prev

SOMMAIRE

prev

XII - Constitution des corps premiers

Suite de l'argumentation en faveur de l'existence des “corps premiers”, et cette fois “quia absurdum” : S'il n'y avait aucune limite à la petitesse, les corps les plus petits seraient eux-mêmes composés d'une infinité d'éléments encore plus petits... et ainsi de suite. Il n'y aurait pas de différence entre le Tout et un élément. Mais la raison s'y oppose, c'est une absurdité. Il faut donc admettre qu'il y a une limite à la division, et donc qu'ils existe des corps ultimes, compacts et éternels.

599.

Tum porro quoniam est extremum quodque cacumen

599.

S'il est une limite pour ce corps premier,

600.

corporis illius, quod nostri cernere sensus
iam nequeunt, id ni mirum sine partibus extat
et minima constat natura nec fuit umquam
per se secretum neque post hac esse ualebit,
alterius quoniam est ipsum pars primaque et una,

600.

Qui déjà ne peut être perçu par nos sens,
Il ne peut être fait de multiples parties :
C'est le plus petit corps qui puisse être jamais,
Et il n'est jamais seul : il n'est qu'une partie
D'autres corps, dont il est le premier élément,

605.

inde aliae atque aliae similes ex ordine partes
agmine condenso naturam corporis explent ;
quae quoniam per se nequeunt constare, necesse est
haerere unde queant nulla ratione reuelli.
Sunt igitur solida primordia simplicitate,

605.

L'Unité, et bientôt d'autres vont s'y souder
Étroitement, formant ainsi un corps entier.
Ces unités ne peuvent exister à part,
Rien ne peut dissocier leur liaison intime.
Les corps premiers sont donc bien solides, et simples ;

610.

quae minimis stipata cohaerent partibus arte,
non ex illorum conuentu conciliata,
sed magis aeterna pollentia simplicitate,
unde neque auelli quicquam neque deminui iam
concedit natura reseruans semina rebus.

610.

Entre elles reliées, ces parties minimales
Ne sont des éléments au hasard rassemblés :
Simple est leur fondement, radical, éternel ;
Nature ne permet qu'on en ôte ou ajoute
Quoi que ce soit : ce sont les semences des choses.

615.

Praeterea nisi erit minimum, paruissima quaeque
corpora constabunt ex partibus infinitis,
quippe ubi dimidiae partis pars semper habebit
dimidiam partem nec res praefiniet ulla.
Ergo rerum inter summam minimamque quod escit,

615.

S'il n'était de limite dans la petitesse,
Les corps les plus petits eux-mêmes seraient faits
D'une infinité de parties, chaque moitié
Ayant toujours une moitié, à l'infini...
Le Tout et l'Élément alors, seraient semblables,

620.

nil erit ut distet ; nam quamuis funditus omnis
summa sit infinita, tamen, paruissima quae sunt,
ex infinitis constabunt partibus aeque.
Quod quoniam ratio reclamat uera negatque
credere posse animum, uictus fateare necesse est

620.

Sans différence, car si étendu que soit
L'ensemble infini des choses, les plus petites,
Seront faites aussi de parties tout infinies.
Mais la raison se dresse et l'esprit n'admet pas
Que l'on pense cela : il te faut rennoncer,

625.

esse ea quae nullis iam praedita partibus extent
et minima constent natura. quae quoniam sunt,
illa quoque esse tibi solida atque aeterna fatendum.
Denique si minimas in partis cuncta resolui
cogere consuesset rerum natura creatrix,

625.

Et accepter qu'il soit des corps indivisibles,
Dont la nature est minimale. Et de ce fait,
Accepte aussi qu'ils soient compacts et éternels.
Si la nature qui crée tout avait voulu
Qu'ils ne soient rien que des parties élémentaires

630.

iam nihil ex illis eadem reparare ualeret
propterea quia, quae nullis sunt partibus aucta,
non possunt ea quae debet genitalis habere
materies, uarios conexus pondera plagas
concursus motus, per quas res quaeque geruntur.

630.

Elle n'aurait pas pu en tirer autre chose,
Car étant dépourvues des moindres composants
Ils n'auraient rien de ce qu'il faut à la matière
Génératrice : liaisons, densités, chocs,
Rencontres, mouvements - d'où toute chose naît.