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SOMMAIRE

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II - Objet du poème

Après l'exaltation lyrique des forces de la Nature sous l'égide de Vénus, Lucrèce indique nettement, et en peu de mots, son vrai propos: l'exposition d'un système philosophique complet. Et les concepts-clés sont indiqués d'emblée: matière, corps premiers. On sait qu'Épicure parlait d'atomes, mot grec signifiant: «que l'on ne peut briser». Chez Lucrèce, ils sont nommés corps premiers, ceux sur qui repose tout l'édifice de l'univers. La différence lexicale n'est peut-être pas à négliger: si Épicure en employant atome mettait l'accent sur le fait d'être insécable, donc une propriété statique, Lucrèce en parlant de corpora prima les considère plutôt sous un angle générique: s'ils sont effectivement «incassables», ils sont surtout ceux dont tous les autres proviennent: il le dit clairement au dernier vers de ce passage.

50.

Quod super est, uacuas auris animumque sagacem
semotum a curis adhibe ueram ad rationem,
ne mea dona tibi studio disposta fideli,
intellecta prius quam sint, contempta relinquas.
Nam tibi de summa caeli ratione deumque

50.

Et maintenant, ouvre l'oreille et ton esprit,
Libre de tout souci, entends la vérité :
Ce que mon amitié fidèle fait pour toi,
Ne le dédaigne pas avant de le connaître.
Tu verras le système du ciel et des dieux,

55.

disserere incipiam et rerum primordia pandam,
unde omnis natura creet res, auctet alatque,
quoue eadem rursum natura perempta resoluat,
quae nos materiem et genitalia corpora rebus
reddunda in ratione uocare et semina rerum

55.

Je vais te révéler les principes des choses,
Que la Nature crée, entretient et nourrit,
Comment après la mort, elle les abandonne.
Ces principes, ici, je les appellerai
Générateurs, matière et semence des choses ;

60.

appellare suemus et haec eadem usurpare
corpora prima, quod ex illis sunt omnia primis.

60.

Je les appellerai aussi les corps premiers,
Puisque c'est d'eux que tous les autres corps procèdent.