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CHANT 20

Pas très loin de la Fac, un café,“Le Français”
Fut de nos réunions, de nos amours aussi
Le lieu privilégié, celui où s’attablaient
Des jeunes gens atteints de la cinéphilie.

Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés
Les tenants de Godard, les fervents de Truffaut,
S’y affrontaient toujours en des combats verbaux
Qui finissaient souvent par des bocks panachés.

Il y avait Vincent, qui y “poussait du bois”,
Il épatait les filles en montrant sa bagnole,
Une décapotable Peugeot deux cent trois,
Agathe et Marie-Jo, et Lulu et Jean-Paul !

Moi, j’attendais, tranquille, en lisant dans mon coin,
Que Mireille survint, en sortant de la Fac :
Je lui offrais un verre, elle aimait le Cognac !
Je lui disais des vers et me faisais calin...

Un soir après l’avoir emmenée en voiture
Et fait nombre de fois le tour du grand rond-point,
Elle m’a fait venir enfin, en clandestin,
Et ce fut le début d’une chose qui dure !

Puis ce fut soixante huit : étudiant attardé
Du fait de mes dix ans à enseigner passés,
Et me cachant un peu d’avoir été PC,
Alors chez les trotskystes me suis embarqué.

Je n’y allai pas seul : Jean-Claude et Jean-René
M’y avaient précédé, ils étaient sans attaches ;
Moi j’avais des enfants et Mireille à la tâche...
Mais nous avions la chance d’avoir un grenier

Où nous montions le soir pour imprimer nos tracts,
Sur la presse Freinet empruntée d’un instit’
Mireille nous faisait des saucisses, des frites,
Et du Grand soir c’était pour nous le premier acte !

On n’avait pas le temps de monter à Paris,
Et pas l’argent non plus, car nous étions fauchés...
Mais j’ai connu Krivine, Bensaïd a dormi
Après le grand meeting, à la dure, au grenier !

Au long des rues de Reims, quand on y défilait,
Les partis officiels, affolés nous suivaient...
Pas de pavés ici, quelques coups de bâton,
Seulement quand les flics bloquaient le Pont de Laon !

Je n’ai vu la Sorbonne que longtemps après,
Quand Cohn-Bendit déjà avait pris la vedette ;
J’ai vu les “Katangais”, leur folklore, de près
M’a vite convaincu du succès de Marchais !

Je n’avais pas vraiment cru qu’on y parviendrait,
Mais je ne pensais pas que cela conduirait
Au triomphe de tout ce que l’on détestait

Et que certains malins au Sénat finiraient !...