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Chanson du Cid - III - 4 (vv. 3390 - 3733) - La vengeance... et la mort du Cid.

SYNOPSIS : § Deux chevaliers demandent la main des filles du Cid § Harangue de Minaya § Réplique de Pelaez Gomez § Le roi fixe le combat § Le Cid offre Babieca au roi, qui le refuse § Préparatifs du combat final § Victoire de Pero Bermuez sur Fernand Gonzalez § Victoire de Martin Antoliñez sur Diego Gonzalez § Victoire de Munõ Gustioz sur Azur Gonzales § Retour des chevaliers du Cid à Valence § Second mariage des filles du Cid § Mort du Cid et fin

3390.

Le roi Alphonse a dit : « Cessez là vos discours.
Ceux qu'on a défié combattront, grâce à Dieu ! »
Et comme s'achevait alors cette dispute,
Voici deux chevaliers qui entrent à la Cour.
L'un se nomme Ojarra, et l'autre Ximenez.

3390.

Dixo el rey Alfonsso : « Calle ya esta razon.
Los que an rebtado lidiaran, ¡ sin salve Dios ! »
Assi commo acaban esta razon
affe dos cavalleros entraron por la cort  :
al uno dizen Ojarra e al otro Yeñego Simenez,

§ Deux chevaliers demandent la main des filles du Cid

§ Deux chevaliers demandent la main des filles du Cid

3395.

On dit que le premier est l'infant de Navarre,
L'autre serait, dit-on, un infant d'Aragon.
Ils ont tous deux baisé les mains du roi Alphonse,
Et demandent au Cid la main de ses deux filles,
Pour être de Navarre et d'Aragon les reines,

3395.

el uno es [del] ifante de Navarra [rogador] .
y el otro [del] ifante de Aragon ;
besan las manos al rey don Alfonsso,
piden sus fijas a mio Çid el Campeador
por ser reinas de Navarra e de Aragon

3400.

Pour qu'elles soient mariées et qu'elles soient bénies.
Alors toute la cour se tint coi, écouta ;
Le Cid Campeador s'est levé pour parler :
« Roi Alphonse, merci ! Vous êtes mon seigneur,
Et de cela je rends grâces au Créateur :

3400.

e que gela diessen a ondra e a benediçion.
A esto callaron e ascucho toda la cort.
Levantos en pie mio Çid el Campeador :
«  ¡ Merçed, rey Alfons, vos sodes mio señor !
Esto gradesco yo al Criador,

3405.

Pour mes filles on vient d'Aragon et Navarre !
C'est vous qui les avez mariées, et non moi ;
Mes filles maintenant sont donc entre vos mains,
Et sans ordre de vous, moi je ne ferai rien. »
Alors le roi se lève et fait taire la Cour ;

3405.

quando melas demandan de Navarra e de Aragon.
Vos las casastes antes, ca yo non,
afe mis fijas, en vuestras manos son ;
sin vuestro mandado nada non fere yo. »
Levantos el rey, fizo callar la cort :

3410.

« Je vous en prie mon Cid, vous le Campeador,
Si cela vous agrée, j'y consens volontiers :
Ca mariage aura lieu aujourd'hui en la Cour,
Et pour vous ce sera un honneur et des terres. »
Mon Cid se lève alors, baise les mains du roi :

3410.

« Ruegovos, Çid caboso Campeador,
que plega a vos e atorgar lo he yo
este casmiento oy se ortorge en esta cort,
ca creçe vos i ondra e tierra e onor. »
Levantos mio Çid al rey las manos le beso :

3415.

« Puisque cela vous plaît, j'y consens, mon Seigneur. »
Alors le roi a dit : « Que Dieu vous récompense,
Vous deux, Oiarra, et vous, Ienego Ximenez.
Ce mariage, à vous deux je vous y autorise ;
Les filles de mon Cid, doña Elvire et Sol,

3415.

« Quando a vos plaze otorgo lo yo, señor . »
Essora dixo el rey : « ¡ Dios vos de den buen galardon !
A vos, Ojarr e a vos, Yeñego Ximenez,
este casamiento otorgos vos le yo
de fijas de mio Çid don Elvira e doña Sol

3420.

À l'infant de Navarre et celui d'Aragon,
Avec honneur seront mariées et bénies ! »
Oiarra se leva, et Iego Jimenez,
Ils baisèrent les mains de Don Alphonse, roi,
Et puis celles du Cid le Grand Campeador.

3420.

pora los ifantes de Navarra e de Aragon,
que vos las de a ondra e a bendiçion. »
Levantos en pie Ojarra e Yñego Ximenez,
besaron las manos del rey don Alfonsso
e despues de mio Çid el Campeador ;

3425.

Ils ont prêté serment et engagé leur foi,
Que ce sera comme il fut dit et mieux encore.
Cela a beaucoup plu à toute cette Cour,
Mais pas du tout, bien sûr, aux infants de Carrion.
Minaya Alvar Fañez alors s'est levé :

3425.

metieron la fes e los omenajes dados son
que cuemo es dicho assi sea o mejor.
A muchos plaze de tod esta cort
mas non plaze a los ifantes de Carrion.
Minaya Alba[r] Fañez en pie se levanto :

3430.

« À vous je le demande, mon roi et seigneur,
Et ne veux affliger le Cid Campeador !
Je vous ai laissé dire tout, dans cette Cour,
Mais il temps enfin que je parle en mon nom. »
Le roi a répondu : « J'y consens volontiers ;

3430.

« ¡ Merced vos pido commo a rey e a señor
e que non pese esto al Çid Campeador !
Bien vos di vagar en toda esta cort ;
dezir querria yaquanto de lo mio. »
Dixo el rey : « Plazme de coraçon.

§ Harangue de Minaya

§ Harangue de Minaya

3435.

Dites-nous Minaya, ce que vous voulez dire. »
« Je demande que tous en cette Cour écoutent,
Quel grand ressentiment j'ai envers les Infants.
Ils ont pris mes cousines sur ordre du roi,
Et leur mariage fut honorable et béni.

3435.

Dezid, Minaya, lo que ovieredes sabor. »
« Hyo vos ruego que me oyades toda la cort,
ca grand rencura he de ifantes de Carrion.
Hyo les di mis primas por mandado del rey Alfonsso,
ellos las prisieron a ondra e a benediçion ;

3440.

Mon Cid Campeador les dota richement,
Et ils les ont laissées, à notre grand chagrin.
Je les défie, car ce sont des méchants, des traîtres !
Ils sont des descendants de ces Vani Gomez
Qui firent tant de comtes de grande valeur ;

3440.

grandes averes les dio mio Çid Campeador ;
ellos las han dexadas a pesar de nos :
¡ riebto(s) les los cuerpos por malos e por traidores !
De natura sodes de los de Vanigomez
onde salien condes de prez e de valor ;

3445.

Mais nous savons pourtant quelles sont leurs coutumes.
Et je rends maintenant grâces au Créateur,
Que ce soient les infants d'Aragon et Navarre
Qui vont de mes cousines demander la main !
En vos bras vous pouviez les tenir pour égales,

3445.

mas bien sabemos la mañanas que ellos han [oy].
¡ Esto gradesco yo al Criador
quando piden mis primas don Elvira e doña Sol
los ifantes de Navarra e de Aragon !
Antes las aviedes parjas pora en braços las tener,

3450.

Maintenant vous baiserez la main de ces Dames !
Vous devrez les servir, bien contre votre gré...
Grâce à Dieu dans le ciel et au roi Don Alphonse,
Ainsi s'agrandira l'honneur de notre Cid !
Car de toutes façons, tels que je dis, vous êtes ;

3450.

agora besaredes sus manos e lamar las hedes señoras ;
aver las hedes a servir, mal que vos pese a vos.
¡ Grado a Dios del çielo e [a] aquel rey don Alfonsso
asil creçe la ondra a mio Çid el Campeador !
En todas guisas tales sodes quales digo yo ;

§ Réplique de Pelaez Gomez

§ Réplique de Pelaez Gomez

3455.

Que quelqu'un me réponde pour me dire que non :
Je suis Alvar Fañez, le meilleur d'entre tous ! »
Lors Pelaez Gomez à son tour s'est levé :
« Minaya, rien ne tient dans tout ton beau discours !
En cette Cour, nombreux sont ceux qui sont pour vous,

3455.

si ay qui responda o dize de no
¡ hyo so Albar Fañez pora tod el mejor ! »
Gomez Pelayet en pie se levanto :
« ¿ Que val, Minaya, toda essa razon ?
Ca en esta cort afarto[s] ha pora vos

3460.

Qui dirait autre chose serait vite blâmé !
Si Dieu fait que nous nous sortions de cette affaire,
Vous verrez bien si vous avez dit vrai ou faux ! »
Le roi a dit alors : « Arrêtez vos discours ! 
Et que personne ne prononce un mot de plus.

3460.

e qui al quisiesse serie su ocasion.
Si Dios quisiere que desta bien salgamos nos
despues veredes que dixiestes o que no. »
Dixo el rey « Fine esta razon ;
non diga ninguno della mes una entençion.

3465.

Le combat aura lieu dès le lever du jour,
Trois contre trois, ceux qui se sont défiés ici. »
Aussitôt les Infants de Carrion ont parlé :
« Donnez-nous un délai, Roi, demain ne va pas,
Car les hommes du Cid ont armes et chevaux,

3465.

Cras sea la lid quando saliere el sol
destos .iii. por tres que rebtaron en la cort. »
Luego fablaron ifantes de Carrion :
« Dandos, rey, plazo ca cras ser non puede.
Armas e cavallos tienen los del Campeador,

3470.

Et nous autres devons aller jusqu'en Carrion ! »
Alors le roi a dit, se tournant vers le Cid :
« Le combat aura lieu là où vous le voudrez. »
Le Cid a répondu : « Seigneur, je n'irai pas.
Je préfère Valence aux terres de Carrion ! »

3470.

nos antes abremos a ir a tierras de Carrion. »
Fablo el rey contra'l Campeador
« Sea esta lid o mandaredes vos. »
En essora dico mio Çid : « No lo fare, señor ;
mas quiero a Valençia que tierras de Carrion. »

3475.

Et le roi répondit : « Soyez tranquille, Cid,
Confiez-moi vos chevaliers avec leurs armes,
Qu'ils viennent avec moi, je veillerai sur eux :
Je vous le dis, comme vassal à son Seigneur,
Ni comtes ni princes ne leur feront de mal.

3475.

En essora dixo el rey : « Aosadas, Campeador.
Dad me vuestros cavalleros con todas vuestras garnizones,
vayan comigo, yo sere el curiador ;
hyo vos los sobrelievo commo [a] buen vassalo faze (a) señor
que non prendan fuerça de conde nin de ifançon.

§ Le roi fixe le combat

§ Le roi fixe le combat

3480.

De cette cour je leur assigne ce délai :
Dans trois semaines, dans la plaine de Carrion,
Qu'ils livrent ce combat, en présence de moi.
Et qui ne viendra pas, alors perdra ses droits :
Il sera donc traité comme vaincu et traître. »

3480.

Aqui les pongo plazo de dentro en mi cort :
a cabo de tres semanas en begas de Carrion
que fagan esta lid delant estando yo.
Quien non viniere al plazo pierda la razon,
desi sea vençido y escape por traidor. »

3485.

Les Infants de Carrion ont accepté cela.
Mon Cid alors baisa les mains du roi,
{Disant : « Cela me plaît, Seigneur.}
Et les trois chevaliers que voici sont pour vous ;
Je vous désigne à eux comme roi et seigneur.
Ils sont tout préparés à remplir leur devoir.

3485.

Prisieron el juizio ifantes de Carrion.
Mio Çid l rey las manos le beso
{e dixo : « Plazme, señor.}
Estos mis tres cavalleros en vuestra mano son,
d'aqui vos los acomiendo como a rey e a señor.
Ellos son adobados pora cumplir todo lo so.

3490.

Puissent-ils revenir honorés à Valence ! »
Le roi a répondu : « Que dieu le veuille ainsi ! »
Alors le Cid Campeador a ôté son chapeau,
Sa coiffe de toile, blanche comme soleil,
Il a sorti sa barbe, en écartant les mailles,

3490.

¡ Ondradis melos enbiad a Valençia por amor del Criador ! »
Essora respuso el rey : « ¡ Assi lo mande Dios ! »
Alli se tollio el capielo el Çid Campeador,
la cofia de rancal que blanca era commo el sol,
e soltava la barba e sacola del cordon.

3495.

À la Cour on ne cesse de le regarder.
Il va vers Dom Henri et Dom Raymond, les comtes,
Et les embrasse fort, et les prie de tout cœur,
Qu'ils prennent de ses biens tous ce qu'ils en désirent.
Et à tous ceux aussi qui sont de son côté,

3495.

Nos fartan de catarle quantos ha en la cort.
Adeliño al conde don Anrich e al conde don Remond :
abraçolos tan bien e ruega los de coraçon
que prendan de sus averes quanto ovieren sabor.
A essos e a los otros que de buena parte son

3500.

Il leur a demandé de prendre ce qu'ils veulent ;
Il y en a qui prennent, et d'autres qui refusent.
Il a laissé au roi, en cadeau, deux cents marcs ;
Et sur le reste il a pris tout ce qu'il voulait.
« Je vous en prie, seigneur, au nom du Créateur,

3500.

a todos los rogava assi commo han sabor ;
tales i a que prenden, tales i a que non.
Los .cc. marcos al rey los solto ;
de lo al tanto priso quanto ovo sabor ;
« ¡ Merçed vos pido, rey por amor del Criador !

3505.

Puisque toutes ces choses maintenant sont faites,
Je vous baise les mains, et avec votre grâce
Je m'en vais à Valence, chèrement conquise. » [Com-20-]
Le roi leva la main, se signa le visage :
«  Par saint Isidore de Leon, je le jure,

3505.

Quando todas estas nuevas assi puestas son
beso vuestras manos con vuestra graçia señor ;
e ir me quiero pora Valençia, con afan la gane yo. » [Com-20-]
El rey alço la mano, la cara se santigo :
« ¡ Hyo lo juro par Sant Esidro el de Leon

3510.

Il n'y a dans nos terres de baron tel que vous ! »
Mon Cid se préparait à monter à cheval,
Il a baisé la main de son Seigneur Alphonse :
« Vous m'avez ordonné de monter Babieca
Il n'est si bon coureur chez nous ou chez les Mores :

3510.

que en todas nuestras tierras non ha tan buen varon ! »
Mio Çid en el cavallo adelant se lego,
fue besar la mano a so señor Alfonsso :
« Mandastes me mover a Bavieca el corredor,
en moros ni en christianos otro tal non ha oy :

§ Le Cid offre Babieca au roi, qui le refuse

§ Le Cid offre Babieca au roi, qui le refuse

3515.

Je vous en fais cadeau ; prenez-le, mon Seigneur. »
Mais le roi répondit : « Je n'en ai nulle envie ;
Si je le prenais, il n'aurait plus si bon maître.
Un tel cheval est pour chevalier tel que vous,
Pour bien battre les Mores que vous chasserez ;

3515.

hy[o] vos le do en don : mandedes le tomar, señor. »
Essora dixo el rey : « Desto non he sabor ;
si a vos le tollies el cavallo no havrie tan buen señor.
Mas atal cavallo cum est pora ral commo vos,
pora arrancar moros del canpo e ser segudador ;

3520.

Le Créateur ne voudrait pas qu'on vous le prenne !
Par vous et ce cheval nous sommes honorés. »
Alors ils se saluent et la cour se sépare.
Le Cid s'est adressé à ceux qui vont combattre :
« Or ça, Antolinez, et vous, Pero Vermuez,

3520.

¡ quien vos lo toller quisiere nol vala el Criador
ca por vos e por el cavallo ondrados somo[s] nos ! »
Essora se espidieron e luegos partio la cort.
El Campeador a los que han lidiar tan bien los castigo :
« Hya Martin Antolinez e vos, Pero Vermuez,

3525.

Et vous Gustioz aussi : combattez en barons !
Qu'à Valence, de vous, j'aie de bonnes nouvelles ! »
Martin Antolinez répond : « N'en doutez pas :
Cet engagement pris, nous le tiendrons pour vous.
Vous saurez notre mort, mais pas notre défaite. »

3525.

e Muño Gustioz : firmes sed en campo a guisa de varones ;
¡ buenos mandados me vayan a Valençia de vos ! »
Dixo Martin Antolinez : « ¿ Por que lo dezides, señor ?
Preso avemos el debdo e a passar es por nos ;
¡ podedes oir de muertos, ca de vençidos no ! »

3530.

Il en fut réjoui, celui qui est bien né,
Il prit congé de tous ceux qui sont ses amis.
Le Cid va vers Valence et le roi vers Carrion.
Les trois semaines de délai sont écoulées ;
Et voici ceux du Cid qui vont se présenter :

3530.

Alegre fue d'aquesto el que en buen ora naçio ;
espidios de todos los que sos amigos son,
Mio Çid pora Valençia y el rey pora Carrion.
Mas tres semanas de plazo todas complidas son ;
felos al plazo los del Campeador,

3535.

Ils viennent accomplir leur mission pour le Cid,
Et Alphonse le roi les a en son pouvoir.
On attendit deux jours les infants de Carrion !
Mais les voilà, pourvus d'armes et de chevaux,
Et avec eux aussi toute leur parenté.

3535.

cunplir quieren el debdo que les mando so señor .
Ellos son en p[o]der del rey Alfonsso el de Leon.
Dos dias atendieren a ifantes de Carrion ;
mucho vienen bien adobados de cavallo e de guarnizones,
e todos sus parientes con ellos son ;

3540.

S'ils pouvaient, à l'écart, s'en prendre à ceux du Cid,
Ils les tueraient pour faire honte à ce seigneur.
Mais leurs pensées mauvaises n'ont servi à rien,
Car ils eurent trop peur d'Alphonse de Léon.
Ils ont passé la nuit à prier, sous leurs armes.

3540.

que si los pudiessen apartar a los del Campeador
que los matassen en campo por desondra de so señor.
El cometer fue malo, que lo al nos enpeço,
ca grand miedo ovieron a Alfonsso el de Leon.
De noche belaron las armas e rogaron al Criador.

§ Préparatifs du combat final

§ Préparatifs du combat final

3545.

Et la nuit achevée, l'aube claire paraît :
Beaucoup sont rassemblés, de bons et riches hommes,
Car ils avaient envie d'assister au combat,
Et savaient que le roi serait là, lui aussi,
Pour que le droit triomphe face à l'injustice.

3545.

Troçida es la noche, ya quiebra los albores :
muchos se juntaron de buenos ricos omnes
por ver esta lid ca avien ende sabor ;
de mas sobre todos i es el rey don Alfonsso
por querer el derecho en non consentir el tuerto.

3550.

Ceux du Campeador, déjà étaient en armes,
Eux trois s'entendent bien, leur seigneur est le même.
Les Infants de Carrion sont en un autre endroit,
Et le Comte Ordoñez leur donne ses conseils.
Ils ont alors fait objection, en demandant

3550.

Hyas metien en armas los del buen Campeador ;
todos tres se acuerdan ca son de un señor.
En otro logar se arman los ifantes de Carrion ;
sedielos castigando el conde Garçia Ordoñez.
Andidieron en pleito, dixieron lo al rey Alfonsso

3555.

Que Colada et Tizon, les épées du Cid
Ne soient pas employées par ses gens au combat,
Car ils regrettaient fort de les avoir rendues !
Au roi l'ont demandé, qui le leur refusa :
« Vous ne les avez pas tirées devant la Cour ;

3555.

que non fuessen en la batalla las espadas tajadores Colada e Tizon,
que non lidiassen con ellas los del Campeador ;
mucho eran repentidos los ifantes por quanto dadas son.
Dixieron gelo al rey, mas non gelo conloyo :
« Non sacastes ninguna quando oviemos la cort.

3560.

Si les vôtres sont bonnes, ce sera bien pour vous,
Il en sera de même pour les gens du Cid.
Venez donc sur le champ, Infants de Carrion !
Et maintenant montrez que vous êtes des braves :
Ceux du Campeador ne vous épargneront !

3560.

Si buenas la tenedes pro abran a vos ;
otrosi faran a los del Campeador.
¡ Levad e salid al campo, ifantes de Carrion !
Huebos vos es que lidiedes a guisa de varones,
que nada non mancara por los del Campeador.

3565.

Si vous en sortez bien, vous serez honorés,
Et si vous êtes battus, nous n'y serons pour rien,
Tout le monde sait, vous l'aurez bien cherché ! »
Les Infants maintenant se font bien repentants
Ils regrettent beaucoup comment ils ont agi,

3565.

Si del campo bien salides grand ondra avredes vos,
e ssi fuere[des] vençidos non rebtedes a nos
en todos lo saben que lo buscates vos. »
Hya se van repintiendo ifantes de Carrion,
de lo que avien fecho mucho repisos son ;

3570.

Et pour tout Carrion, ne voudraient l'avoir fait !
Ceux du Campeador sont tous les trois en armes ;
Et Alphonse, le roi, s'en est allé vers eux,
Et s'adressant à lui, voici ce qu'ils ont dit :
« Nous vous baisons les mains, notre roi et seigneur,

3570.

no lo querrien aver fecho por quanto ha en Carrion.
Todos tres son armados los del Campeador.
Hiva los ver el rey don Alfonsso,
dixieron los del Campeador :
« Besamos vos las manos commo a rey e a señor

3575.

Pour qu'aujourd'hui soyez juge entre nous et eux ;
Vous êtes la justice, que tort ne nous soit fait !
Ils sont ici chez eux, les Infants de Carrion,
Et s'ils ont comploté nous ne le savons pas.
Le Seigneur nous a mis tous trois entre vos mains,

3575.

que fiel seades oy dellos e de nos ;
¡ a derecho vos valed, a ningun tuerto no !
Aqui tienen su vando los ifantes de Carrion,
non sabemos ques comidran ellos o que non.
En vuestra mano nos metio nuestro señor :

3580.

Et pour l'amour de lui, veillez sur notre droit ! »
Alors le roi a dit : « Sur mon âme et mon cœur. »
On leur a amené leurs chevaux, bons coureurs ;
Ils ont signé leur selle et ils ont galopé,
Leur écu à leur cou, avec soin attaché.

3580.

¡ tenendos a derecho, por amor del Criador ! »
Essora dixo el rey :« ¡ D'alma e de coraçon ! »
Aduzen les los cavallos buenos e corerdores,
santiguaron las sielas e cavalgan a vigor,
los escudos a los cuellos que bien blocados son ;

3585.

Ils ont pris à la main leur lance au fer tranchant,
Et chacune des trois a son propre pennon.
Tout autour d'eux se tiennent valeureux barons.
Ils arrivent au champ où l'on voit les barrières ;
Tous les trois se sont bien mis d'accord sur celui

3585.

e'mano prenden las astas de los fierros tajadores,
estas tres lanças traen seños pendones ;
e derredor dellos muchos buenos varones ;
Hya salieron al campo do eran los mojones.
Todos son tres acordados los del Campeador

3590.

Auquel chacun ira s'attaquer comme sien.
Et de l'autre côté, voici les Infants de Carrion,
Ils sont bien entourés par leurs nombreux parents ;
Le roi nomme des juges qui diront le droit,
Pour ne pas disputer s'ils sont vainqueurs ou non.

3590.

que cada uno dellos bien fos ferir el so.
Fevos de la optra part los ifantes de Carrion
muy bien aconpagñados, ca muchos parientes son.
El rey dioles fieles por dezir el derecho e al non,
que non varagen con ellos de si o de non.

3595.

Là où ils se tenaient, le roi Alphonse a dit :
« Or donc, écoutez-moi, Infants de Carrion !
Vous n'avez pas voulu ce combat à Tolède ;
Ces trois chevaliers-là, ceux du Campeador,
Je les ai amenés en terre de Carrion.

3595.

Do sedien en el campo fablo el rey don Alfonsso :
« ¡ Oid que vos digo, ifantes de Carrion !
Esta lid en Toledo la fizierades mas non quisiestes vos.
Esto tres cavalleros de mio Çid Campeador
hyo los adux a salvo a tierras de Carrion ;

3600.

Défendez votre droit, ne faites rien d'injuste :
Qui se conduira mal subira mon courroux
Et par tout mon royaume sera détesté. »
Voilà qui a déplu aux Infants de Carrion.
Les juges et le roi font mettre les barrières,

3600.

aved vuestro derecho, tuerto non querades vos,
ca qui tuerto quisiere fazer mal gelo verdare yo,
en todo mio reino non avra buena sabor. »
Hya les va pesando a los ifantes de Carrion.
Los fieles y el rey enseñaron los mojones ;

3605.

Et tout le monde quitte le champ qui est clos.
Tous les six ont été avertis comme il faut
Que celui en sortira sera vaincu.
Et l'on fit un grand vide autour de la barrière
Sur six lances de long, nul ne doit s'approcher.

3605.

libravan se del campo todos aderredor.
Bien gelo demostraron a todos .vi. commo son
que por i serie vençido qui sliesse del mojon.
Todas las yentes esconbraron aderredor
mas de .vi. astas de lanças que non legassen al mojon.

3610.

On tire au sort les places, selon le soleil.
Les juges se retirent : ils sont deux face à face.
Les gens du Cid avancent vers ceux de Carrion,
Et ceux de Carrion s'en vont vers ceux du Cid.
Chacun est attentif envers son adversaire :

3610.

Sorteavan les el campo, ya les partien el sol ;
salien los fieles de medio, ellos cara por cara son.
Desi vinien los de mio Çid a los infantes de Carrion
e llos infantes de Carrion a los del Campeador.
Cada uno dellos mientes tiene al so :

3615.

Ils serrent leur écu, ferme, sur leur poitrine,
Leur lances est abaissée, ornées de ses pennons,
Le visage incliné, regardant leurs arçons,
Ils frappent leurs chevaux de leurs deux éperons
Et la terre soudain tremble sous leur galop !

3615.

abraçan los escudos delant los coraçones
abaxan las lanças abueltas con los pendones
enclinavan las caras sobre los arzones
batien los cavallos con los espolones
tembrar querie la tierra dond eran movedores.

§ Victoire de Pero Bermuez sur Fernand Gonzalez

§ Victoire de Pero Bermuez sur Fernand Gonzalez

3620.

Chacun est attentif envers son adversaire,
Et chacun de ces trois a son autre rejoint !
Ceux qui sont là se disent qu'ils vont tomber morts.
Pero Bermuez qui avait jeté le défi,
À Fernand Gonzalez maintenant fait face :

3620.

Cada uno dellos miente tiene al so ;
todos tres por tres ya juntados son,
cuedan se que essora cadran muertos los que estan aderredor.
Pero Vermuez el que antes rebto
con Ferran Gonçalez de cara se junto,

3625.

Sur leurs écus, sans crainte et très fort, ils se frappent.
Fernand Gonzalez perce l'écu de Pero,
Mais rencontre le vide et n'atteint pas la chair,
Et sa lance se brise en au moins deux endroits.
Pero ne bouge pas, il est resté bien droit :

3625.

firiensse en los escudos sin todo pavor ;
Ferran Gonçalez a Pero Vermuez les escudol passo,
prisol en vazio, en carne nol tomo,
bien en dos logares el astil le quebro.
Firme estido Pero Vermuez, por esso nos encamo ;

3630.

Il a reçu un coup, mais il en porte un autre !
Il a brisé la boucle de l'écu, qui saute,
Et sa lance est passée sans que rien ne l'arrête,
Jusque dans la poitrine, que rien ne protège.
La cotte de Fernand était faite à trois mailles,

3630.

un colpe reçibiera mas otro firio,
quebranto la b[l]oca del escudo, apart gela echo,
passo gelo todo que nada nol valio ;
metiol la lança por los pechos que nada nol valio ;
tres dobles de loriga tiene Fernando, aquestol presto,

3635.

Et si deux ont cédé, la troisième tint bon :
Tunique, chemise et cotte en sont enfoncés,
Jusque dedans la chair, profond comme la main.
Par la bouche le sang lui sortit au dehors ;
Les sangles du cheval toutes se sont brisées,

3635.

las dos le desmanchan e la terçera finco ;
el belmez con la camisa e con la guarnizon
de dentro en la carne una mano gelo metio,
por la boca afuera la sangel salio,
quebraron le las çinchas, ninguna nol ovo pro,

3640.

Si bien que par la croupe il est tombé à terre.
Tous les gens ont pensé qu'il est blessé à mort.
Pero laisse la lance et saisit son épée,
Quand Fernand Gonzalez a reconnu Tizon
Sans attendre le coup, il dit : « Je suis vaincu ! »

3640.

por la copla del cavallo en tierra lo echo.
Assi lo tenien la yentes que mal ferido es de muert.
El dexo la lança e al espada mano metio ;
quando lo vio Ferran Gonçalez conuvo a Tizon,
antes que el colpe esperasse dixo « ¡ Vençudo so ! »

§ Victoire de Martin Antoliñez sur Diego Gonzalez

§ Victoire de Martin Antoliñez sur Diego Gonzalez

3645.

Les juges ont accepté, Pero Bermuez le laisse.
Martin Antolinez et Diego Gonzalez
On frappé de leurs lances qui se sont brisées ;
Martin Antolinez met la main à l'épée,
Tout le champ en reluit, tant elle est claire et belle.

3645.

Atorgaron gelo los fieles, Pero Vermuez le dexo.
Martin Antoliñez e Diego Gonçalez firieron se de las lanças,
tales fueron los colpes que les quebraron amas.
Martin Antolinez mano metio al espada,
relumbra tod el campo tanto es linpia e clara ;

3650.

Il a porté un coup, le prenant à revers,
Qui fit sauter son casque de dessus sa tête,
En lui coupant du heaume toutes les lanières,
Et finit par atteindre la coiffe elle-même :
Le casque avec la coiffe, il lui fit sauter tout,

3650.

diol un colpe, de traviessol tomava,
el casco de somo apart gelo echava,
las moncluras del yelmo todas gelas cortava,
alla levo el almofar, fata la cofia legava,
la cofia y el almofar todo gelo levava,

3655.

Et rasant ses cheveux, parvint jusqu'à la chair ;
Un morceau en tomba, l'autre resta en place.
Colada la précieuse ayant porté ce coup,
Gonzalez a compris qu'elle menaçait sa vie
Et tirant sur la bride il s'est placé de face.

3655.

raxol los pelos de la cabeça bien a la carne legava ;
lo uno cayo en el campo e lo al suso fincava.
Quando este colpe a ferido Colada la preçiada
vio Diego Gonçalez que no escaparie con el alma ;
bolvio la rienda al cavallo por tornasse de cara.

3660.

Alors Antolinez le reçut à l'épée :
Il lui donna un coup de plat, et non de pointe.
Et Gonzalez, l'épée en main,
ne faisait rien... [Com-20-3663]
Soudain l'infant se mit à pousser de grands cris :

3660.

Essora Martin Antolinez reçibiol con el espada,
un colpel dio de lano, con lo agudo nol tomava ;
Dia Gonçalez espada tiene en mano
mas no la ensayava ;
esora el ifante tan grandes vozes dava :

3665.

« Dieu glorieux, protège-moi de cette épée ! »
Il tourne son cheval, l'écartant de l'épée,
Et passe la barrière : Antolinez demeure.
Alors le roi a dit : « Venez donc par ici ;
Ce que vous avez fait, fait de vous le vainqueur. »

3665.

« ¡ Valme, Dios glorioso, señor, e curiam deste espada ! »
El cavallo assorienda e mesurandol del espada
sacol del mojon : Martin Antolinez en el campo fincava.
Essora dixo el rey : « Veni vos a mi compaña ;
por quanto avedes fecho vençida avedes esta batalla. »

§ Victoire de Munõ Gustioz sur Azur Gonzales

§ Victoire de Munõ Gustioz sur Azur Gonzales

3670.

Et les juges aussi ont dit que c'était vrai.
Il y a deux vainqueurs ; quant à Muño Gustioz,
Voici ce qu'il a fait pour Asur Gonzales.
Ils ont frappé tous deux à grands coups leurs écus,
Asur est vigoureux et il est courageux

3670.

Otorgan gelo los fieles que dize verdadera palabra.
Los dos han arrancado ; direvo de Muño Gustioz
con Asur Gonçalez commo se adobo :
firiensse(n) zn los escudos unos tan grandes colpes ;
Asur Gonçalez furçudo e de valor

3675.

Il a frappé l'écu de Dom Muño Gustioz,
Et à travers l'écu a rompu son armure ;
Mais la lance dévie et n'atteint pas la chair.
Ce coup reçu Muño Gustioz en porte un autre,
Et à travers l'écu lui rompt l'armure aussi,

3675.

firio en el escudo a don Muño Gustioz,
tras el escudo falsso ge la guarnizon,
en vazio fue la lança ca en carne nol tomo.
Este colpe fecho otro dio Muño Gustioz,
(tras el escudos falsso ge la guarnizon)

3680.

Au milieu de sa boucle il a brisé l'écu
Le métal a cédé, ne peut le protéger,
Il l'a pris de côté sans atteindre le cœur ;
La lance et son pennon s'enfoncent dans la chair,
Et de l'autre côté, sort long comme le bras.

3680.

por medio de la bloca (d)el escudo quebranto,
nol pudo guarir, falsso ge la guarnizon,
apart le priso, que non cab el coraçon ;
metiol por la carne adentro la lança con el pendon,
de la otra part una braça gela echo,

3685.

Une secousse le fait vaciller sur sa selle,
Et retirant sa lance, il l'a jeté à terre.
La lance et le pennon sont tout ensanglantés ;
Tout le monde a pensé la blessure mortelle.
Lance baissée Gustioz est resté devant  lui,

3685.

con el dio una tuerta, de la siella lo encamo,
al tirar de la lança en tierra lo echo ;
vermejo salio el astil e la laça y el pendon.
Todos se cuedan que ferido es de muert.
La lança recombro e sobr'el se paro ;

3690.

Don Gonzalo a dit : « ¡ Par Dieu, ne frappez plus !
La victoire est acquise puisqu'il est à terre ! »
Et les Juges ont fit : « C'est notre avis aussi. »
Alphonse le bon roi fait vider le champ clos :
Les armes qui y sont, elles seront pour lui.

3690.

dixo Gonçalo Assurez : « ¡ Nol firgades, por Dios !
¡ Vençudo es el canpo quando esto se acabo ! »
Dixieron los fieles : « Esto oimos nos. »
Mando librar el canpo el buen rey don Alfonsso,
las armas que i rastaron el selas tomo.

§ Retour des chevaliers du Cid à Valence

§ Retour des chevaliers du Cid à Valence

3695.

Ceux du Campeador avec honneur s'en vont,
Ils sont vainqueurs et rendent grâce au Créateur !
Et grande est la douleur aux terres de Carrion.
Le roi a fait partir de nuit ceux de mon Cid,
Pour qu'ils ne craignent rien, et ne soient attaqués.

3695.

Por ondrados se parten los del buen Campeador,
vençieron esta lid ¡ grado al Criador !
Grandes son los pesares por tierras de Carrion.
El rey a los de mio Çid de noche los enbio
que nos les diessen salto nin oviessen pavor.

3700.

Ils sont allés, prudents, et de jour et de nuit.
Les voilà à Valence, ils sont auprès du Cid ;
Ils ont laissé là-bas les traîtres de Carrion,
Et rempli la mission confiée par leur Seigneur.
Mon Cid Campeador fut content de cela !

3700.

A guisa de membrados andan dias e noches,
felos en Valençia con mio Çid el Campeador ;
por malos los dexaron a los ifantes de Carrion,
conplido han el debdo que les mando so señor ;
alegre ffue d'aquesto mio Çid el Campeador.

3705.

Grande est l'humiliation des infants de Carrion :
Qui outrage une dame et l'abandonne ensuite,
Que cela lui arrive, ou même pire, encore !
Mais laissons maintenant les Infants de Carrion :
Ils ont bien mérité la peine qu'ils ont eue.

3705.

Grant es la biltança de ifantes de Carrion :
qui buena dueña escarneçe e la dexa despues
¡ atal le contesca o si quier peor !
Dexemos nos de pleitos de ifantes de Carrion ;
de lo qua an preso mucho an mal sabor.

3710.

Parlons plutôt de lui, le Cid qui est bien-né.
Grande est partout la joie dans Valence la belle,
Puisque les gens du Cid ont acquis tant d'honneur.
Et Ruy Diaz leur Seigneur se caresse la barbe :
« Grâce à Dieu mes deux filles sont enfin vengées ! 

3710.

Fablemos nos d'aqueste que en buen ora naçio :
grandes son los gozos en Valençia la mayor
por que tan ondrados fueron los del Campeador.
Prisos a la barba Ruy Diaz so señor :
« ¡ Grado al rey del çielo, mis fijas vengadas son !

§ Second mariage des filles du Cid

§ Second mariage des filles du Cid

3715.

Elles vont renoncer à leurs biens de Carrion,
Et je les marierai, que cela plaise ou non ! »
Ceux de Navarre et d'Aragon, les prétendants,
Ont eu une entrevue avec le roi Alphonse :
Ils ont donc marié doña Elvire et Sol.

3715.

¡ Agora las ayan quitas heredades de Carrion !
Sin verguença las casare o a qui peso o a qui non. »
Audidieron en pleitos los de Navarra e de Aragon,
ovieron su ajunta con Alfonsso el de Leon ;
fizieron sus casamientos con don Elvira e con doña Sol.

3720.

Les premiers étaient grands, mais ceux-ci sont meilleurs !
Ces mariages nouveaux sont bien plus honorables,
Et le Cid en retire lui aussi plus d'honneur :Dames seront ses filles, en Aragon, Navarre !
Les rois d'Espagne sont maintenant ses parents ;

3720.

Los primeros fueron grandes mas aquestos son mijores ;
a mayor ondra las casa que lo que primero fue :
¡ ved qual ondra creçe al que en buen ora naçio
quando señoras son sus fijas de Navarra e de Aragon !
Oy los reyes d'España sos parientes son ;

§ Mort du Cid et fin

§ Mort du Cid et fin

3725.

L'honneur échoit toujours à qui est le bien-né.
Il a quitté ce monde au jour de Pentecôte...
Que le Christ veuille bien lui donner son pardon !
Et qu'à nous tous aussi, il veuille l'accorder !
Du Cid Campeador voilà finie l'histoire ;

3725.

a todos alacança ondra por el que en buen ora naçio.
Passado es deste sieglo el dia de çinquaesma :
¡ de Christus haya perdon !
¡ Assi ffagamos nos todo, justos e peccadores !
Estas son las nuevas de mio Çid el Campeador  ;

3730.

Et c'est ici aussi que finit ce poème.
Que Dieu accueille en Paradis qui l'a écrit !
C'est Per Abbat qui l'a écrit, au moi de mai
En l'année mille deux cents et quarante cinq.

3730.

en este logar se acaba esta razon.
Quien escrivo este libro ¡ del Dios paraiso, amen !
Per Abbat le escrivio en el mes de mayo
en era de mill e .cc. xlv. años.

NOTES

mailles : Comme il a été déjà signalé plus haut, les chevaliers entortillaient leur barbe dans uen sorte de résille, pour qu'on ne puisse pas les attraper par là... Maintenant qu'il n'a plus rien à craindre, le Cid libère sa barbe, qui est un élément d'importance.

Com-20- : Certains auteurs (et notamment ramon Menendez Pidal) considèrent qu'il manque ici un feuillet dans le manuscrit ; et le “complètent” avec un épisode tiré de la “Cronica de veinte Reyes”. Mais il est permis d'en douter, car il semble au contraire y avoir une certaine continuité ; c'est ce que pense aussi l'éditeur du texte que je suis ici, Colin Smith (ed. “Catedra”)

boucle : la partie centrale, renforcée, et circulaire.

à trois mailles : Au XIIe siècle, les cottes de mailles, qui n'étaieny portées que par les chevaliers, étaient faite de deux ou trois mailles superposées.

Tizon : C'est le nom de l'épée de Pero Bermuez, l'une des épées que le Cid avait données aux Infants, et qu'il leur a fait rendre (cf. vers 3153).

Com-20-3663 : Ces deux vers ont été considérés comme douteux par Ramon Menendez Pidal. Ils semblent en effet quelque peu incomplets : le copiste a peut-être écrit la fin du vers sur une autre ligne.

Don Gonzalo : C'est le père des Infants de Carrion. Il apparaît aux vers 2268,2441 et 3008)

Dames : ... et non pas reines ! En effet, si le vers 3399 affirme qu'elles seront « reines », le vers 3723 les désigne seulement comme « Senoras ». Elles ne furent effectivement pas reines, malgré leur mariage avec les premiers personnages de ces deux royaumes.

quarante cinq : Ce qui se ramène à l'année 1207 de notre calendrier actuel. Cette datation a d'ailleurs été très controversée, l'état du Manuscrit en cet endroit pouvant laisser supposer qu'un troisième « C » (pour « cent ») a été écrit, puis gratté, ou partiellement effacé. ce qui a conduit des érudits tels que Ramon Menendez Pidal à adopter la date de 1307 pour la composition ; mais ceci est maintenant largement abandonné par les chercheurs à la suite d'examens codicologiques plus précis.