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CHANT 8

Le sapin démonté ont fermait le cahier
Des Noëls où chacun écrivait une page,
J’ai conservé cela comme une vieille image
Où l’on peut retrouver les traits de son passé.

Mon père y a écrit ses joies et ses rancoeurs
Plus les années passaient plus il se désolait
De ses bottes trouées, de manquer de tickets,
Car en quarante-sept, rare était le beurre !

Les allemands étaient sur la place installés
D’en haut, on les voyait au pas de l’oie marcher  ;
Leurs chants étaient scandés par des “Halli, Hallo”
Et nous les complétions par : “bande de salauds !”

On riait - mais ma mère est venue nous gronder :
« Voulez-vous arrêter ! Vous n’êtes pas gentils
Car vous pourriez très bien nous causer des ennuis ! »
Alors il a fallu qu’on aille se coucher.

Je dormais au grenier et sur les grosses poutres
Il y avait beaucoup de toiles d’araignées :
C’était une terreur ! Et certains soirs, en outre
Daniel ne revenait que tard me retrouver.

Mon oreille tendue guettait le moindre bruit
Jusqu’au ronronnement fait par la dynamo
De son vélo dans la rue, dans la nuit,
Qui pour moi signifiait la fin de mes sanglots !

Parfois on entendait le bruit des avions
Et des heures durant, malgré la DCA
Qui lançait vers le ciel avec obstination
Des fusées éclairantes crachant leurs éclats.

Un jour on entendit un bruit sourd et soudain
Un sifflement aigu qui semblait s’approcher...
Si rien ne se passa, pourtant le lendemain
On dit qu’un “Spitfire“ anglais était tombé.

Dans les bois pas très loin, là où le premier mai
Nous allions joyeux pour cueillir le muguet.
Nous y avons filé, à vélo, et en douce :
La carcasse était là, mais nous eûmes la frousse

Des Allemands venus pour en faire la fouille,
Sur tout ce qui bougeait semblaient vouloir tirer !
Nous sommes revenus plus tard, pour emporter
Des débris de cockpit et de très belles douilles.

Avec ce matériau nouveau, le Plexiglas
Mon père façonna une bague à Nénette ;
Et des plaques d’envol récupérées sur place,

Il nous a fabriqué des traineaux à roulettes !