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Chanson du Cid - I-3 (vv. 606-1084)

vue_de_Daroca
Tours et murailles de Daroca (v. 866)

SYNOPSIS : § Alcocer est aux mains du Cid. § Les maures mettent le siège devant Alcocer. § Le plan de campagne du Cid. § Évocation de la bataille. § Chevaliers qui combattent avec le Cid. § Combat avec Fariz. § Défaite des Maures § Victoire du Cid § Le Cid envoie Minaya en Ambassade. § Ambassade de Minaya auprès d'Alphonse § Le roi fait grâce à Minaya, mais pas au Cid. § Retour de Minaya § Le Comte refuse de se nourrir § Le Comte accepte enfin de manger § Départ du Comte

606.

Et ceux de l'embuscade poussaient de grands cris.
Mais les laissant derrière ils s'en vont au château,
Devant la porte ils ont dégainé leurs épées,
Et les autres aussi: la poursuite est finie.

606.

Dando grandes alaridos los que estan en la çelada
dexando van los delant, por el castiello se tornavan,
las espadas desnudas a la puerta se paravan ;
luego legavan los sos ca fecha es el arracanda.

§ Alcocer est aux mains du Cid.

610.

C'est ainsi que mon Cid s'empara d'Alcocer.
S'en vint Pero Bermuez, brandissant la bannière,
Pour aller la planter au plus haut du château.
Mon Cid, sous une bonne étoile né, a dit:
« Grâces soient rendues à Dieu et à tous ses saints!

610.

Mio Çid gaño a Alcoçer, sabe(n)t, por esta maña.
Vino Pero Vermuez que la seña tine en mano,
metiola en como en todo lo mas alto.
Fablo mio Çid Ruy Diaz el que buen ora fue nado :
«  ¡ Grado a Dios del çielo e a todos los sos santos :

615.

Seigneurs et chevaliers auront tous un bon gîte!
Écoutez-moi, Alvar Fañez et vous tous!
En ce château nous avons fait un grand butin.
Nos ennemis sont morts, j'en vois peu de vivants.
Nous ne pouvons pas vendre Mores et Moresques,

615.

ya mejoraremos posadas a dueños e a cavallos !
¡ Oid a mi, Albar Fañez, e todos los cavalleros !
En este castiello grand aver avemos preso ;
los moros yazen murtos, de bivos poco veo.
Los moros e la moras vender non los podremos,

620.

Et les décapiter ne rapporterait rien.
Qu'ils entrent avec nous, nous en sommes les maîtres.
Nous prendrons leurs maisons, et ils nous serviront. »
Mon Cid s'installe en Alcocer, avec ses biens;
Il a fait chercher sa tente restée là-bas.

620.

que los descabeçemos nada non ganaremos ;
cojamos los de dentro, ca el señorio tenemos.
posaremos en sus casas e dellos nos serviremos. »
Mio Çid con esta ganançia e, Alcoçer esta ;
fizo enbiar por la tienda que dexare alla.

625.

Ceux de Teca et Teruel sont mécontents,
Et cela fâche fort ceux de Calatayud.
Ils envoient vers le roi de Valence un message:
« Un chevalier appelé Ruy Diaz de Bivar,
Détesté du roi Alphonse, qui l'a chassé,

625.

Mucho pesa a los de Teca e a los de Ter{r}er non plaze,
e a los de Calatayuth {sabet, pesando va}.
Al rey de Valençia enbiaron con mensaje :
que a uno que dizien mio Çid Ruy Diaz de Bivar
airolo el rey Alfonsso, de tierra eschado lo ha,

630.

Est venu s'établir au dessus d'Alcocer,
Puis il s'est emparé du château par la ruse.
Teca et Teruel sont perdus sans ton aide
Et tu perdras, c'est sûr, Catalayud aussi.
Sur les bords du Jalon, tout finira bien mal,

630.

vino posar sobre Alcoçer en un tan fuerte logar,
sacolos a çelada, el castiello ganado a.
« Si non das consejo a Teca e a Ter{rer} perderas,
perderas Calatayuth que non puede escapar,
ribera de Salon todo ira a mal,

635.

Et même à Siloca, qui est sur l'autre rive. »
Ces mots-là ont percé le cœur du roi Tamin:
« Ici auprès de moi je vois trois rois de Mores;
Ne perdez pas de temps: vous deux, allez là-bas,
Chez les Mores levez trois mille hommes armés,

635.

assi ffera lo de Siloca que es del otra part. »
Quando lo oyo el rey Tamin por cuer le peso mal :
« Tres reyes veo ode moros derredor de mi estar ;
non lo detardedes, los dos id pora alla,
tres mill moros levedes con armas de lidiar,

640.

Et ceux de la frontière aussi, pour vous aider.
Prenez-le moi vivant, devant moi l'amenez:
Il me le paiera cher d'être entré sur mes terres. »
À cheval sont montés alors trois mille Mores,
Qui à la nuit tombée ont logé à Segorbe,

640.

con los de la frontera que vos ayudaran
prendet melo a vida, aduzid melo deland ;
por que se me entro en mi tierra derecho me avra a dar. »
Tres mill moros cavalgan e pienssan de andar ;
ellos vienieron a la noch en Sogorve posar.

645.

Le lendemain encore ils ont bien chevauché,
Et à la nuit tombée ont logé à Celfa;
Des messagers s'en vont vers ceux de la frontière,
Qui viennent de partout, aussitôt, sans délai:
Tous sortent de Cella, la ville du Canal,

645.

Otro dia mañana pienssan de cavalgar,
vinieron a la noch a Çelfa posar ;
por los de la frontera pienssan de enviar,
non lo detienen, vienen de todas partes.
Ixieron de Çelfa la que dizen de Canal,

§ Les maures mettent le siège devant Alcocer.

650.

Et tout le jour ont chevauché sans s'arrêter,
Jusqu'à Catalayud, à la nuit pour loger,
Et par tout le pays des hérauts sont allés;
Des gens sont arrivés de partout en grand nombre
Et avec eux deux rois nommés Fariz et Galve:

650.

andidieron todo'l dia que vagar non se dan,
vinieron essa noch en Catalayu{t}h posar.
Por todas essas tierras los pregones dan,
gentes se ajuntaron sobrejanas de grandes
con aquestos dos reyes que dizen Ffariz e Galve ;

655.

Pour aller assiéger Mon Cid en Alcocer.
Ils ont pris leurs quartiers, ils ont dressé leurs tentes,
Et leur troupe s'accroît: ces peuples sont nombreux.
Les Mores ont placé des guetteurs nuit et jour,
Et ils vont recouverts de leurs bonnes armures.

655.

al bueno de mio Çid en Alcoçer le van çercar.
Fincaron las tiendas e prenden(d) las posadas,
creçen estos virtos ca yentes son sobejanas.
Las arobdas que los moros sacan
de dia e de noch enbueltos andan en armas ;

660.

Ces guetteurs sont nombreux et grande est cette armée.
Ils ont fermé la source et privé d'eau mon Cid:
Ses troupes maintenant veulent aller combattre.
Mais lui, le Cid, lui, le bien-né, l'a interdit.
Trois semaines durant, ils soutiennent le siège.

660.

muchas son las arobdas e grande es el almofalla.
A los de mio Çid ya les tuellen el agua ;
mesnadas de mio Çid exir querien a la batalla,
el que en buen ora nesco firme gelo vedava.
Tovieron gela en çerca complidas tres semanas.

§ Le plan de campagne du Cid.

665.

Trois semaines passées, s'en vient la quatrième,
Mon Cid alors s'est adressé à tous les siens:
« Nous sommes privés d'eau et le pain va manquer;
Quant à partir de nuit, nous ne le pourrons pas:
Leurs forces sont trop grandes pour les affronter.

665.

A cabo de tres semanas, la quarta querie entrar,
mio Çid con los sos tornos a acordar :
« El agua nos an vedada, exir nos ha el pan ;
que nos queramos ir de noche nos los consintran.
Grandes son los poderes por con ellos lidiar ;

670.

Dites-moi, chevaliers, comment pensez-vous faire, »
Minaya le premier, bon chevalier, a dit:
« Nous nous sommes enfuis de la noble Castille,
Et n'aurons pas de pain sans affronter les Mores!
Nous sommes bien six cents et même plus encore;

670.

dezid me, cavalleros, como vos plaze de far. »
Primero fabla Minaya un cavallo de prestar :
« De Castiella la gentil exidos somo aca ;
si con moros non lidiaremos no nos daran del pan.
Bien somos nos .vi. çientos, sigunos ay de mas ;

675.

Au nom du Créateur, il doit en être ainsi:
Allons les attaquer au plus vite, dès demain! »
« Vous avez bien parlé, dit le Campeador.
Soyez-en honoré, Minaya, grandement. »
Il fait mettre dehors les Mores et Moresques,

675.

¡ en el nombre del Criador que non pase por al,
vayamos los ferir en aquel dia de cras ! »
Dixo el Campeador : « A mi guisa fablastes.
Ondrastes vos, Minaya, ca aver vos lo iedes de far. »
Todos los moros e la moras de fuera los manda echar

680.

Pour que nul ne puisse connaître ses projets;
Tout ce jour et la nuit ils se sont préparés.
Et quand le lendemain le soleil s'est levé,
Mon Cid était armé, ainsi que tous les siens.
Il a parlé ainsi, tout comme on le raconte:

680.

que non sopiesse ninguno esta su poridad.
El dia e la noche pienssan se de adobar.
Otro dia mañana el sol suerie apuntar,
armado es mio Cid con quantos que el ha.
Fablava mio Çid commo odredes contar :

685.

« Sortons tous maintenant, que personne ne reste,
Et laissons seulement deux gardes à la porte.
Morts au combat, au château sera notre tombe,
Et si nous triomphons, alors nous serons riches!
Et vous, Pero Vermuez, tiendrez mon étendard;

685.

« Todos iscamos fuera, que nadi non raste
si non dos peones solos por la puerta guardar ;
si nos murieremos en campo en castielle nos entraran,
si vençieremos la batalla creçremos en rictad.
E vos, Pero Vermuez, la mi seña tomad ;

690.

Vous êtes des plus braves, vous le méritez bien.
Mais ne la montrez pas si je n'en donne l'ordre. »
Il baise la main du Cid, et prend la bannière.
Ils ont ouvert les portes et les voilà dehors.
Mais les guetteurs ont prévenu l'armée des Mores.

690.

commo sodes muy bueno tener la edes sin ar{t}h ;
mas non aguijedes con ella si yo non vos los mandar. »
Al Çid beso la mano, la seña va tomar.
Abrieron las puertas, fuera un salto dan ;
vieron lo las arobdas de los moros, al almofalla se van tornar.

695.

Quel tumulte chez eux! Ils ont couru s'armer.
Au bruit des tambours la terre semblait se fendre;
Voyez les, tout armés et rangés en bataille!
Les Mores dans leur camp arborent deux bannières,
Si nombreux sont leurs gens qu'on ne peut les compter!

695.

¡ Que priessa va en los moros ! e tornaron se a armar ;
ante roido de atamores la tierra querie quebrar ;
veriedes armar se moros, a priessa entrar en az.
De parte de los moros dos señas ha cabdales,
e fizieron dos azes de peones mezclados,  ¿  qui los podrie contar ?

700.

Et leurs deux bataillons s'élancent en avant,
Pour aller affronter le Cid et tous les siens.
« Restez ici vous tous, et demeurez tranquilles,
Ne sortez pas des rangs sans que je ne l'ordonne! »
Mais Pero Bermuez ne peut endurer ça:

700.

La azes de los moros yas mueven adelant
por a mio Çid e a los sos a manos lo tomar.
« Quedas sed, me{s}nadas, aqui en este logar ;
non deranche ninguno fata que yo lo mande. »
Aquel pero Vermuez non lo pudo endurar,

705.

Bannière au poing, voilà qu'il a piqué des deux!
« Que Dieu vous protège, loyal Campeador!
Je vais la planter au plus fort de la mêlée,
Et nous verrons comment vous la protégerez! »
Le Cid a dit: « Je vous supplie! N'en faites rien! »

705.

la seña tiene en mano, conpeço de espolonar :
« ¡ El criador vos vala, Çid Campeador leal !
Vo meter la vuestra seña en aquela mayor az ;
¡ los que el debdo avedes veremos commo la arcorr{a}des ! »
Dixo el campeador : «  ¡  Non sea, por caridad ! »

710.

Pero Bermuez a dit: « Il en sera ainsi! »
Et il pique des deux, fonce dans la mêlée.
Les Mores l'ont cerné pour prendre l'étendard,
Lui donnent de grands coups, sans pouvoir l'ébranler.
Le Cid a dit: « Secourez-le, par charité! »

710.

Respudo pero Vermuez : «  ¡ Non rastara por al ! »
Espolono el cavallo e metiol en el mayor az ;
moros le reciben por la seña ganar.
dan le grandes colpes mas nol pueden falssar.
Dixo el Campeador : «  ¡ Valelde, por caridad »

715.

Ils ont mis leurs écus devant, sur la poitrine,
Et abaissé leurs lances parées de pennons;
En inclinant la tête, un peu, vers leurs arçons,
De bon cœur sont allés leur asséner des coups.
Et lui, né sous une bonne étoile, a crié:

715.

Enbraçan los escudos delant los coraçones,
abaxan las laças abueltas de los pendones,
enclinaron las caras de suso de los arzones,
ivan los ferir de fuertes coraçones.
A grandes voze lama el que en buen hora nasco :

720.

« Frappez-les chevaliers, frappez par charité!
Je suis Ruy Diaz, Cid de Bivar, Campeador! »
Et tous frappent sur ceux qui cernent Bermuez
Ils sont trois cents, lances ornées de gonfanons,
Et chacun de tuer un More d'un seul coup!

720.

« ¡ Ferid los, cavalleros, por amor de caridad !
¡ Yo so Ruy Diaz el Çid Campeador de Bivar ! »
Todos fieren en el az do esta Pero Vermuez ;
trezientas lanças son, todos tienen pendones ;
seños moros mataron, todos de seños colpes ;

§ Évocation de la bataille.

725.

À la seconde charge, ils sont toujours autant.
Jamais onque ne vit tant de lances baissées
De lances relevées, de boucliers percés,
Tant d'armures faussées et même fracassées,
Tant de pennons si blancs sitôt rouges de sang,

725.

a la tornada que fazen otros tantos son.
Veriedes tantas lanças premer e alçar,
tanta adagara foradar e passar,
tanta loriga falssa{r e} desmanchar,
tantos pendfones blancos salir vermejos en sangre,

730.

Tant de braves chevaux courant sans cavalier...
Mores crient « Mahomet », et les chrétiens « Saint Jacques! »
En un instant sont morts mille trois cent des Mores.
Et comme il se bat bien sur son arçon doré,
Ruy Diaz, mon Cid, lui le valeureux combattant!

730.

tantos buenos cavallos sin sos dueños andar
Los moros laman « ¡ Mafomat ! » e los christianos « ! Santi Yagu{e} ! »
Cayen en un poco de logar moros muertos mill e .ccc. ya.
¡ Qual liadia bien sobre exorado arzon
mio Çid Ruy Diaz el buen lidiator !

§ Chevaliers qui combattent avec le Cid.

735.

Minaya Alvar Fañez, qui règne à Zorita,
Martin Antolinez le vaillant Burgalais ,
Muño Gustioz qui fut plus tard à son service,
Martin Muñoz, qui est Seigneur de Mont Mayor,
Alvar Alvarez et Alvar Salvadorez,

735.

Minaya Albar Fañez que Çorita mando,
Martin Antolinez el burgales de pro,
Muño Gustioz que so criado fue,
Martin Muñoz el que mando a Mont Mayor,
Albar Albarez e Albar Savadorez,

740.

Galin Garcia le héros d'Aragon,
Felez Muñoz, neveu du Cid Campeador,
Tous sont allés se battre, ceux qui étaient là,
Pour sauver l'étendard du Cid Campeador!
On a tué sous lui le bon cheval de Minaya,

740.

Galin Garcia el bueno de Aragon,
Felez Muñoz so sobrino del Campeador :
desi adelante quantos que i son
acorren la seña e a mio Çid el Campeador.
A Minaya Albar Fañez mataron le el cavallo,

§ Combat avec Fariz.

745.

Mais les chrétiens se sont portés à son secours.
Il a brisé sa lance, et a pris son épée,
Et même à pied il va donnant de rudes coups.
Quand il a vu cela, mon Cid le Castillan,
Accoste un alguazil montant un bon cheval

745.

bien lo acorren mesnadas de christianos.
la lança a quebrada, al espada metio mano,
mager de pie buenos colpes va dando.
Violo mio Çid Ruy Diaz el Castelano :
acostos a un aguazil que tenie buen cavallo,

750.

Et du bras droit lui donne un si grand coup d'épée,
Qu'il l'a coupé en deux et l'a jeté à terre.
Il donne le cheval à Minaya Fañez:
« Montez donc, Minaya, vous êtes mon bras droit!
En ce jour, maintenant, vous êtes mon rempart! »

750.

diol tal espada con el so diestro braço
cortol por la çintura el medio echo en campo.
A Minaya Albar Fañez ival dar el cavallo :
« ¡ Cavalgad, Minaya, vos sodes el mio diestro braço !
Oy en este dia de vos abre grand bando. »

755.

Les Mores tiennent bon, ils n'ont pas déserté.
Minaya est en selle, il a l'épée au poing,
Et dans cette mêlée se bat furieusement;
Ceux qu'il a rejoints sont promis à la mort.
Et lui, Mon Cid Ruy Diaz, né sous sa bonne étoile,

755.

firme{s} son los moros, aun vos van del campo.
Cavalgo Minaya el espada en la mano,
por estas fuerças fuerte mientre lidiando ;
a los que alcança valos delibrando.
Mio Çid Ruy Diaz el que en buen ora nasco

760.

Bientôt, au roi Fariz a porté trois grands coups:
Les deux premiers pour rien, le troisième l'atteint.
Le sang maintenant coule en bas de sa cuirasse,
Il dû tourner bride et fuir de la bataille...
Son armée le voyant est partie en déroute.

760.

al rey Fariz .iii. colpes le avie dado,
los dos le fallen y el unol ha tomado,
por la loriga ayuso la sangre destellando ;
bolvio la rienda por ir se le del campo.
Por aquel colpe rancado es el fonssado.

§ Défaite des Maures

765.

Martin Antolinez porte un coup à Galve,
Il lui a fait sauter les rubis de son heaume,
Et lui a entaillé le fer jusqu'à la chair.
Et sachez bien que l'autre est parti sans l'attendre!
Ils sont vaincus tous deux, les rois Fariz et Galve!

765.

Martin Antolinez un colpe dio a Galve,
las carbonclas del yelmo echo geslas aparte,
cortol el yelmo que lego a la carne ;
sabet, el otro non gel oso esperar.
Arancado es el rey Fariz e Galve ;

770.

Et c'est un jour heureux pour pour la chrétienté,
Car les Maures ont fui, abandonnant les lieux.
Ceux de mon Cid à grands coups d'épée les poursuivent.
Le roi Fariz s'est réfugié à Teruel,
La roi Galve n'a pas été accueilli là,

770.

¡ Tan buen dia por la christiandad
ca fuyen los moros della {e della } part !
Los de mio Çid firiendo en alcaz,
el rey Fáriz en Ter{rer} se f{o} entrar,
et a Galve nol' cogieron allá ;

775.

Droit vers Catalayud il s'enfuit comme il peut.
Le Cid Campeador se lance à sa poursuite,
Aussi vite qu'il peut jusqu'en Catalayud.
Et sur son bon cheval galope Minaya
Au passage tuant trente quatre des Maures;

775.

para Catalayu{t}h quando puede se va.
El Campeador ival en alcaz,
fata Catalayu{t}h duro el segudar.
A Minaya Albar Fañez bien l'anda el cavallo,
d'aquestos moros mato .xxxiiii. ;

780.

Il a l'épée au poing et le bras tout sanglant,
Goutte à goutte le sang lui coule jusqu'au coude.
Il s'écrie maintenant: « Me voilà satisfait,
Car jusqu'en la Castille iront bonnes nouvelles,
Que mon Cid a vaincu sur le champ de bataille! »

780.

espada tajador, sangriento trae el braço,
por el cobdo ayuso la sangre destellando.
Dize Minaya :« Agora so pagado,
que a Castiella iran buenos mandados
que mio Çid Ruy Diaz lid campal a {arracanda}. »

§ Victoire du Cid

785.

Tant de Maures tués, peu sont encore vivants,
Car en les poursuivant, on les frappait sans cesse.
Les hommes du bien-né maintenant s'en reviennent,
Et mon Cid galopait sur son brave cheval,
Coiffe bien ajustée, et grande barbe au vent!

785.

Tantos moros yazen muertos que pocos vivos a dexados,
ca en alcaz sin dubda les fueron dando.
Ya tornan los del que en buen ora nasco.
Andava mio Çid sobre so buen cavallo,
la cofia fronzida :  ¡ Dios, commo es bien barbado !

790.

Il a oté son casque et pris l'épée en main.
Il regarde comment les siens viennent vers lui:
« Rendons grâces à Dieu celui qui est là-haut,
Puisqu'il nous a permis d'emporter la bataille! »
Ils ont pillé le camp et vite sont partis:

790.

Almofar a cuestas, la espada en la mano.
Vio los sos commos van alegando :
«  ! Grado a Dios aquel que esta en alto,
quando tal batalla avemos aracando ! »
Esta albergada los de mio Çid luego la an robada

795.

Des écus et des armes ont pris en quantité;
Quand ils sont revenus depuis le camp des mores
{Il ont trouvé pas moins de cinq cent dix chevaux;}
Et chez tous les chrétiens, alors c'est l'allégresse!
Ne manquent dans leurs rangs que quinze combattants.
Ils ne peuvent compter leur or et leur argent

795.

de escudos e de armas e de otros averes largos ;
de los moriscos quando son legados
{ffallaron .dx. cavallos.}
Grand alegreya va entre essos christianos ;
mas de suinze de los sos menos non fallaron.
Traen oro e plata que non saben recabdo,

800.

Tant leur butin est grand et sont devenus riches.
Alors dans leurs châteaux ont ramené les Mores,
Et mon Çid a voulu qu'on leur laisse des biens.
Grande est sa joie et celle aussi de ses vassaux.
Entre tous il a réparti biens et deniers,

800.

refechos son todos esos christianos con aquesta ganaçia.
A sos castiellos a los moros dentro los an tornados ;
mando mio Çid aun que les diessen algo.
Grant a el gozo mio Çid con todos los vassalos.
Dio a partir estos dineros y estos averes largos,

805.

Et pour lui est échu pas moins de cent chevaux.
Dieu! Comme il a rendu heureux tous ses vassaux,
Eux tous, les cavaliers comme les fantassins!
Il a bien fait les choses, lui qui est bien-né;
Tous ceux qu'il a menés ont été bien contents.

805.

en la quinta al Çid caen .c. cavallos ;
¡ Dios, que bien pago a todos sus vassallos
a los peones e a los encavalgados !
Bien lo aguisa el que en bien ora nasco ;
quantos el trae todos son pagados.

§ Le Cid envoie Minaya en Ambassade.

810.

« Écoutez, Minaya, vous êtes mon bras droit.
De ces richesses-là que Dieu nous a offertes,
De votre propre main, puisez donc largement.
Puis allez de ma part en Castille apporter
La nouvelle de cette bataille gagnée,

810.

« ¡ Oid, Minaya, sodes mio distro braço !
D'aquesta riqueza que el Criador nos a dado
a vustra guisa prended con vuestra mano.
Enbiar vos quiero a Castiella con mandado
desta batalla que avemos arracanda.

815.

Au roi Alphonse contre moi fort en colère.
Je veux lui faire don de trente bons chevaux,
Tous ayant bonne selle et frein de qualité,
Et chacun une épée suspendue à l'arçon. »
Alvar Fañez a dit: « le ferai volontiers. »

815.

Al rey Afonsso que me e airado
quierol enbiar en don .xxx. cavallos
todos con siellas e muy bien enfrenados,
señas espadas de los arzones colgadas. »
Dixo Minaya Abar Fañez : « Esto fare yo de grado. »

820.

« Voyez l'or et l'argent de cette bourse pleine:
Vous aurez bien de quoi en payer mille messes,
Que l'on dira en Sainte-Marie de Burgos.
Vous donnerez le reste à ma femme et mes filles,
Et qu'elles prient pour moi et la nuit et le jour:

820.

« Evades aqui oro e plata,
una uesa lenna, que nada nol minguava :
en Santa Maria de Burgos quitedes mill missas,
lo que romaneçiere daldo a mi mugier e a mis fijas,
que ruegen por mi las noches e los dias ;

825.

Si je vis, elles deviendront de riches dames. »
Alvar Fañez est satisfait de tout cela:
{Avec lui s'en iront des hommes de renom.}
On a donné de l'orge, et la nuit est venue.
Mon Cid Ruy Diaz s'est concerté avec les siens:
« Allez donc, Minaya, en Castille la noble,

825.

si les yo visquier seran dueñas ricas. »
Minaya Albar Fañez desto es pagado ;
{por ir con el omnes son contados}
Agora davan çevada, ya la noch era entrada,
mio Çid Ruy Diaz con los sos ecordava :
«  ¿ Hides vos, Minaya, a Castiella la gentil ?

830.

Et à tous nos amis alors vous pourrez dire:
“Dieu nous a protégés et nous sommes vainqueurs!”
Jusqu'à votre retour nous attendrons ici,
Ou venez nous rejoindre où nous serons allés.
Nous devrons employer nos épées et nos lances

830.

A nuestros amigos bien les podedes dezir :
Dios no valio e vençiemos la lid(it).
A la tornada si nos fallaredes aqui ;
si non, do sopieredes que somos indos conseguir.
Por laças e por espadas avemos de guarir ;

835.

Si nous voulons survivre en ce pays si pauvre. »
Tout est prât au matin, et Minaya s'en va,
Et le Campeador avec ses gens demeure.
Le pays est très pauvre et il est très peu sûr.
Chaque jour on guettait mon Cid, c'étaient des Mores

835.

si non, en esta tierra angosta non podriemos bivir. »
Ya es aguisado, mañanas fue Minaya,
y el Campeador con su mesnada.
La tierra es angosta e sobejana de mala.
Todos los dias a mio Çid agarda davan

840.

Venant de la frontière, et quelques étrangers.
Le roi Fariz guéri, ils parlent avec lui;
Entre ceux de Teca et ceux de Teruel,
Ceux de Catalayud aussi, plus grande encore,
Un accord est passé qu'ils ont mis par écrit:

840.

moros de la fronteras e unas yente estrañas ;
sano el rey Fariz, con el se consejavan.
Entre los de Techa e los de Ter{rer} la casa
e los de Ctalayut que es mas ondrada
asi lo an asmado e metudo en carta :

845.

Il leur vend Alcocer trois mille marcs d'argent.
Mon Cid Ruy Diaz s'en est venu en Alcocer.
Et comme il a rendu heureux tous ses vassaux!
Chevaliers et soldats, tous, il les a fait riches:
Parmi les siens il n'est aucun nécessiteux.

845.

vendido les a Alcoçer por tres mill marchos de plata.
Mio Çid Ruy Diaz a Alcoçer {ha} ven{d}ido ;
¡ que bien pago a sus vassalos mismos !
A cavalleros e a peones fechos los ha ricos,
en todos los sos non fallariedes un mesquino.

850.

Qui sert bien son seigneur vit toujours à son aise.
Quand le Cid s'apprêta à quitter le château,
Tous, Mores et Moresques se sont lamentés:
« Tu nous quittes, mon Cid, Nos prières te suivent!
Nous restons, satisfaits de toutes tes bontés. »

850.

Qui a bien señor sirve siempre bive en deliçio.
Quando mio Çid el castiello quiso quitar
moros e moras tomaron se a quexar :
« ¿ Vaste, mio Çid ?  ¡ Nuestras oraçiones vayante delante !
Nos pagados finca{m}os señor, de la tu part. »

855.

Quand mon Cid de Vivar a quité Alcocer,
Les Mores et Moresques ont eu bien du chagrin.
Bannière au vent, il s'en va, le Campeador.
Il franchit le Jalon, piquant des éperons,
Et le quittant il eut les meilleures augures:

855.

Quando quito a Alcoçer mio Çid el de Bivar
moros et moras compeçaron de lorar.
Alço su seña, el Campeador se va ;
paso Salon ayuso, aguijo cabadelant,
al exir de Salon mucho ovo buenas aves.

860.

Ô joie à Teruel et à Catalyud,
Et peine en Alcocer, qu'il a traité si bien!
Mon Cid piqua des deux, il alla de l'avant,
Jusque sur un sommet dominant Mont-real.
Ce sommet est très haut, et merveilleux et grand:

860.

Plogo a los de Terer e a los de Catalayut mas ;
peso a los de Alcoçer ca pro les fazie grant.
Aguijo mio Çid, ivas cabadelant
y ffinco en un poyo que es sobre Mont Real ;
alto es el poyo, maravilloso et grant,

865.

On ne peut l'attaquer d'un côté ni de l'autre.
Il a mis à rançon Daroca, là devant,
Et Molina aussi, qui est sur l'autre flanc,
Et enfin Teruel qui se trouvait en face.
Et il a mis la main sur Celfa, du Canal.

865.

non teme gerra sabet, a nulla part,
Metio en paria a Daroca enantes,
desi a Molina que es del otra part
la terçera Teruel que estava delant ;
en su mano tenie a Çelfa la de Canal.

§ Ambassade de Minaya auprès d'Alphonse

870.

Que la grâce de Dieu soit sur mon Cid Ruy Diaz!
Minaya cependant en Castille est venu,
Et les trente chevaux au Roi a présenté;
Le Roi en les voyant a souri bellement:
« Béni soit Minaya! Qui m'offre ces chevaux,

870.

¡ Mio Çid Ruy Diaz de Dios aya su gracia !
Ido es a Castiella Albar Fañez Minaya ;
treinta cavallos al rey los enpresentava.
Violos el rey, fermoso sonrrisava :
«  ¿ Quin los dio estos ?  ¡ Si vos vala Dios, Minaya ! »

875.

- C'est lui, Mon Cid Ruy Diaz, à la tranchante épée.
Dans la même bataille, a vaincu deux rois Mores,
Et son butin, seigneur, est fort considérable;
À vous roi honoré, il offre ce présent.
Il vous baise les pieds ainsi que les deux mains.

875.

« Mio Çid Ruy Diaz que en buen ora çinxo espada
vençio dos reyes de moros en aquesta batalla ;
sobejana es, señor la su ganançia.
A vos, rey ondrado, enbia esta presentaja ;
besa vos los pies e las manos amas

§ Le roi fait grâce à Minaya, mais pas au Cid.

880.

Et que Dieu fasse que vous lui accordiez grâce! »
Le Roi a dit: « Il est beaucoup trop tôt encore,
Pour qui, de son Seigneur a causé la colère,
Être accueilli déjà au bout de trois semaines.
Mais j'accepte ce don, puisqu'il fut pris aux Mores.

880.

quel ay{a}des merced,  ¡  si el Criador vos vala ! »
Dixo el rey : « Mucho es mañana
omne airado que de señor non ha graçia
por acogello a cabo de tres semanas.
Mas despues que de moros fue prendo est presentaja ;

885.

Il me plaît que le Cid ait fait un tel butin.
Pour ce, je vous tiens quitte de tout, Minaya,
Reprenez comme don tous vos fiefs et vos terres.
Allez et venez désormais, je vous fais grâce.
Mais pour le Cid je ne vous dirai rien encore.

885.

aun me plaze de mio Çid que fizo tal ganançia.
Sobr'esto todo a vos quito, Minaya,
honores e tierras avellas condonadas ;
hid e venit, d'aqui vos do mi graçia ;
mas del Çid Campeador yo non vos digo nada.

890.

Sur tout ceci je veux vous dire, Minaya:
De tout mon royaume, que ceux qui le voudront
Courageux et vaillants, aillent aider Mon Cid;
Je garantis leurs biens, et les libère eux-mêmes. »
Minaya Alvar Fañez lui baise les mains:

890.

Sobre aquesto todo dezir vos quiero, Minaya :
de todo mio reino los que lo quisieren far
buenos e valientes por a mio Çid huyar
suelto les los cuerpos e quito les las heredades. »
Beso le las manos Minaya Albar Fañez :

895.

« Je vous rends grâces, roi, mon seigneur naturel!
Pour tout ceci, et ce que plus tard vous ferez. »
« En Castille, Minaya, vous pouvez aller,
Sans crainte rassemblez du butin pour mon Cid. »
Celui dont je vous parle, à la tranchante épée,

895.

«  ¡ Grado e graçias, rey, commo a señor natural !
Esto feches agora, al feredes adelant. »
« Hid por Castiella e dexen vos andar, Minaya ;
si{n} nulla dubda id a mio Çid buscar ganançia. »
Quiero vos dezir del que en buen ora (nasco e) cinxo espada :

900.

A établi son camp sur un coteau, et tant
Que Mores et Chrétiens ici habiteront,
Il sera appelé: le coteau de Mon Cid.
Et pendant qu'il y est, il étend sa conquête:
Il a mis à rançon tout le Rio-Martin.

900.

aquel poyo en el priso posada ;
mientra que sea el pueblo de moros e de la yente christiana
el poyo de mio Çid asil diran por carta.
Estando alli mucha tierra preava,
el {val} de rio Martin todo lo metio en paria.

905.

À Saragosse la nouvelle en est venue,
Et les Mores en sont gravement affligés.
Mon cid a attendu pendant quinze semaines;
Et quand il vit que Minaya ne venait pas,
Il fit marcher ses gens durant toute une nuit,

905.

A Saragoça sus nuevas legavan,
non plaze a los moros, firme mientre le pesava.
Ali sovo mio Çid complidas .xv. semanas.
Quando vio el caboso que se tradava Minaya
con todas sus yentes fizo una trasnochada ;

910.

Il quitta la colline, il abandonna tout.
Mon Cid s'en est allé par-delà Teruel,
Il établit son camp à Pinel-de-Tebar.
Il a bientôt soumis les terres alentour,
Et réduit Saragosse à lui payer rançon.

910.

dexo el Poyo, todo lo desemparava,
alen de Teruel don Rodrigo passava,
en el pinar de Tevar don Roy Diaz posava.
Todas essas tierras todas las preava,
a Saragoça metuda l'a en paria.

§ Retour de Minaya

915.

Quand il eut fait cela trois semaines durant,
Minaya arriva, revenant de la Castille.
Avec lui sont deux cents hommes ceignant l'épée,
Et soldats si nombreux qu'on ne peut les compter.
Quand mon Cid a vu venir vers lui Minaya,

915.

Quando esto fecho ovo a cabo de tres semanas,
de Castiella venido es Minaya,
dozientos con el que todos çiñen espadas ;
non son en cuenta sabet, las peonadas.
Quando vio mio Çid asomar a Minaya

920.

Sur son cheval, il est allé pour l'embrasser;
Il l'a embrassé sur la bouche et sur les yeux.
L'autre lui a tout dit, ne lui a rien caché.
Et Le Campeador avait un grand sourire:
« Je rends grâces à Dieu et ses Saintes Vertus!

920.

el cavallo corriendo valo abraçar sin falla ;
beso le la boca e los ojos de la cara,
todo gelo dize que nol encubre nada.
El Campeador fermoso sonrrisava :
«  ¡ Grado a Dios e a las sus vertudes santas !

925.

Tant que vous vivrez, Minaya, tout ira bien! »
Dieu! Comme fut joyeuse cette grande armée!
De voir que Minaya était enfin venu,
Leur portant le salut des frères, des cousines,
Et des compagnes qu'ils avaient laissées là-bas.

925.

 ¡ Mientra vos visquieredes bien me ira a mi, Minaya ! »
¡ Dios, commo fue alegre todo aquel fonssado
que Minaya Albar Fañez assi era legado,
diziendo les saludes de primos e de hermanos
e de sus compañas aquelas que avien dexadas !

930.

Dieu! Comme il était joyeux, celui à belle barbe!
Alvar Fañez avait payé les mille messes,
Et portait le salut de sa femme et ses filles!
Dieu! Comme il fut content le Cid, et tout joyeux!
« Or ça, Alvar Fañez, puissiez-vous longtemps vivre! »

930.

¡ Dios, commo es alegre la barba velida
que Albar Fañez pago las mill missas
e quel dixo saludes de su mugier e de sus fijas !
¡ Dios, commo fue el Çid pagado e fizo grant alegria !
« ¡ Ya Albar Fañez bivades muchos dias ! »

935.

Mais il ne perdit pas de temps, lui, le bien-né:
Il a conquis les terres noires d'Alcaniz,
Et il s'est emparé aussi des alentours.
Trois jours plus tard déjà le voici revenu,
Et par tout le pays s'en vont ses messagers.

935.

Non lo tardo el que buen ora nasco :
tierras d'Alcañ{i}z negras las va parando
e a derredor todo lo va preando.
Al terçer dia don ixo i es tornado.
Hya va el mandado por la tierras todas.

940.

Si à Monzon et Huesca on est affligé,
À Saragosse on est content de la rançon,
Car de mon Cid ils n'ont eu à souffrir de rien.
Avec tout ce butin ils reviennent au camp:
Tout le monde est content, car le butin est grand.

940.

Pesando va a los de Monçon e a los de Huesca ;
por que dan parias plaze a los de Saragoça,
de mio Çid Ruy Diaz que non temien ninguna fonta.
Con estas ganançias a la posada tornando se van ;
todos son alegres, ganaçias trean grandes.

945.

Tout cela plaît au Cid et à Alvar Fañez.
Mais le Cid ne pouvait supporter le repos.
Il dit en souriant: « Chevaliers, sachez le,
Qui demeure en repos peut perdre ce qu'il a.
Demain dès le matin, nous irons chevaucher.

945.

Plogo a mio Çid e mucho a Albar Fañez.
Sonrrisos el caboso que non lo pudo endurar :
«  ¡ Ya cavalleros ! dezir vos he la verdad :
qui en un logar mora siempre lo so puede menguar ;
cras a la mañana pensemos de cavalgar,

950.

Abandonnez ce camp et allons de l'avant! »
Le Cid et tous ses gens vont col d'Alucar,
Galopent vers Huesca et puis vers Montalban.
En cette chevauchée ils passent bien dix jours.
Des messagers s'en vont alors un peu partout

950.

dexat estas posadas e iremos adelant. »
Estonçes se mudo el Çid al puerto de Alucat,
dent corre mio Çid a Hues(c)a e a Mont Alvan ;
en aquessa corrida .x. dias ovieron a morar.
Fueron los mandados a todas partes

955.

Dire que l'exilé leur cause bien du mal.
Partout dans le pays le message parvient,
On apprend la nouvelle, à Barcelone, au Comte
Que sur toute ses terres chevauche Ruy Diaz;
Il en a grand chagrin, c'est une grand injure!

955.

que el salido de Castiella asi los trae tan mal.
Los mandados son idos a todas partes.
Llegaron las nuevas al conde de Barçilona
que mio Çid Ruy Diaz quel corrie la tierra toda ;
ovo grand pesar e tovos lo a grand fontana.

960.

Le comte est fanfaron, il se vante, disant:
« Il a tort envers moi, lui, le Cid de Vivar!
Et jusque dans ma cour il m'a fait un affront,
En frappant mon neveu sans jamais en répondre.
Et il parcourt les terres qui sont sous ma garde!

960.

El conde es muy folon e dixo una vanidat :
« ¡ Grandes tuertos me tiene mio Çid el de Bivar !
Dentro en mi cort tuerto me tovo grand :
firiom el sobrino e non lo emmendo mas.
Agora correm la tierras que en mi enpara estan ;

965.

Je ne l'ai point défié, ni pris comme ennemi,
Mais puisqu'il me provoque, il m'en rendra raison! »
Rapidement arrivent de nombreuses troupes 
De Mores et chrétiens qui se joignent à lui,
Les voilà poursuivant le Grand Cid de Vivar.

965.

non lo desafie nil torne enemistad,
mas quando el melo busca ir gelo he yo demandar. »
Grandes son los poderes e a priessa se van legando ;
gentes se le alegan grandes entre moros e christianos.
Adeliñas tras mio Çid el bueno de Bivar,

970.

Ils ont marché trois jours, ils ont marché deux nuits,
Ils ont trouvé mon Cid à Tebar le Pinel.
Grande est sa troupe: le Comte croit le tenir.
Mon Cid avait conquis un énorme butin;
Vers la vallée, il descendait de la montagne,

970.

tres dias e dos noches penssaron de andar,
alançaron a mio Çid en Tevar y el pinar ;
asi viene esforçado que el conde a manos sele cuido tomar,
Mio Çid don Rodrigo trae ganançia grand ;
diçe de una sierra e legava a un val.

975.

Quand un messager lui parvient de Don Raymond.
Quand il l'eut entendu, il lui a répondu:
« Dites au Comte qu'il n'en prenne ombrage;
Je ne lui ôte rien, et qu'il me laisse aller. »
Mais le Comte répond: « Il n'en est pas question!

975.

Del conde don Remont venido l'es mensaje ;
mio Çid quando l'o oyo enbio pora alla :
« Digades al conde non lo tenga a mal ;
de lo so non lievo nada, dexem ir en paz. »
Respuso el conde  : «  ¡ Esto non sera verdad !

980.

Ce qu'il a déjà et qu'il prend il va me le payer.
Il saura qui il a voulu déshonorer! »
L'envoyé s'en retourne au plus vite qu'il peut.
Et maintenant le Cid se rend tout à fait compte
Qu'il ne peut s'échapper: il faut livrer bataille.

980.

Lo de antes e de agora todom lo pechara ;
 ¡ sabra el salido a quien vino desondrar ! »
Tornos el mandadero quanto pudo mas ;
essora lo connosçe mio Çid de Bivar
que a menos de batalla nos pueden den quitar.

985.

« Chevaliers, mettez donc le butin de côté,
Équipez-vous bien vite, et mettez-vous en armes.
Le Comte Don Raymond va nous livrer bataille,
Avec sa grande armée de Chrétiens et de Mores:
Il ne nous laissera qu'il ait livré bataille!

985.

«  ¡ Hya cavalleros, apart fazed la ganançia !
A priessa vos guarnid e metedos en las marmas ;
el conde don Remont dar nos ha grant batalla,
de moros e de christianos gentes trae sobjanas,
a menos de batalla non dod dexarie por nada.

990.

Ne sert à rien de fuir, autant combattre ici:
Préparez les chevaux, revêtez vos armures.
Ils viennent de la côte et sont vêtus de chausses,
Avec des selles rembourrées, des sangles lisses;
Et nous des selles de Galice et des houseaux.

990.

Pues adellant iran tras nos, aqui sea la batalla ;
apretad los cavallos e bistades las armas.
Ellos vienen cuesta yuso e todo trahen calças,
e las siellas coçeras e las çincha amojadas ;
nos cavalgaremos siellas gallegas e husas sobre calças,

995.

Cent chevaliers serons pour vaincre cette armée!
Avant qu'ils soient en plaine, opposons leur nos lances,
Si vous en frappez un, trois videront leurs selles,
Et Bérenger verra à qui il a affaire,
Dans cette forêt de Tevar, pour mon butin! »

995.

¡ Çiento cavalleros devemos vençer aquelas mesnadas !
Antes que ellos legen a{l} laño presentemos les las lanças ;
por uno que firgades tres siellas iran vazias.
¡ Vera Remont Verengel tras quien vino en alança
oy en este pinar de Tevar por toler la ganançia ! »

1000.

Tous furent adoubés. Quand mon Cid eut parlé,
Ils montent leurs chevaux et saisissent leurs armes.
Au bas de la colline est la troupe des Francs.
Au creux de ce vallon qui donne sur la plaine,
Le Cid, lui le bien-né, ordonne de frapper,

1000.

Todos son adobados quando mio Çid esto ovo fablado ;
las armas avien presas e sedien sobre los cavallos.
Vieron le cuesta yuso la fuerça de los francos ;
al fondon de la cuesta, çerca es de{l} laño,
mando mos ferir mio Çid el que en buen ora nasco ;

1005.

Et tous les siens le font - et le font de bon cœur.
Ils sont si bien usé des pennons et des lances,
Frappant d'estoc les uns et renversant les autres,
Que le bien-né a remporté cette bataille,
Il a fait prisonnier le Comte Don Raymond,

1005.

esto fazen los sos de voluntad e de grado,
los pendones et las lanças tan bien las van enpleando
a los unos firiendo e a los otros derrocando.
Vençido a esta batalla el que en buen ora nasco ;
al conde don Remont a preson le an tomado.

1010.

Et pris La Colada, qui vaut bien mille marcs;
La victoire est à lui, sa renommée grandie.
Sous sa tente il a mis le Comte prisonnier,
L'a laissé à la garde de ses affidés.
Puis il est ressorti et il a convoqué

1010.

Hi gaño a Colada que mas vale de mill marcos de plata,
i bençio esta batalla por o ondro su barba ;
priso lo al conde, pora su tie{n}da lo levava,
a sos creenderos guardar lo mandava.
De fuera de la tienda un salto dava,

1015.

Les siens qu'il fait venir ici de tous côtés.
Mon Cid est très content car le butin est grand;
Et pour lui on avait préparé un festin.
Mais au comte Raymond cela ne plaisait guère.
On apporte des plats qu'on place devant lui,

1015.

de todas partes los sos se ajunta{va}n ;
plogo a mio Çid ca grandes son las ganançias.
A mio Çid don Rodrigo grant cozinal adobavan ;
el conde don Remont non gelo preçia nada,
aduzen le los comeres, delant gelos paravan,

§ Le Comte refuse de se nourrir

1020.

Mais il ne mange rien, il a tout repoussé.
« Pour tout ce qui est en Espagne, je refuse,
Plutôt perdre mon corps et y perdre mon âme,
Puisque des va-nu-pieds m'ont vaincu au combat! »
Oiez ce que lui dit alors Ruy Diaz mon Cid:

1020.

el non lo quiere comer, a todos los sosañava :
«  ¡ Non combre un bocado por quanto ha en toda España,
antes perdere el cuerpo e dexare el alma
pues que tales malcalçados me vençieron de batalla ! »
Mio Cid Ruy Diaz odredes lo que dixo :

1025.

« Mangez, comte, ce pain, et buvez de ce vin;
Faites ce que je dis: vous serez libéré,
Sinon, de votre vie, ne reverrez chrétiens. »
Raymond dit: « Mangez Cid, et réjouissez-vous,
Je préfère mourir - je ne veux point manger. »

1025.

« Comed, conde, deste pan e beved deste vino ;
si lo que digo fizieredes saldredes de cativo,
si non, en todo vuestros dias non veredes christianismo. »
Dixo el conde don Remon : « Comede, don Rodrigo, e pensedes de folgar,
que yo dexa m'e morir, que non quero comer. »

1030.

Trois jours passèrent sans qu'on puisse le convaincre.
Et pendant qu'on partage l'énorme butin,
Il n'a pas avalé une bouchée de pain.
Mon Cid a répété: « Mangez donc quelque chose
{Sinon, de votre vie, ne reverrez chrétiens.}
Si vous mangez un peu je serai satisfait,

1030.

Fasta terçer dia nol pueden acordar ;
ellos partiendo estas ganançias grandes
nol pueden fazer comer un muesso de pan.
Dixo mio Çid : « Comed, conde, algo,
{ca si non comedes non veredes christianos ;}
e si vos comieredes don yo sea pagado

1035.

À vous et à vos deux gentilhommes aussi
{Je vous tendrai ma main et vous libérerai. »}
En entendant ces mots le Comte est tout joyeux:
« Si vraiment vous faites comme vous l'avez dit
Tant que je vivrai, Cid, ce sera merveilleux. »
« Eh bien! Mangez, Comte, et quand vous aurez fini,

1035.

a vos e dos fijos dalgo
{quitar vos he los cuerpos e darvos e de mano. »}
Quando esto oyo el conde yas iva alegrando :
« Si los fizieredes, Çid, lo que avedes fablado,
tanto quanto yo biva sere dent maravillado. »
« Pues comed, conde, e quanto fueredes yantado

1040.

Vous comme les deux autres serez libérés.
Mais ce que j'ai gagné sur vous en la bataille,
Je ne vous en rendrai pas le moindre denier,
Vous n'aurez rien de ce que vous avez perdu.
J'en ai besoin pour moi et pour tous mes vassaux.,

1040.

a vos e a otros dos dar vos he de mano ;
mas quanto avedes perdido e yo gane en campo
sabet, non vos dare a vos un dinero malo,
mas quanto avedes perdiso non vos lo dare
ca huebos melo he e pora estos mios vassallos

1045.

Car ils n'ont rien, et je ne vous le rendrai pas!
Nous vous prendrons vos biens et ceux d'autres aussi
Et nous vivrons ainsi tant qu'à Dieu il plaira,
Puisque le roi nous a chassé de notre terre. »
Le comte était joyeux, il demanda de l'eau

1045.

que conmigo andan lazrados,  ¡ e non vos lo dare !
Prendiendo de vos e de otros ir nos hemos pagando ;
abremos esta vida mientra plogiere al Padre santo,
commo que ira a de rey e de tierra es echado. »
Alegre es el conde e pidio agua e las manos,

§ Le Comte accepte enfin de manger

1050.

Pour se laver les mains, qu'on apporte aussitôt.
Avec les chevaliers que le Cid lui offrit,
Il est allé manger, et l'a fait de bon gré!
Auprès de lui s'assit le Cid, lui le bien-né.
« Si vous ne mangez, Comte, ce que je donne,

1050.

e tienen gelo delant e dieron gelo privado.
Con los cavalleros que el Çid le avie dados
comiendo va el conde ¡ Dios que de buen grado !
Sobr'el sedie el que en buen ora nasco :
« Si bien non comedes, conde, don yo sea pagado

1055.

Ici demeurerons, sans jamais nous quitter. »
Alors le Comte a dit: « Je le fais de bon cœur. »
De manger il se hâte avec deux chevaliers;
Mon Cid qui les regarde alors est satisfait,
De voir le Comte user de ses mains aussi bien.

1055.

aqiui feremos la morada, no nos partiremos amos. »
Aqui dixo el conde : «  ! De voluntad e de grado ! »
Con estos dos cavalleros a priessa va yantando ;
pagado es mio Çid que lo esta aguardando ;
por que el conde don remont tan bien bolvie las manos.

1060.

« À partir, s'il vous plaît, mon Cid nous sommes prêts.
Donnez-nous des chevaux, nous monterons en selle.
Depuis que je suis Comte, n'ai si bien mangé,
Le plaisir que j'en ai, je ne l'oublierai pas. »
On leur donne trois palefrois bien ensellés,

1060.

« Si vos ploguiere, mio Çid, de ir somos guisados ;
mandad nos dar la bestias e cavalg{a}remos privado.
Del dia que fue conde non yante tan de buen grado,
el sabor que dend e non sera olbidado. »
Dan le tres palafres muy bien ensellados

§ Départ du Comte

1065.

Et de bons vêtements, pelisses et manteaux.
Le Comte Don Raymond entre eux deux s'est placé,
Le Castillan jusqu'au bout du camp les conduit.
« Ainsi vous partez Comte, et voilà qui est bien.
Je vous sais gré de ce que vous m'avez laissé.

1065.

e buenas vestiduras de peliçones e de mantos.
El conde don Remont entre los dos es entrado ;
fata cabo del albergada escurriolos el Castelano :
«  ¡ Hya vos ides, conde, a guisa de muy franco !
¡ En grado vos lo tengo lo que me avedes dexado !

1070.

Si d'aventure vous songiez à la revanche,
Et si vous me cherchez, vous me trouverez prêt. 
Ou bien ne venez pas, et me laissez tranquille.
Qui tirera profit  de mon bien, ou du vôtre, »
« Soyez content, mon Cid, vous n'avez rien à craindre!

1070.

Si vos viniere emiente que quisieredes vengalo
si me vinieredes buscar fallar me podredes ;
e si non, mandedes buscar ; o me dexaredes
de lo vuestro o de lo mio levaredes algo. »
«  ¡  Folgedes, ya mio Çid, sodes en vuestro salvo !

1075.

Je vous ai bien payé pour toute cette année;
Et venir vous défier il n'en est pas question. »
Le Comte pique des éperons et s'en va;
Mais il tourne la tête et regarde en arrière,
Car il craint que mon Cid n'aille se raviser:

1075.

Pagados vos he por todo aqueste año,
de venir vos buscar sol non sera penssado. »
Ahuijava el conde e penssava de andar :
tornando va la cabeça e catando atras,
miedo iva aviendo que mio Çid se repintra,

1080.

Ce que pour rien au monde il ne risque de faire,
Car être déloyal, il en est incapable.
Le Comte parti, celui de Bivar revient
Retrouver sa mesnie, et pour leur distribuer,
Le butin qu'ils ont fait, qui est tellement grand.

1080.

lo que non ferie el caboso por quanto en el mundo ha
una deslea{l}tança - ca non la fizo alguandre.
Hido es el conde, tornos el de Bivar ;
juntos con sus mesnadas, conpeçolas de legar
de la ganançia que an fecha maravillosa e grand.

NOTES

d'Alcocer : Toutes les recherches n'ont pu localiser précisément ce lieu ; il semble bien que ce soit une invention de l'auteur.

Tamin : Ce roi semble être purement légendaire.

Segorbe : commune d'Espagne de la province de Castellón, dans la région de Valence.

Cella : nom actuel de cette commune d'Espagne, dans la province de Teruel. Ramon Menendez Pidal indique en note dans son édition que les lieux indiqués (Segorbe, Cella) sont situés sur l'ancienne voie romaine de Sagonte à Catalayud.

Canal : Il s'agit certainement de l'aqueduc romain qui amenait l'eau depuis le Guadalaviar, sur 18 km.

Fariz et Galve : Ces deux “rois” sont purement imaginaires.

alguazil : Je conserve le mot ancien, qui dérive de l'arabe “al-wazir”, avec le sens de “vizir”, ministre, personnage important, mais plutôt ici : “officier”, voire “général”, probablement (chez les Maures).

suivent : Oui, le texte dit bien : « delante » ; mais avant ou après, quelle importance ? Cheville pour cheville...

Francs : La Catalogne était alors sour la domination du Royaume de France, sous le nom de « Marche Hispanique ».

Colada : “Colada” est le nom d'une épée, comme la célèbre “Durandal” dans la Chanson de Roland. Mais dans le “Cantar” il y en a deux, l'autre étant appelée “Tizona”. Ramon Menendez Pidal fait remarquer très justement à ce propos que le “Cantar” insiste sur la valeur (marchande !) de cette épée, ce qui n'est pas du tout le cas pour “Durandal” dans la Chanson de Roland, ce qui rejoint tout à fait mes propres remarques sur l'aspect nettement plus “terre à terre”, voire “mercantile” du Cid par rapport à Roland, présenté comme tout à fait désintéressé... (Cf dans le “Cantar”, l'épisode des coffres remplis de sable donnés en gage aux usuriers, et l'insistance permanente sur la valeur du butin pris à chaque victoire - sans parler de la “comptabilité“ des sommes laissées à l'Abbaye par le Cid pour l'entretien de sa femme et de ses enfants.)

renommée : Littéralement : « pour l'honneur de sa barbe ». On connaît de même la célèbre formule « Charlemagne à la barbe fleurie » dans la Chanson de Roland. J'ai préféré ici traduire explicitement la formule par « renommée ».

user de ses mains : La formule espagnole est plaisante, pour dire que le Comte est affamé et se « jette » sur les mets qui lui sont présentés. J'ai tenté de la conserver.

tirera profit : Tous les éditeurs reconnaissent qu'il y a une difficulté d'interprétation ici. Pidal « reconstruit » le texte pour le rendre plus « logique » - ce qui est discutable ! Je suis ce qui semble être la “vraie” version, telel que la donne l'édition de Colin Smith (éd. Catedra). Il semble que l'idée soit celle-ci : « soit je vous prendrai encore quelque chose de vos biens, soit vous récupérerez les vôtres. » J'emploie donc « on » à dessein pour rendre cette idée. Sous toutes réserves !