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SOMMAIRE

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CHANT 12

C’était en mil neuf cent quarante sept, pour moi :
Le Collège où j’étais entré pour la sixième
À Reims, était célèbre à l’époque, je crois :
Les “alliés” rieurs et les allemands blèmes

Deux ans auparavant s’y étaient rencontrés
Et l’armistice enfin avait été signé.
Je n’étais pas content car c’était au Lycée,
Que premier du Concours, j’aurais voulu aller.

Je rêvais de latin et de grec, d’hémistiches,
Mais ma mère m’a dit : « non, ce n’est pas pour nous !
Le Lycée c’est l’école faite pour les riches... 
Tu iras au Collège, mon fils, voilà tout. »

Le jour de la rentrée dans la bâtisse rouge,
On nous a fait en rangs longuement aligner ;
Des professeurs passaient avec de gros cahiers
À l’appel de nos noms, il fallait qu’on se bouge

Pour rejoindre le cours d’anglais ou d’allemand.
J’avais choisi l’anglais puisqu’un américain
M’avait appris des mots et que je l’aimais bien  !
Mais la file de ceux qui feraient allemand

Était beaucoup trop courte... alors le germaniste,
Est passé près de nous en demandant nos noms.
« Mais je connais ton frère  ! Tu vas suivre sa piste,
Allemand tu feras, tu ne peux dire non  ! »

Voilà comment se fit contre mon gré, le choix.
Mais je fus bon élève, et tous les “verbes forts”
Je les savais par cœur, et je les sais encore  !
Mais le soir, dans mon lit j’ouvrais, non sans émoi,

Le livre que m’avait donné le sergent galonné,
Et que je traduisais, avec mon dictionnaire,
Butant à chaque mot, sans me décourager...
Puis je lus, sans comprendre, en un plaisir pervers

Ce gros livre relié, plusieurs fois, jusqu’au bout !
Je l’ai trouvé plus tard d’occasion, sur le net,
Et l’ayant acheté, il m’amusa beaucoup,
De voir qu’il s’agissait d’un homme pas très net :

Un héros pour certain, pour d’autres un assassin,
John Brown — sa “bio” quand j’étais un gamin
Ne pouvait rien me dire, à moi le champenois  !

Mais faute de latin, c’était ma langue à moi !