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CHANT 19

En ces années de guerre, notre “201”
Privée de pneus, et qui dormait sous un préau,
Nous servait de jouet, à nous trois les gamins,
On s’y glissait en douce, et quand il faisait chaud

Cela sentait la moleskine et la poussière,
Mais imitant le bruit du moteur nous faisions
De grands voyages, même le tour de la terre
Avec de vieilles cartes, chantant des chansons.

Un jour pourtant mon père nous a annoncé :
« La Peugeot a des pneus que j’ai fait rechapper,
On ira à la mer aux prochaines vacances. »
Nous n’en revenions pas : à la mer ! Quelle chance !

Moi je ne savais pas très bien ce que c’était,
Mais Daniel connaissais le Tréport , il avait
Fait le voyage avec ses professeurs, et vu
La mer, et en avait longuement discouru.

Le voyage fut long, nous étions très chargés
Mauricette ma tante était venue de Fère
Et j’avais mal au cœur, il fallait s’arrêter...
En fait de beau voyage ce fut un enfer !

Nous avons mis deux jours, campé sous les pommiers,
Un brave paysan ayant ouvert pour nous
Tout plein de belles pommes, son très grand verger  ;
Mais le sol n’en fut pas, forcément, des plus doux !

Monter dans la voiture était pour moi pénible
J’aimais mieux y jouer quand elle était sur cales !
Mais au bout d’une côte, cette ligne étale...
« La mer ! » ce fut pour moi une joie indicible !

Nous sommes descendus tout en bas sur le sable
Ayant franchi des ponts contourné des roseaux,
Et nous avons couru vers ce lieu improbable

Qui n’est plus de la terre et qui n’est pas de l’eau.