Sur cette traduction

Il existe plusieurs traductions, anciennes ou récentes, (cf. la bibliographie), mais généralement sur papier, et en numérique, celles qui sont reprises sont très anciennes (XIXe).

Celles de Lagrange (1823), et de Pongerville (1825), sont accessibles sur « Google Books ». Celle de Lefèvre (1899) existe en édition numérique ; elle est remarquable par le tour de force qu'elle représente, avec ses alexandrins (rimés ! )

Mais elles sont toutes un peu désuètes, trop marquées par l'emphase propre à la poésie de leur époque... même si la première, en prose, l'est un peu moins.

Plus près de nous, il y a la traduction d'Henri Clouard, reprise sur le site de Philippe Remacle. Mais cette traduction, qui a le mérite de la clarté, est en prose : je souhaitais donner une version poétique, car - à mon avis - la plus grosse erreur que l'on ait faite pour les textes anciens fondamentaux (Homère en premier) est de les avoir si longtemps traduits en prose. Un poème, ce n'est pas de la prose... !

Le lecteur ne peut absolument pas ressentir ce que pouvait être une oeuvre comme celle d'Homère si on lui assène un texte en prose tout à fait savant et respectable, mais qui ne peut plus captiver que les érudits et les étudiants... De même pour Lucrèce. Et quels que soient les immenses mérites d'Alfred Ernout ou d'Henri Clouard, ils sont à mon avis passés “à côté” de cet aspect que je considère comme fondamental : c'est le vers latin qui donne à cette oeuvre son côté pérenne, “gravé dans le marbre”... Et l'on a suffisamment souligné que Lucrèce était avant tout un poète.

Il faut donc apprécier à leur juste mesure les traductions récentes en vers : celle de J. Kany-Turpin, celle de J. Pigeaud, et même celle de Bernard Pautrat. Même si les deux premières sont à mon avis un peu trop “savantes” pour être lues agréablement par un public de non-spécialistes, et si la troisième, elle, cède un peu trop (à mon goût ! ) à l'emphase ampoulée... très “dix-neuvième”.

Mon intention était donc de fournir au lecteur du XXIe siècle une édition numérique, qui soit à la fois moderne et agréable à lire, et c'est pourquoi je me suis lancé dans l'entreprise d'une nouvelle traduction...

Cette traduction est en vers, mais non rimés. J'ai d'abord écrit des vers irréguliers, pensant qu'il n'était guère possible de faire rentrer dans un moule fixe une traduction de vers latins qui reposent sur un tout autre système que le nôtre. Mais après avoir lu et relu les vers de Lefèvre, frappé par la façon dont ils se lisent agréablement, j'ai voulu garder le charme des alexandrins, leur rythme, sans me livrer aux acrobaties que la rime impose inévitablement, et donner à lire un texte qui ne soit pas trop daté par l'emploi d'artifices rhétoriques aujourd'hui désuets.

J'espère y avoir réussi au moins en partie, et que le lecteur sera sensible à ce rythme des vers, seul capable à mon avis de restituer sa grandeur à une œuvre poétique - si ancienne pourtant.