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CHANT 10

Au moment de partir, les Allemands arrivent
Sur des motos, et des fusils en bandoulière ;
« ’Raus, schnell ! » hurlent-ils — même sans dictionnaire,
Nous avons bien compris, leurs gestes nous suffisent.

Au bout de quatre jours, et sans passer la Loire,
Voilà donc où s’achèvera notre Odyssée ;
Notre Ithaque lointaine maintenant occupée
Par tous ces prétendants, nous voulons la revoir.

Mais le chemin est long revenant sur nos pas :
Les routes sont trouées d’obus et la cohue
Alors, dans les deux sens, est à perte de vue ;
La Peugeot hoquetante ne démarre pas.

Il faut aller chercher du secours à vélo
Raymond le plus vaillant déniche un atelier
Pas de mécanicien mais c’est un bourrelier
Qui le pignon décoince à grands coups de marteau !

Nous voilà repartis, mais maintenant la “Zèbre”
Est allée s’enfoncer dans un profond fossé...
Le facétieux cousin aux blagues très célèbres,
Laissé seul un instant, a tiré un levier !

Les boeufs ni les chevaux ici ne manquent pas,
Un charretier aimable a fait la dépanneuse ;
Le cousin sermonné fait la tête piteuse
Mais avec les soucis d’essence — on oublie ça.

Pour dormir nous ne sommes plus très bienvenus :
Trop de gens vont cherchant un peu de pain, de l’eau,
Les granges sont souvent comme prises d’assaut
Par cette armée errante où rien ne compte plus

Que manger et dormir et que la guerre cesse !
Prenant un raccourci, ma mère en sa détresse
Dans un virage fait soudain une embardée,
Et voilà la Peugeot dans le talus plantée !

D’aimables connaissances en nous voyant ainsi
Sont venues nous aider et nous en ont tiré.
Si la tôle abîmée nous permet d’avancer
Le moteur, lui, refuse toujours de tourner.

C'est par des boeufs tirés que nous rentrons enfin,
De ce navrant périple supporté pour rien !
Et tout le monde, “au poste”, alors, entend Pétain,
Et c’est la croix gammée, le salut hitlérien...

Nous n’avons pas connu “l’homme du 18 Juin” !