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SOMMAIRE

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1956  : Un mariage, une naissance

SYNOPSIS :

§ Mariage et retour au Collège... § Passer le Bac II § «  Lorsque l’enfant paraît... »

§ Mariage et retour au Collège...

            Il faut être sérieux quand on a dix-huit ans.

            Ma mère résignée fit publier les bans.
3600.   Le quatre février de l’an cinquante-six
            Eut lieu devant le maire la cérémonie.
            On nous fit une alcôve dans le logement
            De Champigny, qui n’était pas très grand.
            Je fis une visite fort protocolaire
3605.   Au Directeur de l’établissement scolaire,
            Ce Collège où j’avais étudié autrefois,
            Pour requérir de lui, qu’il m’accorde le droit
            De m’inscrire à nouveau pour préparer le bac...
            Il m’en souvient fort bien : victime d’une attaque,
3610.   Il me reçut, tête bandée, comme un Argan,
            Et malgré son état, fut pour moi complaisant :
            Il m’avait reconnu, malgré sa pauvre tête,
            Et signa en tremblant le papier à en-tête
            Valant dérogation — car un homme marié,
3615.   Selon le règlement, ne pouvait étudier
            Dans son Collège, me dit-il, en souriant...
            Je lui dois un hommage qu’ici je lui rends !

            Ce mois de février fut digne des annales
            Tant il y a fait froid : l’eau gelée du canal
3620.   Et le verglas partout sur les routes neigeuses
            Rendaient évidemment ô combien périlleuse
            Toute circulation ; mais je devais pourtant
            Aller à Reims, et quel que soit le temps,
            Pour finir une année déjà bien compromise,
3625.   Et tout atermoiement n’eût pas été de mise.
            J’eus l’idée d’adapter un système au “Vespa”
            Lequel me permettait d’affronter le verglas :
            Deux vieux montants de chaise que j’avais fixés
            Après bien des essais, et de chaque côté
3630.   Du tablier faisaient un peu comme des skis,
            Et quand je dérapais, je parvenais ainsi
            À éviter la chute... La conduite était
            Quelque peu délicate, mais ça m’amusait !

§ Passer le Bac II

            En classe de “SciencEx” j’avais été placé,
3635.   Et l’on m’y regarda comme curiosité...
            Mais si j’écrivis moins de poèmes transis,
            Je me suis passionné en physique-chimie :
            Les “moles” associées avec Avogadro,
            M’ouvraient des horizons qui n’étaient pas nouveaux
3640.   Mais dont je ne savais que les linéaments,
            Et le prof’ je crois bien, de moi était content.
            Et d’ailleurs celui-ci eut l’idée lumineuse
            D’un voyage jusqu’en la vallée de Chevreuse
            Nous faire visiter le site de Saclay !
3645.   C’était l’époque où le réacteur divergeait
            Le premier qui ne soit soumis aux militaires...
            Et qui ne soit conçu comme une arme de guerre !
            Nous avons visité la “piscine” d’eau bleue,
            C’était pour moi un monde des plus merveilleux !
3650.   Trente cinq ans plus tard, alors que je venais
            Enseigner “l’assembleur” aux cadres de Saclay,
            Déguisé cette fois un peu en cosmonaute,
            J’ai pu revoir cette eau bleue si phosphorescente
            Et non sans émotion, parcourir en mémoire
3655.   Le chemin sinueux que fut ma propre histoire,
            Entre littérature et science, et en plusieurs pays...
            Et j’ai plaisir à voir que ce n’est pas fini,
            Puisque de ce poème-fleuve qui précède
            Je reprends donc le cours, après cet intermède !

3660.   J’aimais beaucoup les sciences, mais craignant les maths,
            Je pris la décision de faire l’acrobate,
            Et de m’inscrire au Bac en section de Philo
            Alors que ce n’était pas prévu au tableau...
            Je dus plaider ma cause par lettre au Recteur,
3665.   En obtenant de Sylvain Zac, mon professeur
            Une dérogation, pour changer de section !
            Je passai les épreuves, avec un cinq en maths
            Mais dix-huit en philo et sans faire d’épate,
            À l’oral je séchai au tableau, en algèbre,
3670.   Mais je pus éviter la descente aux ténèbres,
            En discourant un peu sur Marx et sur Hegel...
            Et j’obtins mon diplôme — la partie fut belle !

§ «  Lorsque l’enfant paraît... »

            Et le terme arriva, les mois avaient passé  :
            Une petite fille de l’amour est née,
3675.   Mignonne comme tout, un air très éveillé !
            Mais si la mère était fière de son bébé,
            Le père se sentait un poids sur les épaules :
            Heureux événement ! — Mais ce n’était pas drôle
            D’envisager la suite : il me fallait trouver
3680.   Au plus vite un emploi, pouvoir nous installer,
            Autrement qu’en vivant aux crochets de ma mère !
            Cette situation devait être éphémère...
            À défaut de poète, j’avais bien rêvé
            De pouvoir enseigner à l’Université ;
3685.   Mais puisqu’il me fallait travailler tout de suite,
            Il ne me restait plus qu’à devenir Instit’ !
            Je fis une demande, arguant d’avoir été
            À l’École Normale, même l’ayant quittée
            Avant le temps prévu, et je fus donc nommé
3690.   A Francheville-sur-Moivre, pour la rentrée,
            Comme Instituteur remplaçant, en attendant
            D’intégrer pour de bon le corps des enseignants.
            Ce fut pour moi réconfortant ; mais la maman
            N’avait pas très envie de quitter ses parents
3695.   Et s’en aller au loin, vivre en ce trou perdu
            Et perdre son emploi, récemment obtenu...