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CHANT 14

En ce temps-là l’École, qu’on disait “Normale”
Mais qui n’était pas celle nommée “Supérieure”,
Celle bien plus modeste des “Instituteurs”,
Était sise à Châlons-sur-Marne — bien banale.

Pourtant nos bâtiments ne manquaient pas d’allure :
Ils conservaient encore la trace en arcatures
D’une ancienne abbaye, au moins pour le portail,
Nous y vivions un peu comme dans un sérail.

Un recoin pour chacun dans un très grand dortoir,
La “galerie” à balayer tous les matins,
Une cour bitumée, mais avec un jardin
Où nous avions des cours avec des arrosoirs.

L’ambiance était studieuse, avec beaucoup de rires.
Mais le soir il nous était interdit de lire,
Nous avions donc creusé, tout comme des forçats,
Un orifice caché, dans un mur, en bas,

Par lequel nous passions, quand tout était éteint,
Pour nous y retrouver, parfois à quelques-uns,
Et travailler très tard, avec de l’éclairage,
Ou écouter des disques, sans trop de tapage.

Il y avait aussi Sa Majesté le “Mur”,
Et les traces sur lui laissées par les chaussures,
De tous ceux qui le soir, voulaient aller “en ville”
En se jouant d’un interdit que nous jugions “débile”.

Un jour pour un devoir devant faire parler
Ronsard et Du Bellay, j’ai écrit cinq cents vers
Trouvés par moi dans un bouquin mangé aux vers
Disais-je — et abusé le professeur, très courroucé,

Qui m’avait pour cela mis un zéro pointé,
Avant que je revèle ma supercherie...
Cela m’avait voulu d’être assez admiré,
Et dispensé de balayer la galerie  !

Mais dès ce temps j’étais follement entiché
De celle que plus tard je devais épouser
Ayant un certain soir, poussé par la Nature,
Cédé à autre chose que littérature....

C’est alors que moquant mon hugolienne lyre,
Mes condisciples ont pu, faisant des gorges chaudes,
Quand je fus renvoyé et que je dus partir :

« C’est ainsi que Roland épousa la Belle Aude. »

*
*   *

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La “galerie” et ma “carte de Promotion”.