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SOMMAIRE

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1952 (1) : Le Collège

SYNOPSIS :

§ Au collège et premiers émois § Des chenapans § La lecture § Mon père

§ Au collège et premiers émois

            Pédaler le matin, le midi et le soir,
1815.   Pour aller au Collège et en revenir tard,
            N’a pu faire de moi un grand champion cycliste,
            Mais mes allers-retours furent un peu moins tristes
            Quand de ma soeur l’amie Annette, jolie fille,
            Fit partie de la bande  : alors mon cœur vacille,
1820.   Et mes premiers émois influençant mes vers
            Je composais, roulant, tout comme les trouvères
            Mille billets rimés qui jamais n’arrivèrent
            À celle qui pourtant n’était pas si sévère !
            Mais jamais je n’osai, mon papier à la main
1825.   Aller le lui glisser sur sa poignée de frein,
            Quand avant de partir, et son vélo posé,
            Avec ma soeur elle parlait, très enjouée...

            Le matin j’étais sûr, au moins, de la trouver
            Et cela suffisait à remplir ma journée
1830.   D’une douceur candide, et dissiper l’ennui
            Des heures à attendre un professeur parti
            Pour une tâche obscure, ou absent, ou les trous
            Dans mon emploi du temps, hélas, un peu partout.
            Ceux qui étaient rémois en ce cas, s’esquivaient,
1835.   Mais moi en “permanence” je me morfondais !
            Nos professeurs n’étaient pas tous de premier ordre :
            La guerre avait causé ici bien des désordres
            Et on avait bouché les trous par qui voulait !
            C’était certes le cas du professeur d’anglais
1840.   Un vieil homme que nous avions nommé “wounose”
            Parce qu’il répétait toujours la même chose,
            En commençant son cours, et les yeux dans le vague
            Désignait l’un de nous d’un doigt chargé de bagues...
            Et c’était bien à qui se dissimulerait
1845.   Derrière son voisin, qui répondre devrait !

§ Des chenapans

            En musique c’était aussi un vieux monsieur,
            Que nous persécutions : nous étions odieux !
            Mais il nous infligeait sans cesse des “dictées
            Musicales” — sur un vieil harmonium essoufflé,
1850.   Et ce n’était pas vraiment des plus pédagogiques,
            Je crois pour nous donner le goût de la musique...
            Nous avions mis au point un système effroyable :
            Nous avancions sans cesse en douce un peu nos tables
            Jusqu’à l’emprisonner derrière son clavier
1855.   Et quand enfin son heure de cours terminée
            Il voulait s’en aller, il ne le pouvait pas,
            Et il levait les bras, il ne comprenait pas...
            Car il n’avait rien vu, tout à ses exercices
            Qui pour nous n’étaient rien qu’un terrible supplice !

§ La lecture

1860.   J’aimais pourtant l’étude : je lisais beaucoup
            De vieux ouvrages pris dans le grenier, chez nous,
            Que ma mère avait eus dans la liquidation
            De la maison vendue à la disparition
            De mon grand-père Georges et de sa femme Aline.
1865.   Parmi les bibelots, les objets de cuisine,
            Parmi les ustensiles divers, les herbiers,
            L’exemplaire annoté de sa “Flore Bonnier”,
            Qui pour moi figurait comme un trésor caché
            Un symbole authentique de curiosité
1870.   D’un vieil instituteur libre-penseur, athée,
            Ayant bien stipulé “surtout pas de curé”
            Dans un texte curieux qui fut son testament
            Où il parlait un peu de son âme, pourtant...
            Je passais bien des heures à feuilleter
1875.   Quantité de vieux livre poussiéreux, brochés,
            Mais parfois un volume en pleine peau relié,
            Par son propre grand-père, mon aïeul lointain :
            Des “livraisons” achetées au marché de Châlons
            Comme un petit feuillet en faisait la mention,
1880.   Et qui me procura une grande émotion
            Car il avait pour moi la signification
            De ce que j’ai toujours aimé par-dessus tout :
            Le travail d’artisan, qui allie les deux bouts
            De la fabrication : la tête avec la main
1885.   L’invention associée avec le plus grand soin.

§ Mon père

            Mon père ce brave homme au sourire si doux,
            Semblait de moins en moins se soucier de nous.
            Il rentrait fatigué, souvent, de ses chantiers,
            Et de son vieux vélo, un soir il est tombé,
1890.   Une épaule démise et des côtes cassées.
            Ce n’était pas très grave, mais l’immobilité
            N’était pas de nature à le réconforter ;
            Son entrain faiblissait, et ne plus bricoler
            Fut le signe pour lui d’une lente descente
1895.   Dans le gris de l’ennui, et la mauvaise pente,
            Pour lui qui, jusqu’alors, chaque jour, en rentrant,
            Allait dans le sous-sol clouant, sciant, limant.
            Et même la moto dont le moteur était
            En trente six morceaux, démonté, et dormait
1900.   Sans être réparé, et depuis si longtemps...
            Depuis que tous les deux, en allant à “Fère-Champ”,
            Nous avions dû stopper, avec la roue bloquée !
            Un camion pour finir nous avions dû héler,
            Et rejoindre ma mère déjà arrivée
1905.   Bien avant nous avec la voiture ; un poussoir
            De soupape cassé, cause de nos déboires,
            Avait fait exploser le piston, la culasse,
            Encore que nous n’ayons nous-mêmes pas de casse !
            Cette désaffection de ce qu’il aimait tant
1910.   Ne nous échappait pas à nous autres enfants,
            Et donnait certes bien du souci à ma mère
            Qui ne nous disait rien, mais regardait mon père,
            Avec dans ses yeux bleus une grande tristesse,
            À mon frère petit prodiguant ses caresses.