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III - Épicure a triomphé de la religion

L'invocation à Vénus était un beau morceau de poésie à la gloire de la Nature primordiale, dans un genre malgré tout un peu convenu. Ici, il s'agit d'un hommage à celui que Lucrèce considère comme son maître: « un Grec », celui qui osa s'opposer à la religion, et penser l'univers autrement qu'en termes de croyances. Non seulement il a eu ce courage, nous dit Lucrèce, mais il a rendu à l'Homme sa dignité. Car au lieu de faire descendre les Dieux parmi les hommes, il les a, lui, élevés jusqu'au ciel en renversant la religion.

62.

Quand on voyait ramper l'humanité, honteuse,
Écrasée sous le poids de la religion,
Dont la tête depuis les régions célestes,

65.

Effrayait les mortels de son horrible aspect,
Un Grec, le tout premier, osa lever les yeux,
La regarder en face et enfin l'affronter.
Ni le tonnerre au ciel, ni des dieux le prestige,
Ni la foudre, n'ont pu l'arrêter ; au contraire

70.

Ils n'ont que renforcé son cœur et son désir
De briser le premier tes verrous, ô Nature !
Par sa force d'esprit il en a triomphé,
Dépassant les remparts enflammés de ce monde,
Par sa seule pensée parcourant le Grand Tout,

75.

Pour revenir, vainqueur, dire ce qui peut naître
Ou bien non ; et pourquoi un pouvoir limité
Échoit à chaque chose, en des bornes fixées.
Ainsi, la religion se trouve renversée,
Et par cette victoire à nous s'ouvre le ciel.

NOTES

Grec :  Épicure. Bien que Lucrèce se soit fixé comme tâche d'exposer son système et sa pensée, il ne sera nommé qu'une seule fois dans le poème, au Livre III, vers 1042.