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80 - Ma mémoire...

Ma mémoire en lambeaux que l’écrit rafistole
Est comme un fleuve en crue charriant des espars,
Et le courant me fait comme une camisole
Gênant mes mouvement dans ces torrents épars.

Tant de pages écrites méritant la cendre
Tant de rêves tracés, tant de visages flous
Tant de chemins fourchus lequel est bon à prendre
Le pont de mes erreurs n’eut pas de garde-fou

Et pourtant me voilà comme arbre séculaire
Encore debout tenant — si mes branches noueuses
Grincent un peu au vent des jours crépusculaires,
Et si mes feuilles tombent de ma tête creuse.

Il faudra qu’on m’abatte à coup de tronçonneuse :
Je me dessècherai sans plier les genoux ;
Je brandirai toujours le poing à la faucheuse
Et les yeux grands ouverts j'affronterai ses coups.