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CHANT 16

Lassé des feux de bois, des pâtes enfumées,
Après avoir marché, exploré, observé
L’Ardenne et la Semois, les Quatre Fils Aymon,
L’Allemagne nous devint un nouvel horizon.

Nous partîmes à dix mais malgré nos efforts
Nous n’étions plus que trois arrivés à Francfort.
L’objectif dévolu à notre expédition
Était le “Jamboree”, la grande réunion

De “scouts” du monde entier, — du moins nous le pensions.
Nous avons traversé une Allemagne en ruines
Ce que nous n’avions vu que dans les magazines
Et la réalité dépassait la fiction.

La guerre n’était pas devenue de l’histoire
En mil neuf cent cinquante et un, bien des maisons
Avec leurs géraniums, avaient des éraflures
Et des tas de gravats devant leurs portillons.

Nous étions emportés parfois par des camions,
Dont les chauffeurs portaient des casquettes nazies
Mais sans leurs écussons, et nous avons dormi
Un soir sous le portrait d’un jeune mort au front

Qui portait le brassard croix gammée rouge et noire...
La brave dame qui nous accueillait, Français,
Voulut nous expliquer pourquoi son fils était
Ainsi sur ce portrait, qu’il ne fallait pas croire

Qu’il était un nazi, mais enrôlé de force
Il avait combattu sur le front de Russie.
Et ses pleurs nous touchaient malgré tout, nous aussi,
Avec des parents morts dans cette guerre atroce...

Passant près de Münich, nous eûmes le désir
D’aller jusqu’à Dachau, d’horrible souvenir !
Et moi, je préférais penser aux déportés
À moto, par mon père, chez eux ramenés.

Arrivés à Garmisch, où se tenait le camp
Qui n’était pas de mort, celui-là, mais de joie,
Ce fut un vrai délice et comme un qui se noie
Dans le plaisir de vivre, je restai longtemps

Muet — à contempler de la vie le courant.