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CHANT 9

C’était au mois de juin de mil neuf cent quarante,
Et nous étions à Fère ; on entendit des cris :
« Les Allemands arrivent ! » Cela nous surprit...
Nous les croyions bien loin mais contre toute attente

On nous dit qu’ils étaient déjà presque à Vitry  !
Les valises sont faites  ; on prend tout ce qu’on peut,
Tout ce qui peut se prendre et soit un peu précieux
Qu’on met dans la Peugeot, nous les gamins aussi.

Mon oncle a ressorti la “Zèbre” du hangar,
Il y met la grand-mère, Jacques, et le grand père,
Lui au volant, Odette et Dédé, eux, n’ont guère
D’autre choix que d’aller à vélo, dare-dare...

Dans la Peugeot ma mère cherche sa direction,
Mais nous nous amusons à lire les panneaux,
“Marcilly-le-Hayais” nous a semblé si beau
Que nous n’avons cessé d’en rabâcher le nom.

Les boeufs et les charrettes font une cohue...
On s’arrête souvent quand passent des troufions,
Qui ont l’air ahuris autant que des moutons,
Et nous les trois gamins nous trouvons que ça pue !

Des chevaux renversés, le ventre vert, le sang,
Autos dans le fossé, fumée, il fait très chaud,
Et les sirènes des “Stukas” déchirant nos tympans
On voit des gens tomber comme des dominos.

Le soir c’est dans la paille que nous nous couchons.
Je suis terrorisé, je vois partout des rats !
Ma mère a beau me dire qu’il n’y en a pas,
Je voudrais m’en aller, blotti dans son giron.

Crevaison, fausse route, et ceux qu’on ne voit plus,
Où sont-ils ? On attend, on demande, on s’inquiète.
On s’arrête, on repart, on ne rigole plus,
Tout le monde épuisé — où sont les bicyclettes ?

......... à suivre.