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SOMMAIRE

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AGADIR - II

SYNOPSIS :

§ Des amis § Omar Khayyam § L’arabe, les langues § Cheval et fantasia § l’”Enduro” du Souss § Aéro-club § “Lâché” ! § Frayeurs... § Ma thèse § Le CAPES de Mireille § À Villocette § Contrat rompu ! § Un espoir... § ... et quelle déception !

§ Des amis

            Aussitôt arrivé, je m’étais fabriqué
7830.   Un tableau sur lequel je pouvais gribouiller
            Les phrases dans lesquelles je tentais d’apprendre
            L’arabe littéraire, lequel, à tout prendre,
            M’intéressait bien plus que les parlers locaux...
            Mais quand, allant au souk, je tentai quelques mots
7835.   Au regard ahuri du vendeur de théières
            J’avais vite compris qu’on était loin du Caire !
            Ce n’était pas le cas de René et de Flo,
            Nos amis qui avaient très vite appris des mots
            Courants, et qui assidûment déjà suivaient
7840.   Des cours pour débutants, qui moi me rebutaient...
            J’avais un jour longtemps parlé avec René
            Rencontré quelque part du côté du café
            Où nous allions souvent, baptisé “Jour et Nuit”
            Je lui avais bien sûr, narré un peu ma vie...
7845.   Et lui de son côté, la leur, en Algérie
            Quelques années plus tôt, comme “coopérants” ;
            Ils étaient venus là avec leur deux enfants,
            Leur fille Blanche était la copine d’Isa,
            Même si à la danse, elles ne manquaient pas
7850.   De se chipoter pour celle qui aurait droit
            À porter les pointes, pour la première fois !
            Ils habitaient tout près d’Agadir, Inezgane ;
            Florence, ses parents étaient venus d’Espagne
            En France après la victoire du Caudillo ;
7855.   Son père, à Barcelone, avait risqué sa peau,
            Et un temps détenu dans le camp d’Argelès,
            Fut travailleur forcé dans cette forteresse,
            Base des sous-marins allemands à Bordeaux,
            Qui demeure aujourd'hui près du “Bassin à flot”,
7860.   Un chancre, une verrue, témoin de cette époque
            Où la France n’était plus qu’une pauvre loque
            Sous la botte allemande, cirée par Pétain !
            Aujourd’hui l’Allemand, devenu Maghrébin
            Musulman de surcroît, s’est installé en douce,
7865.   Après avoir d’abord su imposer sa force
            De façon sanglante, et ce sont nos édiles
            Qui maintenant lui rendent la vie plus facile,
            Déroulant sous ses pas le tapis de prière,
            Et notre soumission... Ne nous laissons pas faire !

§ Omar Khayyam

7870.   Mais à l’époque où nous étions à Agadir
            L’Islam était encore en sommeil, à vrai dire.
            Et l’arabe pour moi, langue si poétique,
            Me distrayait un peu de celle informatique !
            Après avoir longtemps écrit et répété
7875.   Les phrases d’“Assimil” en leur médiocrité,
            J’avais trouvé au souk un livre rapiécé
            D’Omar Khayyam, et s’il m’avait tant captivé,
            C’est que les textes du grand poète persan
            Y figuraient traduits en français, allemand,
7880.   Italien et anglais, espagnol —  et lisant
            Ces diverses versions, je trouvais étonnant
            De voir qu’elles montraient aussi différemment
            Le même poème — du moins prétendument...
            Un jour après mon cours, alors, j’ai demandé
7885.   À quelques étudiants, s’ils voulaient bien m’aider
            À déchiffrer ces vers... Et ils m’ont expliqué
            Pourquoi ces vers étaient en deux parties scindés
            Avec rime intérieure, et qu’il fallait scander
            Spécialement chacune de ces deux moitiés...
7890.   Et puis ci, et puis ça, et en me le lisant,
            D’un seul coup, effaré je me trouvais devant
            Une forme ignorée à mes yeux surgissant,
            Comme si devant moi, allait se déchirant
            Le voile d’Isis soudain, devenu transparent !
7895.   Je comprenais pourquoi toutes les traductions
            Ne pouvaient évoquer cette illumination...

§ L’arabe, les langues

            L’arabe est une langue à nulle autre pareille,
            Un poème endormi — qu’il suffit qu’on réveille,
            Mais c’est aussi pourquoi cette langue est inapte
7900.   À la modernité, même si on l’adapte !
            Tout comme le français avec tous ses accents
            Est à l’informatique inapte absolument...
            Le français est la langue de la suggestion,
            Du discours en sous-main, et de la précaution,
7905.   Du deuxième degré de signification,
            De la plaisanterie saupoudrée d’injonction
            Et s’il ose parfois s’élancer à l’épique,
            C’est pour mieux retomber dans les vers idylliques !
            L’américain, qui est un anglais bas de gamme,
7910.   A mérité pourtant, grâce à ce Walt Whitman
            De figurer pour moi aux côtés de Khayyam !
            Et si Faulkner a su en tirer bien des gammes,
            Sa structure elle-même en fait le véhicule
            Le plus commode dans toutes les ergastules
7915.   Où se mijotent en chaudrons algorithmés
            Les logiciels qui de nos vies vont s’emparer,
            Et dont personne n’est maintenant à l’abri !
            Laissons à chaque langue son propre génie...

§ Cheval et fantasia

            La moto n’était pas vraiment tasse de thé
7920.   Pour Mireille, faisant ça pour m’accompagner ;
            Aux engins mécaniques pétaradants et sales
            Elle préféra vite les pets d’un cheval !
            Il y avait à Agadir deux “Clubs Hippiques”,
            Dont l’un était tenu par la mère énergique
7925.   D’une très grande amie d’Isabelle, Ursula,
            Et Mireille bientôt, choisissant celui-là,
            Devint rapidement passionnée cavalière ,
            Et put y acheter un bon cheval pas cher
            Faisant mentir ainsi le parfait syllogisme !
7930.   Il s’appelait “Polo”, et avec stoïcisme
            Supporta même un peu mes quelques tentatives...
            Mais j’ai trouvé bien vite la bête rétive,
            Préférant de beaucoup la poignée et le frein
            — Celui de la moto, plutôt que celui du bourrin !
7935.   Je laissais donc très vite sa bête à Mireille
            Dont elle obtint des joies à nulle autre pareilles...
            Un jour allant au pas tout le long de la plage,
            Elle vit arriver, lui bouchant le passage,
            De nombreux cavaliers, blancs vêtus, brandissant
7940.   De longs et vieux fusils, et qui, en l’entourant,
            L’invitaient à les suivre, tout en expliquant
            Qu’ils étaient venu là faire un entraînement
            Pour une “fantasia”, donnée prochainement.
            Et Mireille amusée suivit leurs injonctions,
7945.   Galopant et criant, dans les détonations !
            Au fond c’était un peu la version cavalière
            D’une folle équipée, en moto, la première
            À laquelle elle prit part, et la dernière... 

§ l’”Enduro” du Souss

            C’était un “enduro” : nous partions sur la plage
7950.   Une quinzaine au moins, un peu de tous les âges,
            Et nous devions aller jusqu’à Sidi Ifni,
            En traçant notre route, sans rien de précis,
            En traversant le Souss, et tout droit vers le Sud,
            En franchissant du sable et d’infernaux paluds...
7955.   Mireille avait alors sa Yamaha quat’cent :
            Elle était sur la ligne, le moteur tournant ;
            D’autres dames aussi, faisaient groupe avec elle
            Riant des quolibets des machos à bretelles...
            Le coup partit donnant le signal du départ,
7960.   Et toutes les motos font un grand tintamarre !
            Mais à moins de cent mètres, les premières vagues
            De la mer et du Souss cessaient d’être une blague :
            Il fallait bien choisir où se trouvait le gué,
            Et déjà barbotaient plusieurs motos, noyées !
7965.   Mireille était passée, même toute trempée,
            Comme je la suivais, je lui avait montré
            La grande dune qu’il fallait escalader.
            Un instant arrêté souffler dans la bougie
            De quelqu’un m’appelant au secours, une amie,
7970.   Je repartis voyant Mireille sur la pente,
            Et compris qu’elle allait chuter dans la descente
            En fonçant droit... je hurlai, mais en vain !
            Je m’enlisais moi-même, et alors, quand enfin
            J’arrivai au sommet de la dune : plus rien !...
7975.   Où était-elle donc ? Soudain je vis du sable
            Tout en bas, remuer, et l’indéfinissable
            Forme quasi-humaine, d’un casque coiffée,
            Péniblement sortir de son trou encastrée...
            Je mis du temps à faire le tour de la dune,
7980.   Et nous avons bien ri, malgré son infortune !
            Si d’un coté la dune offre une belle pente,
            De l’autre c’est le vide, un saut pour parapente !
            Nous avons réussi à sortir la moto,
            Et en l’époussetant, et suant sang et eau,
7985.   Elle a redémarré, nous voilà repartis...
            Nous n’étions pas encore du sable sortis,
            Que nous apercevons, venant vers nous, au loin,
            Un grand escogriffe, et un bidon à la main...
            En s’approchant on le voit mieux : c’est lui, Michel !
7990.   Tombé en panne sèche, avec la ribambelle
            Des rescapés du sable et de l’eau disparue,
            Il revenait à pied... Après conseil tenu,
            Derrière moi monté, ce qui m’alourdissait,
            Nous sommes repartis, et si je zigzaguais
7995.   Nous avons retrouvé une piste plus dure,
            Et arrivons enfin au bout de l’aventure !
            Mais il était très tard... et tout était fini, 
            Les agapes prévues furent un panini
            Quelques gâteaux... sablés, et une bière tiède
8000.   Mais nous avons quand même eu les honneurs du bled
            Avec quelques youyou et tapes dans le dos...
            Il fallait revenir : le goudron était chaud !

§ Aéro-club

            Depuis toujours j’avais rêvé d’être aviateur ;
            Un rêve de gamin, bien loin d’instituteur...
8005.   Ici, à Agadir, était un professeur
            Jean-Pierre, qui avait le grade d’instructeur
            À l’aéroclub, et pilote de voltige,
            Il commandait aussi l’équipe de prestige
            Du royaume marocain ; pour lui l’aviation
8010.   Était toute sa vie, il avait son avion,
            Et passait ses vacances tout au bout des pistes...
            Il portait des “Ray-Ban”, et ce n’était pas triste
            De l’entendre conter ses exploits dans les airs ;
            C’est vraiment grâce à lui qu’enfin j’ai osé faire
8015.   Ce qu’ailleurs je n’avais jamais osé tenter :
            Sur un petit avion, apprendre à piloter !
            Je fus donc introduit auprès du chef-pilote,
            Je remplis des papiers, après quelques parlotes,
            Et comme médecin, Pierre me délivra
8020.   En bonne et due forme ledit certificat
            D’aptitude au pilotage d’avions privés,
            Et je pus donc enfin, après ça, commencer.
            L’avion était celui du club, le seul d’ailleurs,
            Un “Cessna 150”, qui avait des heures
8025.   À son actif déjà, pas très puissant, mais fiable,
            Et il m’a procuré des joies inoubliables.
            J’ai avalé d’abord deux ou trois manuels,
            Et un beau jour enfin arriva la nouvelle
            Que je ferai mon premier vol, avec Jean-Pierre,
8030.   Et je montai à bord : je n’étais pas peu fier,
            Mais très impressionné aussi, je dois le dire...
            Le décollage, en soi, n’est pas vraiment le pire :
            On met les gaz et quand on est bien “dans les tours”
            On tire un peu le manche à soi, on voit “la Tour”
8035.   Qui peu à peu descend, et l’horizon bascule,
            Les hangars rapetissent, se font ridicules,
            Puis on ne voit plus rien que l’hélice — et le ciel !
            Jean-Pierre m’apprenait peu à peu les ficelles
            Du métier... mais parfois riait, à mes dépens :
8040.   Il me faisait monter, et verticalement
            Jusqu’au point où l’avion “décroche”, et redescend
            En vrille, d’un seul coup, c’est très impressionnant !
            Ou bien il me coupait le contact en riant
            Et me disait : «  À toi de jouer maintenant ! »
8045.   Et je devais trouver, parmi les arganiers
            Un endroit un peu grand où pouvoir me poser...
            Et toujours je voyais un chameau, un pylône,
            Là où je croyais bien avoir trouvé la zone
            Où je pourrais toucher le sol sans rien casser...
8050.   Mais au dernier moment, il remettait la clé,
            Il me prenait le manche, avec les gaz à fond,
            Et on redécollait, en rasant les buissons
            Faisant fuir les troupeaux de chèvres affolées :
            On n’avait pas le droit du tout, de se poser !
8055.   Atterrir demandait beaucoup plus d’attention
            Que pour le décollage : car la position
            Devait être indiquée à “la Tour”, et se mettre
            En ligne avec la piste, je dois reconnaître
            Que longtemps cela fut pour moi une gageüre !
8060.   Ensuite les “volets”, augmentant la voilure
            Et avec précaution, réduire un peu les tours,
            Enfin tirer doucement sur le manche, pour
            Joliment “arrondir” la courbe de descente...
            Jusqu’à ce que les roues touchent et que l’on sente
8065.   Soudain la terre ferme, et rouler au hangar,
            Descendre, et on se sent toujours un peu bizarre,
            D’être à nouveau bipède, traînant sur le sol !
            On note les minutes, les heures de vol...

§ “Lâché” !

            Un jour, après beaucoup d’heures de ce manège,
8070.   Je venais de monter et m’attacher au siège,
            Quand Jean-Pierre me dit : «  Maintenant c’est à toi ! »
            Et au lieu de monter encore près de moi
            Il me fit signe de partir — interloqué,
            Et un peu paniqué, je me suis récité
8075.   Les manoeuvres apprises, et j’ai décollé !

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À droite, le mot “LÂCHÉ”. Premier vol seul à bord, le 5 mars 1979.

            Une fois que je fus installé en palier,
            Je fus pris de fou-rire et de jubilation,
            Me disant «  Cette fois, c’est bien moi le patron ! »
            Il ne pourra plus me jouer ses tours sadiques,
8080.   Jean-Pierre, — et c’était vraiment un instant magique :
            Je voyais défiler au dessous le rivage,
            La mer était verte et scintillait, et la plage
            Me donnait envie de descendre, pour mieux voir
            Si je reconnaissais quelqu'un, pour tirer gloire
8085.   De montrer que je volais — oui, mais en avion
            On ne peut jamais trop ralentir pour de bon,
            Sauf à poser les roues... je devais remonter
            D’autant que de “la Tour” on m’avait demandé :
            «  Echo-Victor, votre altitude et position ? 
8090.   Un trafic à mille pieds, faites donc attention ! »
            Je me mis à tourner pendant un temps très long
            Avant de voir passer un de ces gros poissons
            Juste au-dessus de moi, et j’en eus des frissons !

            Comme j’étais “lâché”, je saisis l’occasion
8095.   Un jour que Mireille devait être à cheval
            Dans la zone déserte au long du littoral,
            Vers le sud, je mis donc le cap de ce côté ;
            Quand je l’eus aperçue, je me suis amusé
            A lui dire bonjour en battant de mes ailes :
8100.   Manche à droite et palonnier un peu, rien de tel
            Pour plonger sur une aile, et puis d’inverser ça,
            Alors depuis le sol on me remarquera !
            Mireille au bruit de l’avion m’avait vu,
            Et me fit signe, répondant à mon salut...

§ Frayeurs...

8105.   Un autre jour j’étais parti me promener,
            Suivant la côte vers le sud, émerveillé
            De ces rouleaux majestueux comme brisés,
            Cette blancheur liquide, à l’ocre des rochers,
            Quand soudain, comme il est fréquent en ces régions,
8110.   Une brume de mer envahit l’horizon !
            J’allais entrer dedans — et je volais à vue :
            Le “Cessna” n’avait pas pour ça été prévu,
            N’ayant pour me guider que “compas” et “alti”...
            Mon sang ne fit qu’un tour, et je pris le parti
8115.   De revenir bien vite vers l’aéroport
            Mais faire demi-tour demande des efforts
            Et prend un peu de temps, qui suffit à la brume
            Pour se jouer de moi, qui n’était qu’une plume
            Prise dans les secousses de ses tourbillons !
8120.   Je savais qu’en ce cas même la direction
            Qu’indique le compas ne me renseignait pas
            Sur mon inclinaison, et qu’ignorant cela
            Je risquais d’atterrir pour finir, de guingois,
            Sur une aile penché, et de “casser du bois” !
8125.   Mais fort heureusement comme je descendais
            En finale ainsi que “la Tour” me l’indiquait,
            Soudain un trou se fit dans la brume, et le ciel
            Apparut, et la piste, et les hangars, et mes ailes
            Un peu de biais, c’est vrai, je pus les corriger,
8130.   À temps, et la sueur au front, me suis posé !

            De ces expériences j’ai eu du plaisir,
            Et aussi des angoisses, mais pour en finir,
            Je n’ai jamais trouvé ce que j’avais cherché
            Comme je l’avais cru : une vraie liberté...
8135.   Je devais tout d’abord fournir un “plan de vol”
            Et quand j’étais là-haut, c’était la camisole
            Des ordres de “la Tour”, ce qui me contraignait :
            Je ne pouvais donc pas aller où je voulais !
            J’avais le sentiment d’être au bout du cordon
8140.   Que gamin j’attachais au pauvre hanneton
            Pour le faire voler tout à ma guise, en rond,
            J’étais un cerf-volant, même dans mon avion !

§ Ma thèse

            Mais avec tout cela, moto et piloter,
            J’avais un peu laissé ma thèse de côté.
8145.   Je décidai de m’y remettre : il me fallait
            Taper encore à la machine, car j’avais
            Tant de choses déjà faites comme cela...
            Et d’ailleurs, à l’époque, l’“Apple” n’était pas
            Encore à même de remplir cette fonction :
8150.   Pas d’imprimante encore, et de toutes façons,
            La sauvegarde était bien trop aléatoire :
            Les disquettes ne sont apparues que plus tard.
            Je me suis bricolé alors une tablette
            Installée à l’arrière de notre “Estafette”.
8155.   Et quand nous allions à la plage, au “dix-sept”,
            Je tapais là le “Chevalier de la Charrette”,
            Avec l’arrière grand ouvert, voyant la mer...
            C’était une façon assez peu ordinaire
            De travailler, qui m’attirait plaisanteries,
8160.   Mais pour faire le scribe, et de la recopie,
            Je trouvais mon “scriptorium” roulant agréable
            Et à celui des moines nettement préférable !

            En soixante-dix neuf, je m’en fus à Paris,
            Pour aller “soutenir” ma thèse, comme on dit ;
8165.   C’était pour moi vraiment une belle occasion
            Pour la première fois, voyager en avion !
            J’étais un peu crispé, je n’étais pas à l’aise
            Dans ces cérémonies que je trouvais niaises...
            Je dus faire l’achat de costume-cravate,
8170.   Et ma tante Suzette, requise à la hâte,
            Eut l’amabilité d’y faire les retouches ;
            Il n’était plus question de tongs ou de babouches :
            Je dus même acheter des souliers vernissés ;
            Dans cet accoutrement je me sentais gêné,
8175.   Mais la séance eut lieu sans le moindre public,
            À part quelques curieux ou quelques nostalgiques :
            C’était à la Sorbonne, il me semble, un amphi
            Sentant le bois ciré et l’odeur du génie
            De tous ceux qui l’avaient, avant moi, fréquenté.
8180.   Le Jury fut affable, il était composé
            De Chaurand, Bianciotto, et de Claude Régnier ;
            Je fus donc après la discussion «  proclamé
            Docteur en Linguistique à l’Université
            Avec mention très bien, à l’unanimité. »

8185.   Je serais bien parti aussitôt, par ma foi !
            Mais les usages font que l’impétrant se doit
            D’inviter le jury pour le dédommager
            Du travail qu’il a fait et pour le remercier...
            M’étant un peu renseigné, j’avais retenu
8190.   Une grande table, dans un resto connu,
            Répondant au doux nom des “Noces de Jeannette”
            Dans une ambiance chic et des plus désuètes...
            Le champagne bientôt heureusement permit
            Au-delà des raideurs de la cérémonie,
8195.   De parler un peu vrai ; et Régnier, bourguignon
            Nous tenait des discours sentant le vigneron !
            Il était truculent cet homme et son accent...
            J’avais pu grâce à lui lire “Les Aliscans”,
            Il était très ami aussi avec Chaurand.
8200.   Le repas ne fut pas, je le craignais pourtant,
            Guindé mais bien plutôt genre “franches lippées”,
            Et de ce fait je n’ai pas vraiment regretté
            La somme rondelette que j’ai déboursée !
            Je suis vite rentré à Agadir ensoleillé
8205.   Quittant le froid brumeux de novembre à Paris
            Le jour de mes quarante-deux ans bien remplis !

§ Le CAPES de Mireille

            De son côté Mireille avait pu “potasser”
            Le CAPES ; et l’écrit réussi, à Paris est allée
            Pour y passer l’oral, où elle a su briller...
8210.   Il ne lui restait plus qu’une épreuve à passer
            En classe, devant un Inspecteur “en mission”,
            Envoyé pour cela, frais payés, par avion,
            Une aubaine en général très recherchée,
            Surtout quand le pays est un peu éloigné
8215.   Et que l’on peut y joindre, assurément, l’utile
            À l’agréable, et même l’austère au futile...
            Un beau jour donc advint, “missi dominici”
            Un Inspecteur venu spécial’ment de Paris
            Pour voir comment faisait Mireille dans son cours,
8220.   Pour réussir à faire lire, et quels détours
            Il lui fallait user pour pouvoir enseigner
            Devant des marocains le bonnet sur le nez...
            Comme il avait aussi, cumulant les missions,
            Dans notre “CPR”, à faire une inspection,
8225.   Il nous fut présenté, à la récréation,
            Et je vis devant moi — oui ! — Monsieur Castillon !
            Celui à qui j’avais, dans ma première vie,
            Joué un tour pendable dans une copie !
            Je restai bouche bée un instant et je vis,
8230.   Qu’il me reconnaissait, et alors je lui dis :
            «  Vous, Monsieur Castillon...Alors ça !  Vous ici...
            Vous avez donc franchi la barrière aussi,
            Et vous êtes passé — vous ! — de l’autre côté ? »
            Il détourna la tête et sans mot ajouter,
8235.   Avec le Directeur, il a continué.
            Je n’en revenais pas, et j’étais mortifié :
            Lui ! Un si bel esprit ! Un terrible critique
            De tout ce qui était un peu trop hiérarchique,
            Devenu le suppôt de l’administration !
8240.   C’était pour moi une triste désillusion...
            Mais une fois de plus, et non pas la dernière,
            J’avais dit ma pensée, — ce n’est pas chose à faire !
            Dans l’entrevue qu’ensuite elle a eue avec lui,
            Mireille l’a trouvé sévère ; et elle a bien senti
8245.   Qu’il s’en fallait de peu qu’il ne se soit vengé
            En refusant que son CAPES soit validé...

§ À Villocette

            Quand arrivait l’été, nous repartions en France ;
            Nous aurions pu rester, mais pendant les vacances
            Le “chergui” quelquefois soufflait du Sahara :
8250.   La chaleur qu’on avait appréciée jusque-là
            Soudain se transformait en braise insupportable...
            Nous l’avons éprouvée une fois, incapables
            De partir tout de suite, pour cause de visites,
            Espérant que ce serait fini au plus vite
8255.   Avant que les visiteurs ne viennent ici,
            Car pour eux c’eût été un terrible souci !
            Nous allions donc prendre le frais à Villocette
            Comme d’autres l’hiver allaient à la Croisette
            Pour y trouver soleil, et eau tiède, et farniente ;
8260.   Mais pour nous le voyage signifiait l’attente,
            Car la route était longue et le fourgon rempli
            De tapis, de bouquins, de vases marocains...
            Au bout de deux années nous avons pu enfin
            Revendre l’Estafette, en France, à des cousins,
8265.   Et avec la “Cx” nous nous promettions bien
            De faire cette fois comme de vrais touristes
            Dans les “paradores” et non plus sur les pistes ;
            Mais comme son nom précisément l’indique
            Cette voiture était aérodynamique,
8270.   Au point que même toutes les vitres baissées,
            Aucun air ne pouvait venir nous caresser,
            Et qu’en Andalousie, ou même en Aveyron,
            C’était une fournaise, et de transpiration
            Nous arrivions trempés, à la fin du voyage !
8275.   Mais dans la Creuse enfin, nous avions des nuages,
            Et même de la pluie, qui au début du moins
            Nous semblait délicieuse, ensuite beaucoup moins...

            Au fil de ces années nous avons arrangé
            Un peu notre maison : l’eau étant arrivée
8280.   J’ai pu abandonner la cuve et les tuyaux,
            Et nous avons fait faire quelques gros travaux :
            Installer une douche, cachée sous l’escalier,
            Des toilettes en bas, tout au fond du cellier.
            Nous pouvions maintenant y recevoir des gens :
8285.   Ma mère y est venue, je ne sais plus comment ?
            Peut-être par le train : à l’époque déjà
            Elle n’aurait pas pu arriver jusque-là
            Avec sa 2CV — si elle l’avait encore ?

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            Je retrouvais mes livres avec un grand plaisir,
8290.   Mais ils souffraient beaucoup, commençaient à moisir...
            Une fois installé, au bout de quelques jours,
            J’avais envie de voir un peu les alentours,
            Et nous allions jusqu’à Aubusson bien souvent,
            Car dans ce bourg, au moins, il y avait des gens  !
8295.   Il faut bien dire que la vue de mon bureau
            N’était pas vraiment ce qu’on peut voir de plus beau...
            Et après la lumière et la mer d’Agadir,
            Les pignons de granit me tiraient des soupirs.
            Pour les filles tant qu’elles ont été petites,
8300.   C’était là qu’on faisait des choses inédites :
            Prendre les oeufs des poules, donner aux lapins
            Des fanes de carottes, et suivre la Colette,
            Atteler la jument, monter dans la charrette,
            Pourchasser les moutons, caresser les chevreaux,
8305.   Dans l’étable le lait qui gicle dans le seau...
            Et puis quand le tracteur fit son apparition,
            C’était à qui irait tenir la direction
            Un instant sous le regard amusé de Louis,
            Et le gros rire de Colette réjouie.
8310.   Quant à nous, nous étions quelque peu en exil :
            Notre vie désormais était à Agadir,
            Et au fond nous étions contents de repartir.
            En traversant la France, et l’Espagne, on sentait
            Que chaque kilomètre en plus nous rapprochait
8315.   De ce qui, pour de bon, était notre “chez nous” :
            Je pensais que nous y resterions jusqu’au bout,
            Jusqu’à notre retraite, et même après peut-être,
            Comme fit notre ami, Vincent, le géomètre...
            Il n’en fut pas ainsi : ce fut un peu ma faute,
8320.   Me comportant un peu en chef des Argonautes
            Me croyant invincible, et vite transpercé
            Par la flèche perfide d’un chef contesté.
            Mais attendez un peu : pour le moment encore,
            Allant à Agadir, nous allions à bon port !

§ Contrat rompu !

8325.   Notre contrat était chaque année, en Janvier,
            Et de façon tacite, d’un an prolongé.
            Mais quand fut arrivé janvier quatre-vingt-un,
            Nous fûmes étonnés de ne recevoir rien...
            Nous avons patienté encore un peu, pourtant,
8330.   Sachant que le courrier, ici, était très lent.
            Ne voyant rien venir, nous avons demandé
            Aux collègues s’ils étaient, eux, renouvelés ?
            Et de fait, ils l’étaient. Dans la désespérance,
            Il nous fallut bientôt nous rendre à l’évidence :
8335.   Ce n’était pas le fait d’un hasard, d’une erreur,
            Mais bel et bien celui de notre Directeur !

            Il est vrai que depuis quelque temps je sentais
            Une animosité de sa part, qui tranchait
            Assez curieusement avec son attitude
8340.   Des premières années ; Ben Khaldoun, c’est son nom,
            Et s’il était, bien sûr, loin d’avoir le renom
            De celui dont il était le falot homonyme
            Il se montra d’abord quelqu’un de magnanime,
            Envers ceux qui pour lui des bouteilles de vin
8345.   Achetaient, se faisant pourvoyeurs clandestins !
            Cela nous amusait, et comme il se montrait
            Nettement francophile, j’étais très satisfait
            D’être dans un établissement marocain
            Dont le patron aimait les femmes, le bon vin,
8350.   Et ressemblait plutôt à un Omar Khayyam
            Se moquant quelque peu des préceptes d’Islam !
            Mais les piliers de la sagesse ne sont pas
            Faits de bouteilles vides ni de matelas ;
            Et la rumeur disait qu’à force d’accidents
8355.   Et de plaintes portées pour des détournements
            Il était quelque peu une sorte d’otage
            Aux mains de la police, et que ses dérapages
            Routiers et amoureux, devaient lui coûter cher
            Car il avait toujours sur le dos, des “affaires”... 
8360.   De mon côté, déçu par son comportement,
            Je me pris un peu trop pour un chevalier blanc ;
            Étant le plus ancien et le seul Agrégé,
            Je me croyais un peu d’armure protégé
            Et je me faisais fort d’aller le contester
8365.   Au nom de tous les autres, et même m’élever
            Contre son attitude envers nos étudiants :
            Nous avions commencé dans des baraquements,
            En attendant que soient commencés les travaux
            D’un établissement tout moderne, tout beau.
8370.   Au bout de quatre années, tout était achevé :
            Chambres des étudiants, et cuivre repoussé
            Des très grandes marmites, pour les cuisiniers.
            Nos étudiants vivaient à plusieurs entassés
            Dans des chambres sordides, et à la rentrée
8375.   Ils croyaient tous pouvoir enfin emménager
            Dans le nouvel établissement terminé !
            Mais rien ne se passa, tout resta comme avant.
            Le Directeur toujours trouvait des arguments
            Pour repousser la date de cette ouverture :
8380.   Je crus bon de lui dire que sa forfaiture
            N’avait que trop duré, il en fut très fâché...
            À quelques mois de là, nous fûmes convoqués
            À l’inauguration, avec des sommités : 
            À cette comédie, je ne suis pas allé...
8385.   Rien de très étonnant si je fus disgracié !

            Mais même en admettant que je sois condamné
            Pour mauvaise conduite, cela n’expliquait pas
            Que Mireille elle aussi soit privée de contrat !
            En colère elle alla, Ben Khaldoun se moqua
8390.   D’elle, disant «  Vous êtes belle comme ça !... »
            On avait décidé de rester malgré tout,
            Se battant pour garder son poste, jusqu’au bout.
            Elle alla à Rabat, rencontra qui de droit ;
            Elle vit un rapport plein de mauvaise foi
8395.   Envoyé tout exprès par notre Directeur :
            Qui faisait d’elle-même un portrait peu flatteur,
            Prétendant qu’elle était en retard à ses cours
            Et les mains dans les poches, en traversant la cour !
            On lui dit que c’était un peu n’importe quoi,
8400.   Qu’il n’y avait pas là motif à un renvoi !
            Mireille est revenue toute réconfortée...
            Mais jamais une ligne ne fut envoyée,
            Et elle eut beau téléphoner, téléphoner,
            Elle a dû reconnaître avoir été flouée !
8405.   Nos collègues, devant ce qui nous arrivait,
            Compatissaient, bien entendu, mais n’en pensaient
            Pas moins : « Il l’a bien tout de même un peu cherché... 
            Avec son perpétuel besoin de provoquer ! »
            J’avais tenté de faire appel au syndicat,
8410.   Mais son représentant avait un profil bas :
            Tout le monde savait qu’avec le Directeur
            De certaines denrées il était amateur...

§ Un espoir...

            Un seul de nos amis eut une idée valable :
            Puisque c’était joué, et irrécupérable,
8415.   Il fallait regarder ailleurs, et envoyer
            Au Ministère français un solide dossier
            Présentant, en informatique, mes travaux :
            Il connaissait le nom d’un grand ponte là-haut
            Que cela pourrait bien, quand même, intéresser.
8420.   Il fit si bien que j’en vins à me résigner,
            Et que je collectai, arrangeai, présentai
            Tout ce que pour l’arabe autrefois j’avais fait,
            Et le mini-tableur aussi, et mes quelques essais
            De jeux éducatifs... et enfin envoyai
8425.   Tout cela à l’adresse d’un certain Treffel
            Qui avait son bureau dans la rue de Grenelle.
            Puis je n’y pensai plus : nous étions à fin mai
            Et c’était le départ qui déjà nous hantait...
            Il nous fallait songer à faire des dossiers
8430.   Pour demander des postes pas trop éloignés
            L’un de l’autre, sachant que dans les rectorats
            Les gens de l’étranger sont ceux qu’on n’aime pas
            La jalousie rendant aigre les secrétaires
            Celles ou ceux qui font, de fait, les carrières,
8435.   Selon qu’on met dessus ou dessous vos dossiers,
            Quand le Grand Chef pressé vient enfin pour signer...
            Et d’avoir attendu, d’avoir cru les sirènes,
            Nous étions en retard : deux jours restaient à peine,
            Et nous voulions, bien sûr, respecter les délais !
8440.   Nous avons pris l’avion, en hâte, pour Rabat,
            Et le soir à l’hôtel, nous n’en finissions pas,
            Une carte de France étalée, et la liste,
            Des postes à pourvoir, c’était surréaliste :
            Nous avons désigné, presque les yeux fermés
8445.   Et en pointant du doigt, les régions où aller :
            Nous avons donc un peu été parachutés
            En fin de compte, comme des rapatriés !
            Rentrés à Agadir, sur la paye de mai,
            Nous avons constaté que deux jours nous manquaient.
8450.   Bien que nous ayons fait, en règle, une demande
            De congé, c’était bien là une réprimande
            De plus du Directeur... Et un tel procédé
            Suffisait à mes yeux pour qu’il soit méprisé.
            Mais peu après m’arrive une lettre du nom
8455.   Du Ministère, que j’ouvre sans illusions...
            Et voilà que soudain je me sens transporté
            Comme en lévitation, comme ressuscité !
            Les termes en sont tels que je crois me tromper,
            Et la relis deux fois ; Mireille d’acquiescer :
8460.   “On” a pris au sérieux ce que je présentais !
            “On” me laisse entrevoir plus que je n’espérais !

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            Maintenant je pouvais affronter tête haute
            Tous les préparatifs de départ ; et la faute
            Dont un être médiocre me rendait coupable
8465.   Allait donc me donner une place à la table
            Sinon des dieux, du moins de ceux qui traceraient
            Les lignes du futur numérique, et feraient
            Tout pour que la machine soit à l’encrier
            Comme l’imprimerie fut aux gratte-papier !
8470.   J’allais participer à la révolution
            Du savoir, et même de nos institutions...
            À défaut du “Grand Soir”, ce serait le “Matin
            Des magiciens” du binaire, nouveau parchemin,
            Où désormais allait s’écrire notre Histoire !
8475.   Mais ce qui m’attendait, ce n’était que déboires...

§ ... et quelle déception !

            Les vacances venues, je filai à Paris.
            J’allai au Ministère, rendez-vous étant pris.
            Après avoir bien sûr attendu très longtemps,
            On me fit pénétrer dans un bureau très grand
8480.   Mais rempli de cartons, de dossiers empilés...
            L’homme en face de moi, au sourire attristé,
            Me fit des compliments, mais s’excusa bien vite :
            Il ne pouvait vraiment, pour l’instant, donner suite
            À ce qu’il m’avait dit ; il me fallait d’abord
8485.   Suivre un stage, en septembre, et seulement alors,
            Je pourrai postuler pour une affectation
            Dans une “structure de coordination”.
            Ses propos étaient vagues, son air fatigué,
            Il fuyait mon regard, tripotait des papiers...
8490.   Nanti d’un gros dossier, je sorti ahuri :
            Je me demandais bien si c’était celui-ci
            On bien un imposteur, un quelconque sosie
            Que j’avais rencontré, — ce qui était écrit
            Étant si différent de ce qu’il m’avait dit !
8495.   Je fus un long moment, dans la rue, un “zombie”...

            Les mois ayant passé, le retour achevé,
            Je fis à Aix le stage où je fus envoyé,
            Où je m’ennuyai ferme, et n’appris rien du tout :
            Les gens qui étaient là et venaient de partout
8500.   N’avaient jamais encore tâté du clavier,
            Découvraient le “Basic” avec curiosité...
            Le “formateur” n’étant pas du genre sévère,
            J’obtins de lui au moins que l’on me laissât faire
            Et ayant amené avec moi l’Apple II,
8505.   Travaillant dans mon coin, je fus moins malheureux.
            Le stage terminé, de nouveau j’attendais,
            La prétendue affectation — rien ne venait,
            Et jamais plus je n’obtenais au téléphone
            Celui que j’avais vu, mais une autre personne,
8510.   Qui ne me connaissait ni d’Ève ni d’Adam
            Et qui se répétait sans cesse, me disant
            Qu’il me fallait attendre, et faire la rentrée
            Ce qui sonnait le glas de ma vie tant rêvée !
            Et de fait, rien ne vint, j’eus beau guetter La Poste :
8515.   La rentrée arriva, je dus prendre mon poste...

            Ce n’est que bien plus tard que je compris pourquoi
            Celui qui me reçut m’avait battu si froid :
            Entre le douze juin, la date de sa lettre,
            Et le jour de juillet où je me fis connaître,
8520.   Mitterand Président prit des hommes nouveaux !
            Les cartons, les paquets emplissant son bureau
            Témoignaient de son sort : ayant été démis
            Il ne pouvait plus rien de ce qu’il avait dit !
            J’eusse pu pardonner, disant la vérité ;
8525.   Je n’ai pas oublié sa malhonnêteté.