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SOMMAIRE

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Chanson du Cid - III - 1 (vv. 2278 -2609)

SYNOPSIS : § Épisode du lion § Attaque des Mores et couardise des infants § L'Évêque Jérome veut se battre en premier § Le Cid se lance dans la bataille et tue Bucar § Projet de départ des Infants de Carrion

2278.

Mon Cid est à Valence avec ses vassaux,
Et avec les infants de Carrion, ses deux gendres.

2278.

En Valençia seye mio Çid con tosos sus vassallos,
con el amos sus yernos los ifantes de Carrion.

§ Épisode du lion

§ Épisode du lion

2280.

Le Campeador est endormi sur un siège,
Et sachez qu'il leur vint alors un grand danger :
Un lion brisant ses liens s'échappe de sa cage !
Les voilà effrayés au milieu de la cour ;
Les vassaux ont roulé leurs manteaux sur leur bras

2280.

Yazies un escaño durmie el Campeador ;
mala sobrevienta sabed que les cuntio :
salios de la red e desatos el leon.
En grant miedo se vieron por medio de la cort ;
enbraçan los mantos los del Campeador

2285.

Et entourent le siège, auprès de leur seigneur.
{47r°} Fernando Gonzalez ne sait où se cacher
{ il n'y a là ni tour, ni même chambre ouverte }
Il se cache sous le banc, il est mort de peur ;
Et Diego Gonzalez s'est enfui par la porte,
En murmurant « Je ne reverrai plus Carrion ! »

2285.

e çercan el escaño e fincan sobre so señor.
[47r°] Ferran Gonçalez non vio alli dos açasse, nin camara abierta nin torre,
metios so'il escaño tanto ovo el pavor ;
Diego Gonçalez por la puerta slio
diziendo de la boca : « ¡ Non vere Carrion ! »

2290.

Épouvanté il s'est caché derrière le pressoir
En salissant son manteau et même sa cotte.
Alors s'est réveillé celui qui est bien-né,
Et il voit son siège entouré de ses barons :
« Qu'est-ce donc, mes seigneurs, et que me voulez-vous ? »

2290.

Tras una viga lagar metios con grant pavor,
el manto y el brial todo suzio lo saco.
En esto desperto el que en buen ora naçio,
vio çercado el escaño de sus buenos varones :
« ¿ Ques esto, mesnadas, o que queredes vos ? »

2295.

« C'est un lion, monseigneur, qui nous menace tous ! »
Mon Cid s'est accoudé, puis il s'est relevé,
Sa cotte autour du cou, il va droit vers le lion ;
Et le voyant ainsi, le lion est apeuré :
Devant mon Cid il baisse la tête aussitôt.

2295.

« ¡ Hya señor ondrado rebata nos dio el leon ! »
Mio Çid finco el cobdo, en pie se levanto,
el manto trae al cuello e adeliño pora{l} leon ;
el leon quando lo vio assi envergonço
ante mio Çid la cabeça premio y el rostro finco ;

2300.

Don Rodrigue mon Cid l'a saisi par le cou,
Et l'emmena, soumis, pour le remettre en cage.
Tous ayant vu cela furent émerveillés,
Et ils sont retournés à la Cour, au palais.
Mon Cid a demandé, sans les trouver, ses gendres,

2300.

mio Çid don Rodrigo al cuello lo tomo
e lieva lo adstrando, en la red le metio.
A maravilla lo han quantos que i son
e tornaron se al (a)palaçio pora la cort.
Mio Çid por sos yernos demando e no los fallo,

2305.

On a beau appeler, ils ne répondent pas.
Quand on les trouve enfin, leur visage est tout pâle...
Et par toute la Cour, on n'a jamais tant ri !
Mais le Cid aussitôt mit un terme à cela.
Les infants de Carrion se sentent outragés :

2305.

mager los estan lamando ninguno non responde.
Quando los fallaron assi vinieron sin color ;
¡ non viestes tal guego commo iva por la cort !
Mandolo vedar mio Çid le Campeador
Muchos tovieron por enbaidos los ifantes de Carrion ;

§ Attaque des Mores et couardise des infants

§ Attaque des Mores et couardise des infants

2310.

Ce qui est arrivé leur pèse lourdement.
Et tandis qu'ils étaient en proie à leur chagrin ,
{47v°} Des troupes du Maroc ont assiégé Valence :
Cinquante mille tentes, au moins y sont dressées.
Et sachez-le, le roi de Bucar s'y trouvait.

2310.

fiera cosa les pesa desto les cuntio.
Ellos en esto estando don avien grant pesar,
[47v°] fuerças de Marruecos Valençia vienen çercar ;
çinquaenta mill tiendas fincadas ha de las cabdales,
aqueste era el rey Bucar, sil oyestes contar.

2315.

Le Cid et tous ses compagnons s'en réjouissent
Car leur butin allait s'accroître - Dieu merci !
Mais sachez le, cela ne plaît pas aux infants
De voir toutes ces tentes abritant des Mores...
Ils sont sortis aussi, mais à part, et se disent :

2315.

Alegravas el Çid e todos sus varones
que les creçe la ganançia ¡ grado el Criador !
Mas, sabed, de cuer les pesa a los ifantes de Carrion
ca veyen tantas tiendas de moros de que non avien sabor.
Amos hermanos apart salidos son :

2320.

« Considérons les gains aussi bien que les pertes.
Si nous prenons nous-mêmes part à la bataille,
Il est sûr que nous ne reverrons plus Carrion !
Et les filles du Cid alors deviendront veuves ! »
Muño Gustioz a pu entendre leur paroles,

2320.

« Catamos la ganançia e la perdida no ;
ya en esta batalla a entrar abremos nos,
¡ esto es aguisado por non ver Carrion,
bibdas remandran fijas del Campeador ! »
Oyo la poridad aquel Muño Gustioz,

2325.

Il est venu les raconter à Mio Cid :
« Voyez comme vos gendres ont peur, eux si braves !
Au moment de se battre, ils regrettent Carrion !
Allez donc les conforter - et que Dieu vous aide !
Qu'ils restent donc ici, sans avoir de butin.

2325.

vino con estas nuevas a mio Çid Ruy Diaz el Campeador :
« ¡ Evades que pavor han vuestros yernos : tan osados son,
por entrar en batalla desean Carrion !
Hid los conortar, ¡ si vos vala el Criador !
Que sean en paz e non ayan i raçion,

2330.

Avec vous nous vaincrons, et grâce au Créateur. »
Don Rodrigue mon Cid, en souriant sortit ;
« Dieu vous sauve, mes gendres, infants de Carrion !
Mes filles en vos bras ressemblent au soleil !
Moi je songe au combat, et vous à Carrion.

2330.

¡ nos con vusco la vençremos e valer nos ha el Criador ! »
Mio Çid Don Rodrigo sonrrissando salio :
« ¡ Dios vos salve, yernos, ifantes de Carrion !
¡ En braços tenedes mis fijas tan blancas commo el sol !
Hyo desseo lides e vos a Carrion ;

2335.

À Valence restez, et amusez-vous bien.
Car moi je chasserai les Mores du pays,
Je m'y engage, avec l'aide du Créateur. »
{.............} [Com-17]
{48r°} « Et qu'il voie même l'heure où vous avez brillé. »
Ils s'en sont retournés tous deux, de compagnie ;

2335.

en Valençia folgad a todo vustro sabor
ca d'aquelos moros yo so sabidor :
arrancar melos trevo con la merçed del Criador. »
{.............}
[48r°] « ¡ Aun vea el ora que vos meresca dos tanto ! »
En una conpaña tornados son amos ;

2340.

Don Pero y consent, Fernand s'en réjouit !
Cela plaît à mon Cid et à tous ses vassaux :
« Si cela plaît à Dieu, celui qui est aux cieux,
Mes gendres seront bons, cette fois, sur le champ. »
Ils vont disant cela, et les armées approchent :

2340.

assi lo otorga don Pero cuemo se alaba Ferrando
Plogo a mio Çid e a todos sos vassallos :
« ¡ Aun si Dios quisiere y el Padre que esta en alto
amos los mios yernos buenos seran en campo ! »
Esto van diziendo e las yentes se alegando,

2345.

Les tambours retentissent dans les rangs des Mores ,
Et beaucoup de Chrétiens étaient impressionnés,
Car à cela ils n'avaient jamais assisté.
Diego et Fernando, eux, ne l'étaient pas moins,
Ils ne seraient pas venus là s'ils l'avaient su.

2345.

en la ueste de los moros los atamores sonando ;
a maravilla lo avien muchos dessos christianos
ca nunqua lo vieran, ca nuevos son legados.
Mas se maravillan entre Diego e Ferando,
por la su voluntad non serien alli legados.

2350.

Et voici ce que dit celui qui est bien-né :
« Hola ! Pero Bermuez, toi, mon bien cher neveu !
Veille donc sur Diego, veille sur Fernando,
Mes deux gendres qui sont ceux que j'aime beaucoup ;
Car les Mores - par Dieu ! - d'ici vont déguerpir ! »

2350.

Oid lo que fablo el que en buen ora nasco :
« ¡ Ala, Pero Vermuez, el mio sobrino caro !
Curies me a Diego e curies me a don Fernando
mios yernos amos a dos, las cosas que mucho amo,
ca los moros - con Di non finacarn en canpo. »

2355.

« Par charité, mon Cid, je vous le dis ici,
Je ne veux pas avoir la charge des Infants ;
Que sur eux veille qui le voudra ! Fort peu me chaut !
Moi et les miens nous voulons frapper en avant,
Et vous avec les vôtres, tenez bon derrière ;

2355.

« Hyo vos digo, Çid, por toda caridad,
que oy los ifantes a mi por amo non abran ;
¡ curielos qui quier, ca dellos poco m'incal !
Hyo con los mios ferir quiero delant,
vos con los vuestros firme mientre a çaga tengades ;

2360.

En cas de grant péril, vous vindrez à mon aide. »
C'est alors qu'arriva Albar Fañez lui-même :
{« Or ça, écoutez moi, Campeador loyal !}
Cette bataille c'est celle du Créateur ;
Et vous qui justement êtes en sa faveur,
Ordonnez nous de quel côté nous frapperons.

2360.

si cueta fuere bien me podredes huviar »
Aqui lego Minaya Albar Fañez :
{« ¡ Oid, ya Çid Campeador leal !}
Esta batalla el Criador la fera,
e vis tan dinno que con el avedes part.
Mandad no los ferir de qual part vos semejar ;

§ L'Évêque Jérome veut se battre en premier

§ L'Évêque Jérome veut se battre en premier

2365.

{48v°} Le devoir de chacun ainsi s'accomplira.
Nous allons voir cela grâce à vous et à Dieu ! »
Mon Cid alors a dit : « Prenons tout notre temps. »
Voici venir l'évêque Jérôme, tout armé,
devant le Campeador, né sous de bons auspices :

2365.

[48v°] el debbo que a cada uno a conplir sera.
¡ Verlo hemos con Dios e con la vuestra auze ! »
Dixo mio Çid : « Ayamaos mas de vagar. »
Afevos el obispo fon Jheronimo muy bien armado,
paravas delant al Campeador siempre con la buen auze :

2370.

« De Sainte Trinité je vous ai dit la Messe,
J'ai quitté mon pays pour aller vous chercher,
Car je voulais vraiment occire quelque More.
Je voudrais faire honneur à mes mains et mon ordre,
Et je voudrais aller devant dans ce combat.

2370.

« Oy vos dix la missa de Santa Trinidade,
por esso sali de mi tierra e vin vos buscar
por sabor que avia de algun moro matar.
Mi orden e mis manos querria las ondrar
e a estas feridas yo quiero ir delant ;

2375.

Je porte un pennon à crosse, de bonnes armes ;
S'il plaisait à Dieu, je voudrais les essayer,
Pour que mon cœur puisse bien fort s'en réjouir,
Et que de moi, mon Cid, vous soyez satisfait.
Si je n'obtiens cela de vous, je partirai. »

2375.

pendon trayo acorças e armas de señal,
si plogiesse a Dios querra las ensayar,
mio coraçon que pudiesse folgar
e vos, mio Çid, de mi mas vos pagar.
Si este amor non feches yo de vos me quiero quitar. »

2380.

Alors mon Cid a répondu : « Cela me plaît !
Voici venir les Mores, prenez-les de front ;
Nous verrons bien d'ici comment se bat l'abbé ! »
L'évêque don Jérôme alors pique des deux,
Pour aller les combattre à l'autre bout du camp.

2380.

Essora dixo mio Çid : « Lo que vos queredes plaz me.
Afe los moros a ojo, id los ensayar ;
¡ nos d'aquent veremos commo lidia el abbat ! »
El obispo don Jheronimo priso a espolonada
e iva los ferir a cabo del albergada :

2385.

Par la chance qu'il eut et Dieu qui l'a aidé,
Tout de suite il tua deux Mores de sa lance !
Il a brisé la hampe, il saisit son épée,
Il s'exerçait, l'évêque ! Dieu qu'il faisait bien !
Deux occis de sa lance et cinq avec l'épée !

2385.

por la su ventura e Dios quel amava
a los primeros colpes dos moros matava de la lança :
el astil a quev-brado e metio la mano al espada,
ensayavas el obispo, ¡ Dios, que bien lidiava !
Dos mato con laça e .v. con el espada ;

§ Le Cid se lance dans la bataille et tue Bucar

§ Le Cid se lance dans la bataille et tue Bucar

2390.

{49r°} Mais les Mores nombreux vont bientôt l'encercler...
Lui donnant de grands coups, sans fausser son armure.
Le bien-né conservait les yeux fixés sur lui,
Il saisit son écu, et empoigna sa lance,
Il piqua Babieca, son bon cheval rapide,

2390.

[49r°] los moros son muchos, derredor le çercavan,
davan le grandes colpes mas nol falssan las armas.
El que en buen ora nasco los ojos le fincava,
enbraço el escudo e cabaxo el asta,
aguijo a Bavieca el cavallo que bien anda,

2395.

Et alla les frapper de tout son cœur, son âme.
Il pénétra dans les premières de leurs lignes,
Il abattit sept Mores et en tua quatre ;
Cela plaisait à Dieu, et ce fut la victoire.
Mon Cid avec les siens se lance à leur poursuite.

2395.

hiva los ferir de coraçon e de alma ;
en las hazes primeras el Campeador enrava,
abatio a .vii. e a .iiii. matava.
Plogos a Dios aquesta fue el arrancada.
Mio Çid con los suyos cae en alcança :

2400.

Vous auriez vu briser, arracher tant de cordes,
Et renverser les pavillons, faits avec tant de soin.
Ceux de mon Cid ont fait sortir ceux de Bucar,
De leurs tentes ils les chassent et sitôt les poursuivent :
Ah ! Si vous aviez vu bras et cuirasses choir !

2400.

veriedes quebrar tantas cuerdas e arrancar se las estacas
e acostar se los tendales, con huebras eran tantas.
Los de mio Çid a los de Bucar de las tiendas los sacan.
Sacan los de la tiendas, caen los en alcaz ;
tanto braço con loriga veriedes caer apart,

2405.

Mainte tête en son heaume tomber sur le champ !
Et des chevaux sans cavaliers courir partout !
La poursuite dura au moins pendant sept milles.
Mon Cid a galopé après le roi Bucar :
« Retourne-toi, Bucar ! Toi qui vins de la mer,

2405.

tantas cabeças con yelmos que por el campo caen,
cavallos sin dueños salir a todas partes ;
.vii. migeros conplidos duro el segudar.
Mio Çid al rey Bucar cayol en alcaz :
« ¡ Aca torna Bucar ! Venist d'alent mar,

2410.

Et tu verras le Cid avec sa grande barbe,
Saluons-nous donc, et scellons notre amitié ! »
Bucar a répondu : « Non, que Dieu la confonde !
Tu vas piquer des deux, ton épée nue en main,
Et à ce que je vois, sur moi tu l'essaieras.

2410.

verte as con el Çid e de la barba grant,
¡ saludar nos hemos amos e tajaremos amistad ! »
Respiuuso Bucar al Çid : « ¡ Confonda Dios tal amistad !
El espada tienes desnuda en la mano e veot aguijar.
asi commo semeja en mi la quieres ensayar ;

2415.

{49v°} Mais si mon cheval ne tombe et moi avec lui,
Ce n'est que dans la mer que nous nous rejoindrons ! »
À quoi le Cid a répondu : « Rien n'est moins vrai ! »
Bucar est sur un bon cheval, qui saute bien,
Mais Babieca, celui du Cid, ne vaut pas moins.

2415.

[49v°] mas si el cavallo non estropeça o comigo non caye
¡ non te juntaras comigo fata dentro en la mar ! »
Aqui respuso mio Çid : « ¡ Esto non sera verdad ! »
Buen cavallo tiene Bucar e grandes saltos faz
mas Bavieca el de mio Çid alcançando lo va.

2420.

Le Cid atteint Bucar : la mer est à trois brasses ;
Il brandit Colada, lui assène un grand coup,
Qui fait sauter les escarboucles de son heaume,
Le lui taille et défonce et le lui fend en deux,
Et jusqu'à la ceinture enfonce son épée.

2420.

Alcaçolo el Çid a Bucar e tres braças del mar,
arriba alço Colada, un grant golpe dadol ha,
la carbonclas del yelmo tollidas gela[s] ha,
cortol el yelmo e - librado todo lo hal -
fata la çintura el espado legado ha.

2425.

Il a tué Bucar, roi d'au-delà des mers !
Il a gagné Tizon qui vaut bien mille marcs d'or...
Il a gagné une bataille mémorable,
Il s'y est honoré, et tous ceux qui y furent.
Ils repartaient déjà avec tout leur butin,

2425.

Mato a Bucar al rey de alen mar
e gano a Tizon que mill marcos d'oro val.
Vençio la batalla maravillosa e grant.
Aquis ondro mio Çid e quantos con el son.
Con estas ganançias ya ivan tonrnando ;

2430.

Et sachez-le ! Ils ont bien pillé tout le camp !
Et les voilà qui arrivent devant la tente
Où se tenait celui qui est vraiment Bien-né.
Mon Cid Ruy Diaz, le Campeador renommé,
Revenait en tenant deux épées de valeur

2430.

sabet, todos de firme robavan el campo.
A las tiendas eran legados
do estava el que en buen ora nasco.
Mio Çid Ruy Diaz el campeador contado
con dos espadas que el preçiava algo

2435.

À travers le massacre, tout en se hâtant,
Le visage marqué par la cote de maille,
Et la coiffe elle aussi, sous le casque enlevé.
Mais il a vu soudain, ce qui lui a bien plu,
Comme il levait les yeux, regardant devant lui,

2435.

por la matança vinia tan privado,
la cara fronzida e almofar soltando,
cofia sobre los pelos fronzida della yaquanto.
Algo vie mio Çid de lo que era pagado ;
alço sos ojos, est[a]va adelante catando

2440.

{50r°} Il vit venir Don Diègue auprès de Fernando.
(Ce sont tous deux les fils du Comte Gonzalo).
Et le Cid a souri, car cela l'amusait :
« Venez, mes gendres ! Vous êtes mes deux fils ! 
Je sais que de combattre vous êtes bien contents,

2440.

[50r°] e vio venir a Diego e a Fernando
- amos son fijos del conde don Gonçalo -
Alegros mio Çid, fermoso sonrrisando :
« ¿ Venides, mios yernos ? ¡ Mios fijos sodes amos !
Se que de lidiar bien sodes pagados ;

2445.

De vous vers Carrion des messages diront,
Comment nous avons pu vaincre le roi Bucar.
Et comme j'ai la foi en Dieu et tous ses saints,
Cette victoire-là nous sera favorable ! »
Alors arrive Minaya Alvar Fañez

2445.

a Carrion de vos iran buenos mandados
commo al rey Bucar avemos arrancado.
¡ Commo yo fio por Dios y en todos los santos
desta arracanda nos iremos pagados ! »
Minaya Albar Fañez essora es legado.

2450.

Au cou pend son écu, marqué de coups d'épée
Et quant aux coups de lance, on ne peut les compter :
Ceux qui les ont portés n'ont eu aucun succès.
Le sang lui coule encore goutte à goutte du coude,
Car il a bien tué sa vingtaine de Mores.

2450.

el escudo trae al cuello e todo espad[ad]o ;
de los colpes de las lanças non avie recabdo,
aquelos que gelos dieran non gelo avien logrado.
por el cobdo ayuso la sangre destellando,
se .xx. arriba has moros matado.

2455.

Et de partout s'en viennent alors ses vassaux,
« Grâce à Dieu, à notre Père qui est là-haut,
Et grâce à vous, mon Cid, né sous la bonne étoile,
Bucar tué par vous, la bataille est gagnée :
Tous ces biens sont à vous, ainsi qu'à vos vassaux.

2455.

de todas partes sos vassalos van legando ;
« ¡ Grado a Dios e al Padre que esta en alto
e a vos, Çid, que en buen ora fuestes nado !
Matastes a Bucar e arrancamos el campo ;
todos estos bienes de vos son e de vuestros vassallos.

2460.

Et vos gendres ici ont pu s'habituer :
Ils sont las de se battre ainsi contre les Mores. »
Mon Cid a répondu : « Cela me fait plaisir,
S'ils sont bons maintenant, plus tard il seront mieux. »
Sincère était le Cid, mais ils le prirent mal.

2460.

E vuestros yernos aqui son ensayados,
fartos de lidiar con moros en el campo. »
Dixo mio Çid : « Yo desto so pagado ;
quando agora son buenos adelant seran preçiados. »
Por bien lo dixo el Çid mas ellos lo tovieron a mal.

2465.

{50v°} Tout le butin alors arrive dans Valence.
Mon Cid est très content, et ses hommes aussi :
À chacun il échoit bien six cent marcs d'argent.
Les gendres de mon Cid, quand ils reçurent ça
L'argent de la victoire étant entre leurs mains,

2465.

[50v°] Todas la ganançias a Valençia son legadas.
alegre es mio Çid con todas sus compañas
que a la raçion caye seis çientos marcos de plata.
Los yernos de mio Çid quando este aver tomaron
desta arracanda, que lo tenien en so salvo,

2470.

Se dirent que jamais ne manqueraient de rien.
À Valence partirent, très richement vêtus,
Avec beaucoup de vivres, manteaux et fourrures.
Ils en sont bien contents, Mon Cid et ses vassaux !
Et ce fut un grand jour pour la cour de Mon Cid,

2470.

cuidaron que en sus dias nunqua serien minguados.
Fueron en Valençia muy bien arreados,
conduchos a sazones, buenas pieles e buenos mantos.
Mucho(s) son alegres mio Çid e sus vassallos.
Grant fue el dia {por} la cort del Campeador

2475.

Après cette bataille et la mort de Bucar.
Le Cid leva la main, se caressa la barbe,
« Je rends grâces au Christ, qui règne sur le monde,
Quand je vois devant moi ce que je désirais :
Avec moi mes deux gendres ont bien combattu !

2475.

despues que esta batalla vençieron e al rey Bucar mato.
Alço la mano a la barba se tomo :
« ¡ Grado a Christus que del mundo es señor
quando veo lo que avia sabor,
que lidiaron comigo en campo mios yernos amos a dos !

2480.

Et d'eux vers Carrion iront de bons messages,
Disant qu'on les honore, et grand notre profit.
Immense est le butin que tous ont amassé,
Une partie pour nous, et le reste pour eux. »
Mon Çid, né sous la bonne étoile, a ordonné

2480.

Mandados buenos iran dellos a Carrion
commo son ondrados e aver {n}od {an} grant pro.
Sobjanas son las ganançias que todoe an ganadas.
Lo uno es nuestro, lo otro han en salvo. »
Mando mio Çid el que en buen ora nasco

2485.

Que de cette bataille qu'ils avaient gagnée
Tous prennent du butin la part qui leur est due,
Mais que le cinquième lui revienne sans faute.
Ainsi ont-ils fait tous, comme il leur demandait.
Pour cinquième le Cid obtint six cents chevaux,

2485.

desta batalla que han arrancado
que todos prisiessen so derecho contado
e la su quinta non fuesse olbidado ;
assi lo fazen todos ca eran acordados.
Cayeron le en quinta al Çid seix çientos cavallos

2490.

{51r°} D'autres bètes de somme, et nombre de chameaux :
Il y en avait tant qu'on ne put les compter.
Tel était le butin pour le Campeador.
« J'en rends grâces à Dieu, qui du monde est Seigneur !
Avant j'étais bien pauvre, et me voilà donc riche !

2490.

[51r°] e otras azemillas e camelos largos ;
tantos son de muchos que non serien contados.
Todas estas ganançias fizo el Canpeador :
« ¡ Grado ha Dios que del munso es señor !
Antes fu minguado ; agora rico so,

2495.

J'ai maintenant des terres, des fiefs et de l'or,
Et mes gendres ce sont les infants de Carrion.
Il plaît au Créteur que je sois victorieux ;
Les chrétiens et les Mores ont tous peur de moi.
Tout là-bas au Maroc, jusque dans leurs mosquées,

2495.

que he aver e tierra e oro e onor,
e son mios yernos ifantes de Carrion ;
arranco las lides commo plaze al Criador,
moros e christianos de mi hant grant pavor ;
ala dentro en Marruecos o las mezquitas son

2500.

Ils craignent que je vienne une nuit les surprendre,
Mais pour moi cette idée ne m'est jamais venue.
À Valence je suis, et n'irai les chercher ;
Et grâce au Créateur, ils me paieront tribut,
À moi-même ou à qui je leur désignerai. »

2500.

que abram de mi salto quiçab alguna noch
ellos lo temen, ca non lo pienssen yo ;
no los ire buscar, en Valençia sere yo ;
ellos me daran parias con ayuda del Criador
que paguen a mi o a qui yo ovier sabor. »

2505.

On se réjouit bien à Valence la Grande,
Toutes les compagnies de mon Cid sont en fête,
Grande est la joie que montrent aussi ses deux gendres  :
Cette bataille-là qu'ils avaient prise à cœur,
Leur a bien rapporté cinq mille marcs chacun ;

2505.

Grandes son los gozos en Valençia {la mayor}
de todas sus compañas {de} mio Çid el Canpeador
grandes son los gozos de sus yernos amos a dos,
d'aquesta arracanda que lidiaron de cor
valia de çinco mill marcos ganaron amos a dos,

2510.

Les infants de Carrion y sont devenus riches !
Ils sont revenus à la cour, avec les autres.
Jérôme l'évêque s'y tient, avec le Cid,
Alvar Fañez, chevalier brave et batailleur,
Et bien d'autres nourris par le Campeador.

2510.

muchos tienen por ricos los ifantes de Carrion.
Ellos con los otros vinieron a la cort ;
aqui esta con mio Çid el obispo don Jheronimo,
el bueno de Albar Fañez cavalelro lidiador,
e otros muchos que crio el Campeador.

2515.

Quand ils sont arrivés, les infants de Carrion,
{51v°} Minaya les reçut, en place de mon Cid :
« Venez, parents, qui renforcez notre valeur ! »
Leur arrivée a plu au Cid Campeador.
« Voyez ici, gendres, la noble mienne dame ,

2515.

Quando entraron los ifantes de Carrion
[51v°] reçibiolos Minaya por mio Çid el Campeador :
« ¡ Aca venid, cunñados, que mas valemos por vos ! »
Assi commo legaron pagos el Campeador :
« Evades aqui, yernos, la mi mugier de pro

2520.

Et les deux miennes filles, doña Elvire et Sol :
Qu'elles vous embrassent tendrement, et vous servent.
Nous avons vaincu les Mores, tué leur roi,
Ce roi Bucar, qui n'est autre qu'un traître, c'est prouvé.
Grâces soient rendues à Marie, Mère de Dieu !

2520.

e amas la{s} mis fijas don Elvira e doña Sol ;
bien vos abraçen e sirvan vos de coraçon.
Venciemos moros en campo e matamos
a aquel rey Buca traidor provado.
¡ Grado a Santa Maria madre del nuestro señor Dios !

2525.

De vos mariages vous tirerez de l'honneur,
Au pays de Carrion iront de bons messages. »
Fernand Gonzalez est ensuite intervenu :
« Grâces rendues à Dieu et au Cid honoré,
Nous avons tant de biens, ne pouvons les compter !

2525.

Destos {v}uestros casamientos vos abredes honor ;
buenos mandados iran a tierras de Carrion. »
A estas palabras fablo Feran Gonçalez :
« ¡ Grado el Criador e a vos, Çid ondrado !
Tantos avemos de averes que no son contados ;

2530.

De vous nous vient l'honneur d'avoir bien combattu,
Pensez aux autres ! Notre bien est hors d'atteinte. »
Les vassaux de mon Cid restaient là, souriants,
Cherchant celui qui avait le mieux combattu :
Et ce n'étaient ni Diègue ni Fernand bien sûr.

2530.

por vos avemos ondra e avemos lidiado,
Pensad de lo otro, que lo nuestro tenemos lo en salvo. »
Vassallos de mio Çid seyen se sonrrissando
quien lidiara mejor o quien fuera en alcanço ;
mas non fallavan i a Diego ni a Ferrando.

§ Projet de départ des Infants de Carrion

§ Projet de départ des Infants de Carrion

2535.

À cause de ces plaisanteries incessantes,
La nuit comme le jour, toutes ces railleries,
N'en pouvant plus, les deux infants se concertèrent ;
Ils sont tous deux sortis - ce sont vraiment deux frères ;
« Ces propos malveillants sont de trop, donc partons !

2535.

Por aquestos guegos que ivan levantado
e las noches e los dias tan mal los escarmentado
tan mal se cossejaron estos iffantes amos ;
amos salieron apart - vera mientre hermanos -
desto que ellos fablaron nos parte non ayamos :

2540.

Allons à Carrion, ne restons plus ici ;
Le bien que nous avons est très considérable,
Nous ne l'épuiserons de toute notre vie.
Demandons au Cid de laisser partir nos femmes,
{52r°} Pour que nous les menions aux terres de Carrion,

2540.

« Vayamos pora Carrion, aqui mucho detardamos ;
los averes que tenemos grandes son e sobejanos,
mientra que visquieremos despender no lo podremos.
Pidamos nuestras mugieres al Çid Campeador ;
[52r°] digamos que las levaremos a tierras de Carrion,

2545.

Et leur montrer ainsi ce que nous possédons.
Tirons les de Valence et du Campeador,
En chemin nous pourrons agir à notre guise,
Avant qu'on nous rappelle la scène du lion.
Les Comtes de Carrion, voilà notre lignage !

2545.

enseñar las hemos do las heredades son ;
sacar las hemos de Valençia, de poder del Campeador,
despues en la carrera feremos nuestro sabor
ante que nos retrayan lo que cuntio del leon.
¡ Nos de natura somos de condes de Carrion !

2550.

Nous emportons des biens qui ont grande valeur,
Et du Campéador outragerons les filles !
Avec tous ces biens-là, nous serons assez riches,
Pour épouser filles de roi ou d'empereur
Car nous faisons partie des Comtes de Carrion !

2550.

Averes levaremos grandes que valen grant valor ;
¡ escarnirem las fijas del Campeador !
D'aquestos averes sienpre seremos ricos omnes,
podremos casar con fijas de reyes o de emperador
¡ ca de natura somos de condes de Carrion !

2555.

Nous punirons les filles du Campeador
Avant qu'on nous rappelle l'affaire du lion ! »
Avec ce projet-là, ils sont prêts à partir.
À la cour qui se tait, Fernand Gonzalez parle :
« Que la Créateur vous aide, Campeador !

2555.

Assi las escarniremos a las fijas del Campeador
antes que nos retrayan lo que fue del leon. »
Con aqueste conssejo amos tornados son.
Fablo Feran Gonçalez e fizo callar la cort :
« ¡ Si vos vala el Criador, Çid Campeador !

2560.

Qu'à vous d'abord il plaise, et à dame Chimène,
À Minaya, et à tous ceux qui sont présents,
Que nos femmes bénies par notre mariage
Nous puissions les conduire aux terres de Carrion ;
Nous les installerons sur leurs propres domaines,

2560.

Que plega a doña Ximena e primero a vos
e a Minaya Albar Fañez e a quantos aqui son.
dad nos nuestras migieres que avemos a benediçiones,
levar las hemos a nuestras tierras de Carrion,
meter las hemos en las villas

2565.

Ceux dont nous leur avons fait cadeau de mariage ;
Ainsi elles verront ce que nous possédons,
Et que partagerons peut-être nos enfants. »
Le Cid dit : « Prenez-les, et de mon bien aussi. »
- Il ne soupçonnait pas qu'on voulait le trahir ! -

2565.

que les diemos por arras e por onores ;
veran vustras fijas los que avemos nos,
los fijos que ovieremos en que avran partiçion. »
Dixo el Campeador : « Darvos he mi fijas e lago de lo mio. »
El Çid que nos curiava de assi ser afontado :

2570.

« Vous leur avez donné des terres en cadeau ;
Moi je leur donnerai trois mille marcs d'argent ;
Pour vous, mules et palefrois de bonne taille,
{52v°} Des chevaux destriers bien forts et bon coureurs,
Et bien des vêtements de drap et riche soie.

2570.

« Vos les diestes villas por arras en tierra de Carrion ;
hyo quiero les dar axuvar .ì. mill marcos de [valor],
darvos e mulas e palafres muy gruessos de sazon,
[52v°] cavallos pora en diestro fuertes e corredores
e muchas vestiduras de paños e de çiclatones ;

2575.

Et deux épées aussi : Colada et Tizon,
Que j'ai gagnées, vous le savez, par mes exploits.
Vous devenez mes fils, en vous donnant mes filles,
Vous emportez là-bas les écrins de mon cœur.
Que l'on sache en Galice, en Castille, en Leon

2575.

dar vos he dos espadas, a Colada e a Tizon,
bien lo sabedes vos que las gane a guisa de varon.
Mios fijos sodes amos quando mis fijas vos do ;
alla me levades las telas del coraçon.
¡ Que lo sepan en Gallizia y en Castiella y en Leon

2580.

Avec quelles richesses sont partis mes gendres !
Puisqu'elles sont vos femmes, servez bien mes filles,
Faites-le bien, et je vous récompenserai. »
Les infants de Carrion le lui ont bien promis ;
Ils prennent avec eux les filles de mon Cid,

2580.

con que riqueza enbio mios yernos amos a dos !
A mis fijas sirvades, que vuestras mugieres son ;
si bien las servides yo vos rendre buen galardon. »
Atorgado lo han esto los iffantes de Carrion.
Aqui reçiben las fijas del Campeador,

2585.

Et reçoivent alors ce qu'il leur a donné.
Quand tout ce qu'ils voulaient a été satisfait,
Alors ils ont donné l'ordre de tout charger.
Le bruit s'est répandu dans Valence la Grande,
Tous ont saisi leurs armes et bientôt galopent,

2585.

conpieçan a reçebir lo que el Çid mando.
Quando son pagados a todo so sabor
hya mandavan cargar iffantes de Carrion.
Grandes son las nuevas por Valençia la mayor,
todos prenden armas e cavalgan a vigor

2590.

Pour leur faire une escorte aux terres de Carrion.
Elles prennent congé, pour monter à cheval,
Toutes les deux, doña Elvire et doña Sol ;
Et à genoux devant le Cid Campeador :
« Nous vous le demandons, au nom du Créateur !

2590.

por que escurren sus fijas del Campeador a tierras de Carrion.
Hya quieren cavalgar, es espidimiento son.
Amas hermanas don Elvira e doña Sol
fincaron los inojos ant'el Çid Campeadaor :
« ¡ Merçed vos pedimos, padre ! ¡ Si vos vala el Criador !

2595.

Vous nous avez conçues, mère nous mit au monde ;
Vous êtes devant nous, tous deux, Seigneur et Dame.
Et vous nous envoyez aux terres de Carrion :
{53r°} C'est de notre devoir de combler vos désirs
Aussi voulez-vous bien bénir notre départ ?

2595.

Vos nos engendrastes, nuestra madre nos pario ;
delant sodes amos, señora e señor.
Agora nos enviades a tierras de Carrion,
[53r°] debdo nos es a cunplir lo qu emandaredes vos.
Assi vos pedimos merçed nos amas a dos

2600.

Nous serons vos messagères en Carrion. »
Mon Cid leur dit adieu, il les a embrassées,
Et après lui, leur mère au double le refait.
« Allez, mes filles, et que Dieu vous vienne en aide,
Avec les voeux de votre père et de moi-même !

2600.

que ayades vuestros menssajes en tierras de Carrion. »
Abraçolas mio Çid e saludolas amas a dos.
El fizo aquesto, la madre lo doblava :
« ¡ Andad, fijas, d'aqui el Criador vos vala !
De mi e de vuestro padre bien avedes buestra graçia

2605.

Allez à Carrion où sont possessions :
Vous êtes bien mariées, voilà ce que je pense. »
À leur père et leur mère elles baisent les mains ;
Tous deux les ont bénies et fait des voeux pour elles.
Mon Cid et tous les autres se sont apprêtés,

2605.

Hid a carrion do sodes heredadas ;
assi commo yo tengo bien vos he casadas. »
Al padre e a la madre la manos les besavan ;
amos las bendixieron e dieron les su graçia.
Mio Çid e los otros de cavalgar penssavan

NOTES

lion : Cet épisode “abracadabrant”, est manifestemenrt mis là pour mettre en valeur la pusillanimité des “infants” face au courage tranquille du “Campeador”.

Gonzalez : Fernando et Diego sont les infants de Carrion comme le montre l'exclamation de Diego. Jusqu'ici, ils n'étaient pas nommés individuellement dans le texte ; ce n'est que maintenant qu'ils acquièrent une sorte d'existence.

Com-17 : À la différence de l'édition Menendez Pidal (et pratiquement de toutes celles qui ont suivi), je conserve ici à leur place dans le manuscrit ce vers et le suivant.

escarboucles : Pierre précieuse (en principe rouge) qui ornait les fermetures du heaume des chevaliers dans la mythologie arthurienne par exemple.

cadeau de mariage : Le texte espagnol comporte ici des termes qui relèvent du langage juridique. Selon R.M. Pidal, il s'agit de villes et de terres qui étaient attribuées à l'épouse, mais dont elle ne pouvait disposer librement : elle était tenue de les léguer à ses enfants. Je n'ai pas jugé bon d'être aussi « technique » dans ma traduction. Mais beaucoup de commentateurs se sont fondés là-dessus pour supposer que “l'auteur” aurait pu être, non un homme d'église, mais un “homme de loi”. Il faut aussi souligner que le texte de certains vers de ce passage semblent avoir été interpolés.

riche soie : le mot du texte est “çiclatones” ; le mot “ciclaton” est attesté en ancien français - dans la Chanson de Roland notamment. Sa signification n'est pas très précise : le mot désigne aussi bien un riche manteau que l'étoffe dont il est fait, comme la soie et des fils d'or.

Colada et Tizon : Les épées des personnages importants des épopées portaient des noms. On connaît la “Durendal” de Roland. “Colada” est le nom de l'épée gagnée par le Cid sur le comte catalan Raymond, et “Tizon” est celle qui appartenait au roi more Bucar (cf v. 2426)