador,

2920.

salien de Valençia e andan quanto pueden,
nos dan vagar los dias e las noches.
Al rey en San Fagunt lo fallo.
Rey es de Castilla e rey es de Leon
e de las Asturias bien a San Çalvador,

2925.

Il est seigneur enfin jusque dedans Saint-Jacques.
Les Comtes de Galice le tiennent pour seigneur.
Quand il mit pied à terre, ce Muño Gustioz,
Se prosterna devant les saints, et pria Dieu,
Puis s'en alla vers le palais où est la Cour,

2925.

fasta dentro en Santi Yaguo de todo es señor
e llos condes gallizianos a el tienen por señor.
Assi como descavalga aquel Muño Gustioz
omillos a los santos e rogo a[l] Criador ;
adeliño pora'l palaçio do estava la cort,

2930.

Avec deux chevaliers pour qui il est seigneur.
Dès qu'ils furent venus au milieu de la Cour,
Le roi les voit et reconnaît Muño Gustioz  ;
Alors il s'est levé pour bien les accueillir.
Devant le roi Muño Gustioz est à genoux,

2930.

con el dos cavalleros quel aguardan cum a sseñor.
Assi commo entraron por medio de la cort
violos el rey e connosçio a Muño Gustioz ;
levantos el rey, tan bien los reçibio.
Delant el rey los inojos finco,

2935.

Il s'est baissé pour aller lui baiser les pieds ;
« Roi qui êtes seigneur de tant de territoires,
Par moi le Cid vous baise les pieds et les mains.
Il est votre vassal, vous êtes son seigneur.
Aux infants vous avez marié ses deux filles,

2935.

besaba le los pies aquel Muño Gustioz ;
« ¡ Merced, rey Alfonsso : de largos reinos a vos dizen señor !
Los pie e las manos vos besa el Campeador ;
ele e vuestro vassalo e vos sodes so señor .
Casastes sus fijas con ifantes de Carrion,

2940.

Ce fut un grand mariage, vous l'avez voulu.
Vous savez maintenant l'honneur qu'il nous valut !
Les Infants de Carrion nous ont fait tel outrage
En maltraitant les filles du Campeador,
En les déshabillant, et les battant si fort,

2940.

alto fue el casamien[t]o ca lo quisiestes vos.
Hya vos sabedes la ondra que es cuntida a nos,
cuemo nos han abiltados ifantes de Carrion ;
mal majaron sus fijas del Çid Campeador,
majadas e desnudas a grande desonor

2945.

En les abandonnant dans la forêt de Corpes,
Aux oiseaux et à toutes les bêtes féroces !
Ses filles maintenant revenues à Valence,
Il vous baise les mains, comme votre vassal,
Pour que vous convoquiez les Infants à la Cour.

2945.

desenparadas las dexaron en el robredo de Corpes
a las bestias fieras e as las aves del mont.
Afe las sus fijas en Valençia do son.
Por esto vos besa las manos commo vassallo a señor
que gelos levedes a vistas o a juntas o a cortes.

2950.

Il est déshonoré, mais vous bien plus encore,
Et soyez affligé, roi, vous qui le savez :
Rendez justice au Cid, et contre les infants ! »
Le roi est demeuré pensif un long moment.
« En vérité, je te l'ai dit, cela m'afflige,

2950.

Tienes por desondrado, mas la vuestra es mayor,
e que vos pese, rey, commo sodes sabidor ;
¡ que aya mio Çid derecho de ifantes de Carrion ! »
El rey una grand ora callo et comidio ;
« Verdad te digo yo que me pesa de coraçon,

2955.

Et ce que tu as dit est vrai, Muño Gustioz.
J'ai marié ses filles avec les Infants,
Je l'ai fait pour son bien, pour qu'il soit honoré,
Plût au ciel aujourd'hui que cela ne fût pas,
Car j'en suis affligé tout autant que le Cid !

2955.

e verdad dizes en esto tu, Muño Gustioz,
ca yo case sus fijas con ifantes de Carrion.
Fiz lo por bien, que ffuesse a su pro ;
¡ si quier el casamiento fecho non fuesse oy !
Entre yo e mio Çid pesa nos de coraçon.

2960.

Et par Dieu ! Je dois lui faire rendre justice.
Ce que je ne pensais jamais avoir à faire,
Mes portiers s'en iront partout dans mon royaume,
Annoncer que ma Cour se tiendra à Tolède,
Afin que viennent là Comtes et gentilshommes,

2960.

Ayudar le [e] a derecho, ¡ sin salve el Criador !
Lo que non cuidava fer de toda esta sazon,
andaran mios porteros por todo mio reino,
pregonaran mi cort pora dentro en Tolledo ;
que alla me vayan cuendes e ifançones,

2965.

Et j'y convoquerai les infants de Carrion
Pour qu'ils rendent raison au Cid Campeador,
Et puisque je le peux, lui ôter sa rancœur.
Dites donc à celui qui en bonne heure est né,
Qu'avec tous ses vassaux, d'ici à sept semaines

2965.

mandare commo i vayan ifantes de Carrion
e commo den derecho a mio Çid el Campeador,
e que non aya rencura podiendo yo vedallo.
Dizid le al Campeador que en buen ora nasco
que destas .vii. semanas adobes con sus vassallos ;

2970.

De délai, il s'en vienne, à Tolède, vers moi.
Cette Cour je la tiens par amour pour le Cid ;
Saluez les donc tous, en fonction de leur rang :
Ils seront honorés d'être présents pour ça. »
Muño Gustioz a pris congé et s'en retourne.

2970.

vengam a Tolledo, estol do de plazo.
Por amor de mio Çid esta cort yo fago.
Saludad melos a todos, entr'ellos aya espaçio ;
desto que les abino aun bien seran ondrados. »
Espidios Muño Gustioz, a mio Çid es tornado.

2975.

Et comme il l'avait dit, c'était bien son souci :
Alphonse de Castille a agi sans tarder,
Ses ordres sont partis en Leon et Saint-Jacques,
Jusques aux Portugais et aux Galicéens,
Et à ceux de Carrion, aux barons Castillans,

2975.

Assi como lo dixo suyo era el cuidado :
non lo detiene por nada Alfonsso el Castellano,
enbias sus cartas pora Leon e a Santi Yaguo
a los portogaleses e a galizianos
e a los de Carrion e a varones castellanos

2980.

Que ce roi honoré tiendrait Cour à Tolède,
Qu'ils doivent s'y présenter d'ici sept semaines.
Et qui n'y sera pas ne sera son vassal.
Par toutes ses terres, tout le monde pensait
Qu'il fallait respecter ce que voulait le roi.

2980.

que cort fazie en Tolledo aquel rey ondrado,
a cabo de .vii. semanas que i fuessen juntados ;
qui non viniesse a la cort non se toviesse por su vassallo.
Por todas sus tierras assi lo ivan penssando,
que non faliessen de lo que el rey avie mandado.

2985.

Et cela contrarie les infants de Carrion
Que le roi institue cette cour à Tolède :
Ils craignent que le Cid Campéador n'y vienne.
Ils ont parlé au roi en tant que ses parents,
Et lui ont demandé de ne pas y paraître.

2985.

Hya les vas pesando a los infantes de Carrion
por que en Tolledo el rey fazie corts ;
miedo han que i verna mio Çid el Campeador.
Prenden so conssejo assi parientes commo son,
ruegan al rey que los quite desta cort.

2990.

« Non ! » dit le roi. « Sinon, Dieu vous y mènera ! 
Car le Cid y viendra, le grand Campeador,
Et vous reconnaîtrez lui avoir fait du tort.
Qui s'y refusera, et ne s'y rendra pas
Devra fuir le royaume, il perdra ma faveur. »

2990.

Dixo el rey : « ¡ No lo fere, sin save Dios !
Ca i verna mio Çid el Campeador,
dar le [e]des derecho ca rencura ha de vos.
Qui lo fer non quisiesse o no ira [a] mi cort,
quite mio reino ca del non ha sabor. »

2995.

Les infants doivent bien se plier à cela ;
Ils consultent alors ceux qui sont leurs parents,
Et parmi eux se trouve le Comte Garcia :
- Grand ennemi du Cid, et qui cherche à lui nuire.
C'est lui qui conseilla les infants de Carrion !

2995.

Hya lo vieron que es a fer los infantes de Carrion ;
prenden conssejo parientes como son ;
el conde don Garçia en esta nuevas fue
- enemigo de mio Çid que mal siempre busco -
aqueste conssejo los infantes de Carrion.

3000.

Mais le délai approche, il leur faut bien partir :
En tout premier y va le bon roi Don Alphonse,
Puis le Comte Henri, le Comte Don Raymond,
(Celui qui fut le père du bon Empereur),
Le Comte Don Fruela, et le Comte Bertrand.

3000.

Legava el plazo, querien ir a la cort :
en los primeros va el buen rey don Alfonsso,
el conde don Anrrich y el conde don Remond
- aqueste fue padre del buen enperador -
el conde don Fruella y el conde don Beltran.

3005.

Il y avait beaucoup de nobles du royaume,
Et parmi les plus grands de toutes la Castille :
Le Comte Don Garcia, les infants de Carrion
Et Asur Gonzales, Gonzalo Assurez,
Et Don Diègue et Ferrand, les deux y sont aussi,

3005.

Fueron i de su reino otros muchos sabidores
de toda Castiella todos los mejores :
el conde don Garçia con ifantes de Carrion
e Asur Gonçalez e Gonçalo Assurez
e Diego e Ferrando i son amos a dos

3010.

Et beaucoup de leurs gens qu'ils y ont amené.
Il pensent dénigrer le Cid Campeador.
Venus de toutes parts, ils se sont rassemblés ;
Le bien-né n'était pas encore arrivé là.
Son retard met le roi de fort méchante humeur !

3010.

e con ellos grand bando que aduxieron a la cort ;
enbair le cuidan a mio Çid el Campeador.
De todas partes alli juntado son ;
aun non era legado el que en buen ora naçio,
por que se tarda el rey non ha sabor.

3015.

Mais au cinquième jour, le Cid est arrivé :
Il avait envoyé Alvar Fañez devant,
Pour qu'il baise les mains du roi, son bon seigneur,
Et lui fasse savoir qu'il serait là ce soir.
Quand le roi sut cela, il en fut réjoui ;

3015.

Al quinto dia venido es mio Çid el Campeador ;
[a] Alvar Fañez adelanted enbio
que besasse las manos al rey so señor,
bien lo sopiesse que i serie essa noch.
Quando lo oyo el rey plogol de coraçon ;

3020.

Avec toute une troupe le roi est parti,
Pour aller accueillir celui qui est bien-né.
Le Cid est arrivé, tous ses gens avec lui :
Quand le seigneur est bon, sa compagnie est bonne !
Quand il a aperçu le bon roi Don Alphonse,

3020.

con grandes yentes el rey cavalgo
e iva reçebir al que en buen ora naçio.
Bien aguisado viene el Çid con todos los sos,
buenas compañas que assi an tal señor.
Quando lo ovo al ojo el buen rey don Alfonsso

3025.

Le Cid Campeador à terre s'est jeté ;
Il veut se prosterner, honorer son seigneur.
Et quand le roi l'a vu, le roi s'est empressé :
« Par Saint Isidore ! Pas de ça aujourd'hui !
Montez en selle, Cid, sinon vous me fâchez.

3025.

firios a tierra mio Çid el Campeador,
biltar se quiere e ondrar a so señor.
Quando lo [vio] el rey por nada non tardo :
« ¡ Par Sant Esidro verdad non sera oy !
Cavalgad, Çid ; si non, non avria dend sabor ;

3030.

Saluons-nous du fond de notre âme et du cœur !
De ce qui vous pèse mon cœur est affligé.
Dieu veuille que la Cour par vous soit honorée ! »
« Amen ! » a répondu mon Cid Campeador.
Il lui baise la main, et le salue ensuite :

3030.

saludar nos hemos d'alma e de coraçon.
De lo que a vos pesa a mi duele el coraçon ;
¡ Dios lo mande que por vos se ondre oy la cort ! »
« ¡ Amen ! » dixo mio Çid el Campeador.
Beso le la mano e despues le saludo :

3035.

« C'est grâce à Dieu si je vous vois, Seigneur !
Devant vous je m'incline, et le Comte Raymond,
Le Comte Don Henri, tous ceux qui sont ici.
Dieu sauve nos amis et vous surtout, Seigneur !
Dame de qualité, Chimène, mon épouse,

3035.

« ¡ Grado a Dios quando vos veo, señor !
Omillom a vos e al conde don Remond
e al conde don Anrrich e a quantos que i son ;
¡ Dios salve a nuestros amigos e vos mas, señor !
Mi mugier doña Ximena - dueña es de pro -

3040.

Vous baise les deux mains, ainsi que mes deux filles.
Que ce qui nous arrive doit vous peser, Seigneur ! »
Le roi répond : « Je le ressens, Dieu y veille ! »
Et le roi se prépare à partir vers Tolède.
Mon Cid n'a pas franchi le Tage cette nuit.

3040.

besa vos las manos e mis fijas amas a dos
desto que nos abino que vos pese, señor. »
Respondio el rey : « ¡ Si fago, sin salve Dios ! »
Pora Tolledo el rey tornada da.
Essa noch mio Çid Tajo non quiso passar :

3045.

« Merci mon roi, et que Dieu vous protège !
Allez vers la cité, et vous y entrerez.
Moi, avec tous les miens, j'irai à Saint-Servan :
Toute ma compagnie logera en ce lieu,
Ce saint lieu nous convient pour y faire vigile.

3045.

« ¡ Merced, ya rey ; si el Criador vos salve !
Penssad, señor de entrar a la çibdad,
e yo con los mios posare a San Servan.
Las mis compañas esta noche legaran ;
terne vigilia en aqueste santo logar .

3050.

Demain dès le matin, j'irai en la cité,
Et serai à la Cour avant que de dîner. »
Le roi dit : « Je vous l'accorde bien volontiers. »
Don Alphonse, le roi est entré dans Tolède,
Et lui, mon Cid Ruy Diaz demeure à Saint-Servan.

3050.

Cras mañana entrare a la çibdad
e ire a la cort enantes de yantar. »
Dixo el rey : « Plazme de voluntad. »
El rey don Alfonsso a Tolledo es entrado,
mio Çid Ruy Diaz en San Servan posado.

3055.

Pour poser sur l'autel, il fait faire des cierges,
Et décide qu'il veillera en ce saint lieu,
Priant le Créateur, lui parlant en secret.
Minaya et tous les fidèles qui sont là
Ont été prévenus quand ce fut le matin :

3055.

Mandor fazer candelas e poner en el altar ;
sabor a de velar en essa santidad
al Criador rogando e fablando en poridad.
Entre Minaya e los buenos que i ha
acordados fueron quando vino la man.

§ Préparatifs du Cid

§ Préparatifs du Cid

3060.

Matines et primes ont dites jusqu'à l'aube.
La messe fut dite avant le lever du jour,
Et ils ont fait l'offrande tout bien comme il faut ;
« Vous, Minaya, qui êtes comme mon bras droit,
Vous viendrez avec moi, et Jérôme l'évêque ;

3060.

Matines e prima dixieron faza'l alba.
Suelta fue la missa antes que saliesse el sol
e ssu ofrenda han efcha muy buena e [a sazon].
« Vos, Minaya Albar Fañez el mio braço mejor
vos iredes comigo y el obispo don Jheronimo

3065.

Et Pero Vermuez, et ce Muño Gustioz,
Martin Antolinez, le noble burgalais,
Et Alvar Alvarez, Alvar Salvadorez,
Avec Martin Muñoz, né sous la bonne étoile,
Et sans oublier mon neveu, Felez Muñoz.

3065.

e Pero Vermuez e aqueste Muño Gustioz
e Martin Antolinez el burgales de pro
e Albar Albarez e Albar Salvadorez
e Marin Muñoz que en buen punto naçio
e mio sobrino Felez Muñoz ;

3070.

Avec moi je prendrai Malanda, qui est sage,
Avec Galind Garciaz, ce brave d'Aragon ;
En plus d'eux, que l'on prenne des bons jusqu'à cent.
Tuniques enfilées, protégeant de l'armure,
Des cuirasses qui brillent comme soleil,

3070.

comigo ira Malanda que es bien sabidor
e Galind Garçiez el bueno d'Aragon ;
con esto cunplansse çiento de los buenos que i son.
Velmezes vestidos por sufrir las guarnizones,
de suo las lorigas tan blancas commo el sol

3075.

Et par dessus le tout hermines et fourrures,
Cordons bien resserrés pour bien cacher les armes :
Glissées sous les manteaux, des épées affilées,
C'est ainsi que je veux aller jusqu'à la Cour,
Pour donner mes raisons et réclamer mon droit.

3075.

sobre las lorigas armiños e peliçones,
e que non parescan las armas, bien presos los cordones ;
so los mantos las espadas dulçes e tajadores ;
d'aquesta guisa quiero ir a la cort
por demandar mios derechos e dezir mi razon ;

3080.

Si les infants de Carrion cherchent chicane,
Avec cent chevaliers, nulle crainte à avoir ! »
Ils ont tous répondu : « Nous le voulons, Seigneur ! »
Comme il le demandait, ils se sont équipés.
Né sous la bonne étoile, lui sans plus tarder

3080.

si desobra buscaren ifantes de Carrion
¡ dos tales çientoi tovier bien sere sin pavor ! »
Respondieron todos : « ¡ Nos esso queremos, señor ! »
Assi como lo a dicho todos adobados son.
Nos detiene por nada el que en buen ora naçio :

3085.

A enfilé sur lui des chausses de bon drap,
Et par dessus les chausses, mis de forts souliers ;
Puis chemise de toile, blanche comme jour.
D'or et d'argent tissées en sont toutes les ganses,
Les poignets bien serrés ainsi qu'il l'a voulu,

3085.

calças de buen paño en sus camas metio,
sobr'ellas unos çapatos que a grant huebra son ;
vistio camisa de rançal tan blanca commo el sol,
con ora e con plata todas las presas son,
al puño bien estan, ca el selo mando ;

3090.

Et par dessus encore, cotte de riche soie,
Ouvrée avec de l'or, et qui semble être en or,
Une fourrure rouge, avec des bandes d'or :
Celle que toujours met mon Cid Campeador.
Sur ses cheveux, il pose une coiffe écarlate,

3090.

sobr'ella un brial primo de çiclaton,
obrado es con oro, pareçen por o son ;
sobr'esto una piel vermeja, las bandas d'oro son,
siempre la viste mio Çid el Campeador ;
una cofia sobre los pelos d'un escarin de pro,

3095.

Tissée avec de l'or, faite spécialement
Pour que ses longs cheveux ne lui soient point coupés.
Comme sa barbe est longue il l'a emprisonnée
Par un cordon : il fait cela par précaution.
Et pour finir il met un manteau de valeur,

3095.

con ora es obrada, fecha por razon,
que non le contalassen los pelos al buen Çid Canpeador.
La barba avie lunga e prisola con el cordon ;
por tal lo faze esto querecabdar quiere todo lo so.
De suso cubrio un manto que es de grant valor,

3100.

Pour que tous ceux qui viennent puissent l'admirer.
Avec les cent hommes qu'il a fait s'équiper,
Il monte à cheval et sort de Saint-Servan :
Le voici maintenant qui arrive à la cour.
À la porte il est descendu de son cheval,

3100.

en el abrien que ver quantos que i son.
Con aquesto çiento que adobar mando
a priessa cavalga, de San Servan salio ;
assi iva mio Çid adobado a lla cort.
A la puerta de fuera descavalga a sabor,

§ Arrivée du Cid à la Cour

§ Arrivée du Cid à la Cour

3105.

Et prudemment il est entré avec les siens ;
Il va jusqu'au milieu, mais reste entouré d'eux.
Quand on le vit entrer, lui qui est le bien-né,
Le bon roi Dom Alphonse aussitôt s'est levé,
Et puis le Comte Henri, et le Comte Raymond,

3105.

cuerda mientra entra mio Çid con todos los sos,
el va en medio e los çientis aderredor.
Quando lo vieron entrar al que en buen ora naçio
levantos en pie el buen rey don Alfonsso
y el conde don Anrrich y el conde don Remont

3110.

Et sachez le, après, tous les autres aussi :
Ils l'ont reçu en grand honneur, lui, le bien-né.
Mais le Crêpu de Grañon ne s'est pas levé,
Ni ceux qui sont avec les Infants de Carrion.
Le roi a dit au Cid : « Venez, Campeador,

3110.

e desi adelant sabet, todos los otros ;
a grant ondra lo reçiben al que en buen ora naçio.
Nos quiso levantar el crespo de Grañon
nin todos los del bando de ifantes de Carrion.
El rey dixo al Çid : « Venid aca ser, Campeador,

3115.

Sur ce siège à dossier que vous m'avez donné.
Certains seront fâchés, mais vous y serez bien ! »
Le vainqueur de Valence a fait ses compliments :
« Conservez votre siège, vous êtes le roi ;
Moi je serai ici avec tous mes amis. »

3115.

en aqueste escaño quem diestes vos en don.
¡ Mager que [a] alguno pesa, mejor sodes que nos ! »
Essora dixo muchas merçedes el que Valençia gaño :
« Sed en vuestra escaño commo rey e señor ;
aca posare con todos aquestos mios. »

3120.

Ce que le Cid a dit a réjoui le roi.
Le Cid alors s'assied sur un banc ouvragé,
Et ses cent chevaliers se disposent autour.
Tous les gens de la Cour fixent les yeux sur lui,
Sur sa barbe qui est longue et bien attachée.

3120.

Lo que dixo el Çid al rey plogo de coraçon.
En un escaño torniño essora mio Çid poso,
los çiento quel aguardan posan aderredor.
Catando estan a mio Çid quantos ha en la cort,
a la barba que avie luenga e presa con el cordon ;

3125.

Tout son équipement fait de lui un baron !
De honte les Infants n'osent le regarder.
C'est alors que le roi Alphonse s'est levé :
« Écoutez moi donc tous, que Dieu vous vienne en aide !
Depuis que je suis Roi, deux Cours se sont tenues,

3125.

¡ en sos aguisamientos bien semeja varon !
Nol pueden catar de vreguença ifantes de Carrion.
Essora se levo en pie el buen rey don Alfonsso
« ¡ Oid, mesnadas ; si vos vala el Criador !
Hyo que fu rey non fiz mas de dos cortes,

§ le roi convoque une Cour de justice

§ le roi convoque une Cour de justice

3130.

L'une fut à Burgos, et l'autre en Carrion.
Pour tenir celle-ci, suis venu à Tolède,
En l'honneur de mon Cid, lui qui est le bien-né,
Et pour que des Infants il ait réparation.
Ils lui ont fait grand tort, tout le monde le sait.

3130.

la una fue en Burgos e la otra en Carrion.
Esta terçera a Tolledo la vin fer oy
por el amor de mio Çid el que en buen ora naçio
que reçiba derecho de ifantes de Carrion.
Grande tuerto le han tenido, sabemos lo todos nos.

3135.

Dom Henri et Raymond en seront les Alcades,
Et tous les autres, vous, comtes sans parti-pris,
Examinez cela avec votre sagesse,
Pour y dire le droit : je ne veux rien d'injuste :
Délibérons en paix, l'une et l'autre partie.

3135.

Alcaldes sean desto el conde don Anrrich y el conde don Remond
y estos otros condes que del vando non sodes.
Todos meted i mientes, ca sodes coñosçedores
por escoger el derecho, ca tuerto non mando yo,
Della e della part en paz seamos oy.

3140.

Par saint Isidore, qui troublera la Cour,
Devra quitter la Cour et et perdra mon estime.
Pour qui le droit sera, je serai avec lui.
Que maintenant le Cid expose sa demande :
Voyons ce que diront les Infants de Carrion. »

3140.

Juro por Sant Esidro, el que bolviere mi cort
quitar me al reino, perdera mi amor.
Con el que toviere derecho yo dessa parte me so.
Agora demande mio Çid el Campeador ;
sabremos que responden ifantes de Carrion. »

3145.

Mon Cid s'est relevé, baise la main du roi :
« Je rends grâces à vous, mon Roi et mon Seigneur,
Car pour moi vous avez convoqué cette Cour ;
Voici ce que j'attends des Infants de Carrion.
N'est pas honteux pour moi l'abandon de mes filles

3145.

Mio Çid la mano beso al rey y en pie se levanto :
« Mucho vos lo gradesco commo a rey et a señor
por quanto esta cort fiziestes por mi amor.
Esto les demando a ifantes de Carrion :
por mis fijas quem dexaron yo non he desonor,

3150.

Puisque c'est vous, mon roi, qui les avez mariées...
Mais quand avec mes filles ils ont quitté Valence
Moi qui les aimais vraiment bien, d'âme et de cœur,
Leur donnai deux épées : Colada et Tizon :
Que j'avais obtenues par mes exploits guerriers,

3150.

ca vos las casastes, rey, sabredes que fer oy ;
mas quando sacaron mis fijas de Valençia la mayor
- hyo bien las queria d'alma e de coraçon -
diles dos espadas a Colada e a Tizon
- estas yo las gane a guisa de varon -

3155.

Afin de vous servir et s'honorer par elles.
Mais en laissant mes filles dans les bois de Corpes,
Ils ont rompu nos liens, je ne les connais plus.
Qu'ils rendent mes épées, ce ne sont plus mes gendres ! »
Les Alcades ont dit : « Cela est raisonnable. »

3155.

ques ondrassen con ella e sirvissien a vos.
Quando dexaron mis fijas en el robredo de Corpes
comigo non quisieron aver nada e perdieron mi amor ;
¡ den me mis espadas quando mios yernos non son ! »
Atorgan los alcades : « Tod esto es razon. »

3160.

Mais le comte Garcia a dit : « Délibérons ! »
Les Infants de Carrion sont sortis de la Cour,
Avec tous leurs parents, ceux qui sont avec eux.
Ils ont parlementé et sont tombés d'accord :
« Le Çid Campeador est aimable avec nous,

3160.

Dixo el conde don Garcia : « A esto fablemos nos. »
Essora salien aparte iffantes de Carrion
con todos sus parientes y el vando que i son,
a priessa lo ivan trayendo e acuerdan la razon :
« Aun grand amor nos faze el Çid Campeador

3165.

En ne demandant rien pour l'affront de ses filles ;
Nous nous arrangerons avec le roi Alphonse.
Donnons-lui ses épées : c'est tout ce qu'il demande ;
Et quand il les aura, il quittera la cour.
Le Cid Campeador n'aura de nous rien d'autre. »

3165.

quando desondra de sus fijas no nos demanda oy ;
bien nos abendremos con el rey don Alfonsso.
Demos le sus espadas, quando assi finca la boz,
e quando las toviere partir se a la cort ;
hya mas non avra derecho de nos el Çid Campeador. »

3170.

Après cet entretien, à la Cour ils reviennent.
« Alphonse, honneur à vous, notre seigneur et roi !
Nous ne pouvons nier ce don de deux épées ;
Puisqu'il nous les demande et qu'il veut les reprendre,
Nous allons les lui rendre, et en votre présence. »

3170.

Con aquesta fabla tornaron a la cort :
« ¡ Merced, ya rey don Alfonsso, sodes nuestro señor !
No lo podemos negar, ca dos espadas nos dio ;
quando las demanda e dellas ha sabor
dar gelas queremos dellant estando vos. »

3175.

Ils ont alors tiré “Colada” et “Tizon”,
Pour les remettre dans les mains de leur seigneur.
En les tirant, toute la Cour en a relui,
Car leurs poignées et leurs pommeaux sont tout en or,
Et tout ceux qui sont là en sont émerveillés.

3175.

Sacaron las espadas Colada e Tizon,
pusieron las en mano del rey so señor ;
saca las espadas e relumnra toda la cort,
la maçanas e los arriazes todos d'oro son,
maravillan se dellas todos los omnes buenos de la cort.

3180.

Le Cid prend les épées, baise les mains du roi, 
Puis il est retourné se rasseoir sur son banc ;
Il tient les deux épées, et les fixe des yeux.
Ce ne peut être qu'elles, qu'il connaît très bien.
Son cœur s'en réjouit, il en est tout content.

3180.

Reçibao las espadas, las manos le beso,
tornos al escaño do se levanto ;
en las manos las tiene e amas las cato,
nos le pueden camear ca el Çid bien las connosçe.
Alegros le tod el cuerpo, sonrisos de coraçon,

3185.

Il a levé la main et caresse sa barbe :
« Par cette barbe que jamais on n'arracha,
Ainsi seront vengées Doña Elvire et Sol ! »
Puis il a appelé son neveu par son nom,
Il a tendu le bras et lui remet “Tizon” :

3185.

alçava la mano, a la barba se tomo :
« ¡ Par aquesta barba que nadi non messo
assis iran vengando don Elvira e doña Sol ! »
A so sobrino [don Pero] por nombrel lamo,
tendio el braço, la espada Tizon le dio :

3190.

« Prenez-la, mon neveu, elle aura meilleur maître ! »
Puis à Martin Antolinez, le Burgalais
Il a tendu le bras et donné “Colada” :
« Martin Antolinez, mon vassal préféré,
Prenez donc Colada, gagnée sur un seigneur,

3190.

« Prendet la, sobrino, ca mejora en señor. »
A Martin Antolinez el burgales de pro
tendio el braço, el espada Coladal dio :
« Martin Antolinez mio vassal de pro
prendes a Colada - ganela de buen señor,

3195.

Le Comte Berenger, celui de Barcelone ;
Je vous la donne pour que vous en ayez soin :
Elle vous donnera grand bien et grand honneur. »
Il lui baisa la main, et prit l'épée reçue.
Le Cid Campeador aussitôt s'est levé :

3195.

del conde d[on] Remont Verengel de Barçilona la mayor -
por essa vos la do que la bien curiedes vos.
Se que si vos acaeçiere con ella ganaredes grand prez e grand valor. »
Beso le la mano, d'espada tomo el reçibio.
Luego de levanto mio Çid el Campeador :

3200.

« Grâces au Créateur, et à vous, Seigneur-Roi !
C'est bien pour mes épées, Colada et Tizon ;
Mais j'ai autre grief envers les deux Infants :
Quand ils ont emmené de Valence mes filles,
Je leur donnai d'or et d'argent trois mille marcs.

3200.

« ¡ Grado al Criador e vos, rey a señor :
hya pagado so de mis espadas, de Colada e de Tizon !
Otra rencura he de ifantes de Carrion :
quando sacaron de Valençia mis fijas amas a dos
en oro y en plata tres mill marcos les di yo.

3205.

J'ai fait cela, et eux, ils ont suivi leur plan !
Qu'ils rendent mon argent : ce ne sont plus mes gendres. »
Alors vous auriez vu se plaindre les Infants !
Mais le Comte Raymond leur a dit : « oui ou non ? »
Alors ont répondu les Infants de Carrion :

3205.

Hyo faziendo esto, ellos acabaron los so ;
den me mis averes, quando mios yernos non son. »
¡ Aqui veriedes quexar se ifantes de Carrion !
Dize el conde don Remond : « Dezid de ssu o de non. »
Essora responden ifantes de Carrion :

3210.

« Nous lui avons déjà rendu ses deux épées
Il ne nous avait pas réclamé autre chose. »
« Si cela plaît au roi, nous déclarons ceci :
Il faut que vous donniez satisfaction au Cid. »
Et le bon roi a dit : « Je le déclare aussi. »

3210.

« Por essol diemos sus espadas al Çid Campeador,
que al no nos demandasse, que aqui finco la boz. »
« Si ploguiere al rey assi dezimos nos :
a lo que demanda el Çid quel recudades vos. »
Dixo el buen rey : « Assi lo otorgo yo. »

3215.

En se mettant debout, le Cid a répété :
« Infants, tout cet argent que je vous ai donné
{Ou bien me le rendez, ou m'en rendez raison. »}
Les infants de Carrion sont sortis se parler ;
Ils ne sont pas d'accord : la somme est bien trop grande,
Et d'ailleurs ils l'ont presque déjà dépensée.

3215.

Levant(ad)os en pie el Çid Campeador :
« Desto averes que vos di yo
{si melos dades, o dedes dello raçon. »}
Essora salien aparte ifantes de Carrion ;
non acuerdan en consejo ca los haveres grandes son,
espesos los han ifantes de Carrion ;

3220.

Ils sont rentrés et ils ont parlé à leur gré :
« Il nous peine beaucoup le vainqueur de Valence,
En réclamant ainsi ce dont nous disposons.
Nous le rembourserons en terres de Carrion. »
Les Alcades alors ont déclaré ceci :

3220.

Tornan con el conssejo e fablavan a sso sabor :
« Mucho nos afinca el que Valençia gaño
quando de nuestros averes assil prende sabor ;
pagar le hemos de heredades en tierras de Carrion. »
Dixieron les alcades quando manfestados son :

3225.

« Si cela plaît au Cid, nous le voudrons aussi.
Mais voici comment nous jugeons de cette affaire :
Qu'ici même en la Cour la somme soit payée. »
Sur ces mots, c'est le roi qui reprend la parole :
« Nous sommes au courant de toute cette affaire :

3225.

« Si esso plogiere al Çid non gelo vedamos nos ;
mas en nuestro juvizio assi lo mandamos nos :
que aqui lo entergedes dentro en la cort. »
A estas palabras fablo el rey don Alfonsso :
« Nos bien la sabemos aquesta razon

3230.

le Cid est dans son droit de réclamer cela.
Sur les trois mille dûs, j'en possède deux cents :
Ce sont eux, les Infants, qui me les ont donnés.
Je vais les leur rendre, car tout est de leur faute !
Qu'ils remboursent le Cid, lui qui est le bien-né :

3230.

que derecho demanda el Çid Campeador.
Destos .iii. mill marcos los .cc. tengo yo,
entramos melos dieron los ifantes de Carrion.
Tornar gelos quiero ca t[an] d[e]sfechos son,
enterguen a mio Çid el que en buen ora naçio ;

3235.

Puisqu'à lui ils sont dûs, moi je ne les veux plus ! »
« Nous n'avons pas d'espèces », répond Gonzales.
Le comte Dom Raymond a repris aussitôt :
« L'or et l'argent, c'est vous qui l'avez dépensé !
Nous vous le demandons en présence du roi :

3235.

quando ellos los an a pechar non gelos quiero yo. »
Fablo Ferran Gonçalez : « Averes monedados non tenemos nos. »
Luego respondio el conte don Remond :
« El ora e la plata espendiestes lo vos ;
por juvizio lo damos ent'el rey don Alfonsso :

3240.

Qu'ils payent en nature, le Cid prendra cela ! »
Les Infants ont compris qu'il devaient s'y résoudre :
Ah ! Si vous aviez vu tous ces chevaux rapides,
Tous ces beaux palefrois, toutes ces fortes mules,
Tant de bonnes épées, et si bien décorées !

3240.

pagen le apreçiadura e prendalo el Campeador. »
Hya vieron que es a fer los ifantes de Carrion.
Veriedes aduzir tanto cavallo corredor,
tanta gruessa mula, tanto palafre de sazon,
tanta buena espada con toda guarnizon ;

3245.

Mon Cid prend tout cela, que la Cour évalue.
En plus des deux cents marcs que lui remet le roi,
Les infants ont versé encore en plus, au Cid,
Une somme empruntée, car ils ne l'avaient pas.
Sachez qu'au bout du compte, ils étaient fort marris !

3245.

reçibiolo mio Çid commo apreçiaron en la cort.
Sobre los dozientos marcos que tenie el rey Alfonsso
pagaron los infantes al que en buen ora na[ç]io ;
enprestan les de lo ageno, que non les cumple lo so.
Mal escapan jogados sabed, desta razon.

3250.

Mon Cid a accepté ces dédommagements,
Ses hommes les ont pris et veilleront sur eux.
Quand cela fut réglé, on passe à autre chose.
« Ah ! Merci, mon Seigneur pour votre charité !
Mais je ne puis laisser mon grand sujet de plainte.

3250.

Estas espreçiaduras mio Çid presas la ha,
sos omnes las tienen e della penssaran.
Mas quando esto ovo acabado penssaron luego d'al ;
« ¡ Merçed, ya rey señor por amor de caridad !
La rencura mayor non se mue puede olbidar.

3255.

Vous tous en cette cour, comprenez-vous mon mal ?
Les Infants de Carrion qui m'ont déshonoré
Je ne puis les laisser sans leur porter défi.
Dites-moi, les Infants, vous aurais-je offensés
En plaisantant, ou pour de vrai, ou autrement ?
{Devant la Cour, ici, je m'en repentirais.}

3255.

Oid me toda la Cort e pesevos de mio mal :
[a] los ifantes de Carrion quem desondraron tan mal
a menos de riebtos nos los puedo dexar.
Dezid : ¿ que vos merci, ifantes
en juego o en vero o en alguna razon ?
{Aqui lo mejorare a juvizio de la cort.}

3260.

Pourquoi me déchirer jusques au fond du cœur ?
En partant de Valence, je vous donnai mes filles,
Vous faisant grand honneur, et beaucoup de cadeaux ;
Si vous n'en vouliez plus - traîtres, chiens que vous êtes,
Pourquoi les arracher à Valence, leur fief ?

3260.

¿ A quem descubriestes las telas del coraçon ?
A la salida de Valençia mis fijas vos di yo
con muy grand ondra e averes a nombre ;
quando las non queriedes - ¡ ya canes traidores ! -
¿ por que las sacavades de Valençia sus honores ?

3265.

Et pourquoi les frapper avec vos éperons,
Et les abandonner en la rouvraie de Corpes,
À des oiseaux rapaces, des bêtes féroces ?
Pour avoir fait cela, vous ne valez que peu,
Reconnaissez-le donc devant toute la cour ! »

3265.

¿ A que las firiestes a çinchas e a espolones ?
Solas las dexastes en el robredo de Corpes
a la bastia fieras e a las aves del mont :
¡ por lo que les fiziestes menos valedes vos !
Si non recudedes vea lo esta cort. »

3270.

Et le Comte Garcia alors s'est mis debout :
« Grand merci, roi, le meilleur de toute l'Espagne !
Voilà le Cid, que les hérauts ont annoncé ;
Il a laissé pousser sa barbe qui est longue :
Elle en effraie certains, et étonne les autres.

3270.

El conde don Garcia en pie se levantava :
« ¡ Merçed, ya rey el mejor de toda España !
Vezos mio Çid a llas cortes pregonada ;
dexola creçer e luenga trae la barba,
los unos le han miedo e los otros espanta.

3275.

La nature de ceux de Carrion s'oppose
À prendre concubines les filles du Cid.
Et qui eût pu faire d'elles des femmes pour eux ?
En les abandonnant, ils étaient dans leur droit.
De tout ce qu'il a dit, nous ne tiendrons pas compte ! »

3275.

Los de Carrion son de natura tal
non gelas devien querer sus fijas por varraganas
 ! o quien gelas diera por parejas o por veladas !
Derecho fizieron por que las han dexadas.
¡ Quanto el dize non gelo preçiamos nada ! »

3280.

Le Cid Campeador a tiré sur sa barbe,
« Je rends grâces à Dieu qui régit ciel et terre !
Elle est longue ma barbe, car elle est bien nourrie.
Et comment pouvez-vous m'en faire le reproche ?
Depuis qu'elle a paru, elle fut bien nourrie :

3280.

Essora el Campeador prisos a la barba :
« ¡ Grado a Dios que çiel e tierra manda !
Por esso es luenga que a deliçio fue criada.
¿ Que avdes vos, conde, por retraer la mi barba ?
Ca de quando nasco a deliçio fue criada.

3285.

Par elle ne m'a pris nul homme né de femme,
Aucun fils de chrétien ou de More non plus,
Comme à vous je le fis au Château de Cabra.
Quand je pris cette ville et vous saisis la barbe,
Personne n'a manqué de vous en prendre un pouce,

3285.

ca non me priso a ella fijo de mugier nada,
nimbla messo fijo de moro nin de christiana
¡ commo yo a vos, conde, en el castiello de Cabra !
Quando pris a Cabra e a vos por la barba
non i ovo rapaz que non messo su pulgada ;

3290.

Et celle que j'ai prise n'a pas repoussé ! »
Alors voilà Fernand Gonzalez qui se lève,
Écoutez ce qu'il dit à haute et forte voix :
« Cid, vous devriez bien arrêter vos discours !
Vous voilà satisfait pour votre argent, pour tout ;

3290.

¡ la que yo messe aun non es eguada ! »
Ferran Gonçalvez en pie se levanto,
a altas vozes o(n)dredes que fablo :
«  ¡ Dexassedes vos Çid, de aquesta razon !
De vuestros averes de todos pagado(s) sodes ;

3295.

La querelle entre nous doit maintenant cesser !
Nous sommes Comtes de Carrion, et nos épouses
Ne seront que filles de rois ou d'empereurs :
Celles des infançons ne nous suffisaient pas.
En les abandonnant, nous étions dans nos droits :

3295.

non creçies varaja entre nos e vos.
¡ De natura somos de condes de Carrion !
Deviemos casar con fijas de reyes o de enperadores
ca non perteneçien fijas de ifançones.
Por que las dexamos derecho fiziemos nos ;

3300.

Sachez que nous ne nous en estimons que plus. »
Mon Cid alors se tourne vers Pero Bermuez :
« Parle, Pero Bermuez, toi qui toujours te tais !
Il s'agit de mes filles qui sont tes cousines,
De ce que l'on m'en dit, tu es éclaboussé :

3300.

mas nos preçiamos sebet, que menos no. »
Mio Çid Ruy Diaz a Pero Vermuez cata :
«  ¡ Fabla, Pero Mudo, varon que tanto callas !
Hyo las he fijas e tu primas cormanas ;
a mi lo dizen, a ti dan las orejadas.

§ Pero Bermuez rappelle l'épisode du lion...

§ Pero Bermuez rappelle l'épisode du lion...

3305.

Si c'est moi qui répond, c'est que tu t'en désistes ! »
Alors Pero Bermuez se décide à parler :
Sa langue, bien souvent, vient à s'embarrasser ;
Mais s'il a commencé, sachez qu'il continue !
« J'ai remarqué, mon Cid, que c'est votre habitude,

3305.

Si yo repondier tu non entraras en armas. »
Pero Vermuez conpeço de fablar ;
detienes le la lengua, non puede delibrar,
mas quando enpieça sabed, nol da vagar :
« ¡ Direvos, Çid, costumbres avedes tales !

3310.

De m'appeler “le Muet” devant toute la Cour,
Car vous le savez bien, je n'y suis pas habile.
Mais ce que j'ai à faire, n'y manquerai pas.
Dans ce que tu nous dis, Fernando, tu nous ment !
Pour le Campeador, c'est bien plus important,

3310.

¡ Siempre en la cortes Pero Mudo me lamades !
Bien lo sabedes que yo non puedo mas ;
por lo que yo ovier a fer por mi non mancara.
¡ Mientes Ferrando, de quanto dicho has !
Por el Campeador mucho valiestes mas.

3315.

Et ton comportement, je vais le rappeler.
Souviens-toi de notre combat près de Valence :
Au Cid tu réclamas de frapper en premier ;
Tu aperçus un More, et voulant l'éprouver,
{Tu t'es pourtant enfui avant de l'approcher !}
Si je n'étais venu, il t'aurait malmené !

3315.

Las tus mañas yo te las sabre contar :
¿ miembras quando lidiamos çerca Valençia la grand ?
Pedist las feridas primeras al Campeador leal,
vist un moro, fustel ensayar,
{antes fuxiste que a'l te alegasses.}
Si yo non uvias el moro te jugara mal ;

3320.

J'ai pris ta place et combattu le More.
Et dès les premiers coups je l'ai jeté à terre,
Tu as pris son cheval ; j'ai gardé tout cela
Secret : jusqu'à ce jour, personne ne l'a su.
Tu peux bien te vanter devant le Cid et tous,

3320.

passe por ti, con el moro me off de ajuntar,
de los primeros colpes of le de arrancard.
Did el cavallo, toveldo en poridad,
fasta este dia no lo descubri a nadi ;
delant mio Çid e delante todos oviste te alabar

3325.

D'avoir tué le More, accompli cet exploit !
Tout le monde l'a cru, sans connaître le vrai :
Tu es peut-être beau, mais tu n'es pas vaillant !
Une langue sans mains ! Et tu oses parler !
Ah ! Fernando, reconnais donc que je dis vrai :

3325.

que matars el moro e que fizieras barnax ;
crovieron telo todos, mas non saben la verdad.
¡ Y eres fermoso, mas mal varragan !
¡ Lengua sin manos ! ¿ cuemo osas fablar ?
Di, Ferrando, otorga esta razon :

3330.

Ne te souviens-tu pas de l'affaire du lion,
Quand le Cid somnolait et que le lion surgit ?
Alors toi, Fernando, que fis-tu, apeuré ?
Tu t'es caché derrière le Campeador !
Tu t'es caché - et pour cela tu ne vaux rien !

3330.

¿ non te viene en miente en Valeçia lo del leon,
quando durmie mio Çid y el leon se desato ?
E tu, Ferrando, ¿ que fizist con el pavor ?
¡ Metistet tras el escaño de mio Çid el Campeador !
¡ Metistet, Ferrando, por o menos vales oy !

3335.

Nous autres nous avons fait cercle autour du Cid
Pour protéger celui qui a conquis Valence ;
Se levant de son siège, il alla vers le lion,
Qui en baissant la tête, avait semblé l'attendre :
Il le prit par le cou, et le remit en cage.

3335.

Nos çercamos el escaño por curiar nuestro señor
fasta do desperto mio Çid el que Valeçia gaño,
levantos del escaño e fues pora'l leon ;
el leon premio la cabeça, a mio Çid espero,
dexos le prender al cuelo e a la red le metio.

3340.

Quand le Campeador revint vers ses vassaux,
Il vit qu'ils étaient tous restés autour de lui ;
Mais il cherchait ses gendres qu'il ne voyait pas !
Je te tiens pour mauvais et pour un méchant traître,
Je te mets au défi, pour ça, devant le roi,

3340.

Quando se torno el buen Campeador
a sos vassalos violos aderredor,
demando por sus yernos : ¡ ninguno non fallo !
Riebtot el cuerpo por malo e por traidor ;
estot lidiare aqui ant'el rey don Alfonsso

3345.

Pour les filles du Cid, Doña Elvire et Sol,
En les abandonnant, vous vous déshonoriez !
Si elles sont des femmes, vous êtes des hommes,
Mais en tout elles sont bien meilleures que vous !
Quand viendra le combat, s'il plaît au Créateur,

3345.

por fijas del Çid, don Elvira e doña Sol.
¡ Por aquanto las dexastes menos valedes vos !
Ellas son mugieres e vos sodes varones ;
en todas guisas mas valen que vos.
Quento fuere la lid - si ploguiere al Criador -

3350.

Tu devras reconnaître que tu es un traître,
Et que ce que j'ai dit est pure vérité ! »
Ainsi finit l'affrontement de ces deux-là.

3350.

tu lo otorgaras a guisa de traidor ;
de quanto he dicho verdadero sere yo. »

§ Discours vaniteux de Don Diego

§ Discours vaniteux de Don Diego Gonzalez

Et voici maintenant ce que Diego a dit :
« Notre nature est celle de Comtes très purs.

D'aquestos amos aqui quedo la razon.
Diego Gonçalez odredes lo que dixo :
« ¡ De natura somos de los condes mas limpios !

3355.

Ces mariages n'auraient certes pas dû se faire,
Puisqu'ils faisaient de nous des parents de Rodrigue !
Aucun remords pour nous d'avoir laissé ses filles,
Qui peuvent soupirer toute leur vie durant :
{On leur reprochera ce que nous avons fait.}
Et je me battrai donc avec avec le plus hardi

3355.

¡ Estos casamientos non fuessen apareçidos
por consagrar con mio Çid don Rodrigo !
Por que dexamos sus fijas aun no nos repentimos,
mientra que bivan pueden aver sospiros ;
lo que les fiziemos ser les ha retraido,
{¡ esto lidiare a tod el mas ardido :}

3360.

Pour prouver à vous tous que nous avons bien fait ! »
Martin Antolinez s'est levé et a dit :
« Perfide, tais-toi donc, bouche sans vérité !
As-tu donc oublié l'épisode du lion ?
Tu as fui te cacher dans la basse-cour !

3360.

que por las dexamos ondrados somos nos ! »
Martin Antolinez en pie se levantava :
« ¡ Cala, alevoso, boca sin verdad !
Lo del leon non se te deve oblidar ;
saliste con la puerta, metistet al coral,

3365.

Tu t'es dissimulé derrière une des poutres...
Et depuis tu n'as plus mis ni manteau ni cotte. [Com-19-E]
Je combattrai pour prouver que je dis le vrai.
Quant aux filles du Cid, pourquoi cet abandon ?
Elles valent bien mieux que vous deux, on le sait.

3365.

fusted meter tras la viga lagar ;
mas non vesti[ste]d el manto nin el brial,
Hyo llo lidiare, non passara por al :
fijas del Çid por que las vos dexastes
en todas guisas sabed, que mas que vos valen.

3370.

Et après le combat tu le diras toi-même :
Tu n'as fait que mentir, tu n'es d'autre qu'un traître ! »
Et voici terminé ce qu'ont dit ces deux-là.
Gonzalez maintenant entre dans le Palais,
Avec manteau d'hermine et tunique traînante,

3370.

¡ Al partir de la lid por tu boca lo diras
que eres traidor e mintist de quanto dicho has ! »
Destos amos la razon finco.
Asur Gonçalez entrava por el palaçio
manto armiño e un brial rastrando ;

3375.

Visage cramoisi, d'avoir si bien mangé.
Et dans ce qu'il a dit entre peu de sagesse :
« Et bien, Barons ! Où est le mal en tout cela ?
Qui pourrait nous donner des nouvelles du Cid ?
Est-il allé revoir ses moulins sur l'Ubierne,

3375.

vermejo viene, ca era almorzado ;
en lo que fablo avie poco recabdo :
« ¡ Hya varones ! ¿ Quien vio nunca tal mal ?
¡ Quien nos darie nuevas de mio Çid el de Bivar !
 ! Fuesse a Rio d'Orvina los molinos picar

3380.

Y prendre la farine comme il le fait souvent ?
Qui lui donna l'idée de s'allier aux Carrion ? »
Alors Muño Gustioz s'est levé à son tour :
« Tais-toi donc, perfide, méchant et sale traître !
Tu préfère manger qu'aller à la prière !

3380.

e prender maquilas commo lo seule far !
¿ qui darie con los de Carrion a casar ? »
Essora Muño Gustioz en pie se levanto :
« ¡ Cala, alevoso, malo e traidor !
Antes almuerza que vayas a oraçion,

3385.

Et ceux que tu salues, tu les dégoûtes tous !
Tu ne dis pas la vérité ni aux amis, ni au Seigneur ;
Tu es faux envers tous, et jusqu'au Créateur.
Je ne veux pas avoir d'amitié de ta part,
Et te ferai avouer que tu es comme je dis ! »

3385.

a mos que das paz fartas los aderredor.
Non dizes verdad [a] amigo ni ha señor,
falsso a todos e mas al Criador.
En tu amistad non quiero aver raçion ;
¡ fazer telo [e] dezir que tal eres qual digo yo ! »

NOTES

Henri : Enrique de Borgoña, Comte du Portugal.

Raymond : Comte de Galice, marié à Urraca, fille d'Alphonse VI.

Empereur : Alphonse VII, roi de Castille et de Leon (1126-1157), celui qui prit le titre d'“Empereur de toute l'Espagne”.

Fruela : Fruela Diez, Comte de Leon.

Bertrand : On ne sait rien de ce personnage.

faire vigile : Le mot “vigile” est encore employé dans le langage liturgique pour désigner l'office célébré le matin d'une fête importante « de matines à none » dit le dictionnaire « petit Robert ».

riche soie : le mot du texte est “çiclatones” ; le mot “ciclaton” est attesté en ancien français - dans la Chanson de Roland notamment. Sa signification n'est pas très précise : le mot désigne aussi bien un riche manteau que l'étoffe dont il est fait, comme la soie et des fils d'or.

précaution : Pour éviter qu'en cas de combat, on puisse l'attraper par la barbe !... Ce détail n'est aps anodin : le Cid se méfie encore.

nous déclarons : Bien que cela ne soit pas clairement indiqué dans le texte, il s'agit là de la réponse des “Alcades”, chargés par le roi de donner leur avis impartial sur le différent présenté (cf v. 3135).

ces deux-là : Ferando Gonzalez et Pero Bermuez, premier “couple” de chevaliers opposés dans le combat final. Les deux autres seront Diego Gonzalez et Martin Antolinez, et enfin Asur Gonzales et Muño Gustioz.

Com-19-E : Allusion au fait qu'en allant se cacher ainsi, il avait sali son manteau et sa “cotte”... Cf. le vers 2291.

moulins : Il y avait effectivement des moulins (à eau !) sur l'Ubierne qui passe à Vivar, pays natal du Cid, et ces moulins lui appartenaient. Ce que dit Gonzales est destiné à déconsidérer le héros : « Qu'il aiile à ses moulins, il n'a rien à faire à la Cour »...