prev

SOMMAIRE

prev

CHANT 11

Nous avions, les enfants, nos petits sacs tout prêts
Avec rangés dedans nos objets précieux ;
Pour moi des billes, des couleurs, de petits jeux,
Une auto miniature que je chérissais.

Un soir comme les bombes tombaient sur la gare,
Maman a dit : « Vite ! Dépéchez-vous, on va
Dans l’abri, chez Magot, on ne reste pas là ! »
Nous avons pris nos sacs, et filé dare-dare.

Il fallait traverser la Place, il faisait nuit,
Mais les balles traçantes faisaient des merveilles...
« Guy ne reste pas là, à bailler aux corneilles ! »
Mon père m’attrapa, je courus avec lui.

L’abri avait été creusé par le Père Binter,
Monsieur Magot, mon Maître d'école, et mon père.
Nous étions là-dedans comme des troglodytes
Des hommes des cavernes, et je m’ennuyais vite !

La lumière était faible : une lampe à pétrole
Dont on réglait la mèche le plus bas possible ;
Les parents parlaient peu on écoutait le bruit
Des canons et des bombes très loin, dans la nuit.

J’avais peur de mourir étouffé là-dedans,
J’aurais voulu sortir et courir au grand air ;
Je trépignais beaucoup mais on me faisait taire,
Et on a dû attendre longtemps, très lontemps.

Bien plus tard j’ai appris que le cousin André,
Que la gendarmerie était venue chercher
Pour l’envoyer au loin travailler pour le Reich
Avait péri dans un abri, coincé dans une brèche

Ouverte par les bombes des avions alliés
Et brûlé vif enfin sans pouvoir s’échapper
Avec tous ceux du STO, à Schweinfurt ;
Et aux jeunes Français dont la mémoire est courte

Je voudrais dire ici qu’André n’était pas juif,
Ni même communiste, et pas un maquisard
Seulement un jeune homme emmené au hasard
Et dans mon souvenir c’est une plaie à vif.