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SOMMAIRE

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III - Les sens ; unicité et multiplicité des éléments.

SYNOPSIS : § Le goût § L'ouïe, l'odorat § La vue § Le toucher § Nombre fini des formes § Nombre infini des corpuscules § La vie et la mort § La terre

§ Le goût

§ Le goût

398.

Huc accedit uti mellis lactisque liquores
iucundo sensu linguae tractentur in ore ;

398.

À cela s'ajoute que le lait et le miel
Laissent à la langue une agréable douceur ;

400.

at contra taetra absinthi natura ferique
centauri foedo pertorquent ora sapore ;
ut facile agnoscas e levibus atque rutundis
esse ea quae sensus iucunde tangere possunt,
at contra quae amara atque aspera cumque videntur,

400.

Mais la répugnante absinthe et la centaurée
Nous font grimacer de leurs saveurs écœurantes.
Tu peux donc aisément en conclure ceci :
Ce qui touche nos sens de façon agréable
Est rond, et lisse, et ce qui nous paraît amer

405.

haec magis hamatis inter se nexa teneri
proptereaque solere vias rescindere nostris
sensibus introituque suo perrumpere corpus.
omnia postremo bona sensibus et mala tactu
dissimili inter se pugnant perfecta figura ;

405.

Au contraire est tissé d'élément plus crochus,
Qui vont jusqu'à nos sens en déchirant leurs voies,
Pénétrant dans nos corps comme par effraction.
Toutes nos sensations, les bonnes, les mauvaises,
S'opposent par le fait de leurs formes contraires.

§ L'ouïe, l'odorat

§ L'ouïe, l'odorat

410.

ne tu forte putes serrae stridentis acerbum
horrorem constare elementis levibus aeque
ac musaea mele, per chordas organici quae
mobilibus digitis expergefacta figurant ;
neu simili penetrare putes primordia forma

410.

Ne crois donc pas que les affreux cris d'une scie
Puissent provenir d'éléments premiers très lisses,
Comme les mélodies qui naissent de la lyre
Formées sous les doigts agiles des musiciens ;
Ni que dans nos narines de tels éléments

415.

in nares hominum, cum taetra cadavera torrent,
et cum scena croco Cilici perfusa recens est
araque Panchaeos exhalat propter odores ;

415.

Viennent quand nous brûlons des cadavres puants,
Même recouverts de safran de Cilicie,
Ou sur l'autel voisin des parfums d'Arabie.

§ La vue

§ La vue

neve bonos rerum simili constare colores
semine constituas, oculos qui pascere possunt,

Ne t'imagine pas que les bonnes couleurs
Qui sont douces à nos yeux puissent être faites

420.

et qui conpungunt aciem lacrimareque cogunt
aut foeda specie foedi turpesque videntur.
omnis enim, sensus quae mulcet cumque, tibi res
haut sine principiali aliquo levore creatast ;
at contra quae cumque molesta atque aspera constat,

420.

De la même semence que ce qui les blesse
Et les rend exécrables, infâmes à la vue.
Car jamais une chose agréable à nos sens
N'a pu être formée sans des éléments lisses ;
Et à l'inverse, ce qui les blesse et maltraite,

425.

non aliquo sine materiae squalore repertast.
Sunt etiam quae iam nec levia iure putantur
esse neque omnino flexis mucronibus unca,
sed magis angellis paulum prostantibus, ut quae
titillare magis sensus quam laedere possint,

425.

N'a pu naître sans quelque aspérité foncière.
Il est des éléments qu'on ne peut dire lisses,
Pas plus qu'ils ne nous semblent pointus et crochus.
Ils présentent plutôt de petites saillies
Qui titillent nos sens sans pourtant les blesser,

430.

fecula iam quo de genere est inulaeque sapores.

430.

Ainsi que fait le tartre ou encore l'aunée.

§ Le toucher

§ Le toucher

Denique iam calidos ignis gelidamque pruinam
dissimili dentata modo conpungere sensus
corporis, indicio nobis est tactus uterque.
tactus enim, tactus, pro divum numina sancta,

Enfin le feu brûlant et la gelée glaciale,
Viennent piquer nos sens de toute autre façon :
Le toucher nous le montre bien, pour ces deux-là.
Car le toucher — grands dieux ! — le toucher est le sens

435.

corporis est sensus, vel cum res extera sese
insinuat, vel cum laedit quae in corpore natast
aut iuvat egrediens genitalis per Veneris res,
aut ex offensu cum turbant corpore in ipso,
semina confundunt inter se concita sensum ;

435.

De tout le corps lui-même : qu'un objet s'y glisse,
Ou depuis l'intérieur, parvienne à le blesser,
Ou le combler de joie sous l'effet de Vénus,
Ou que ses éléments bousculés par un choc
Se confondant, vont mélanger nos sensations :

440.

ut si forte manu quamvis iam corporis ipse
tute tibi partem ferias atque experiare.
qua propter longe formas distare necessest
principiis, varios quae possint edere sensus.
Denique quae nobis durata ac spissa videntur,

440.

De cela tu peux faire sur toi l'expérience,
En frappant de ta main quelque endroit de ton corps.
Il faut bien que les corps premiers soient différents
Pour produire des sensations aussi variées.
Enfin, les corps qui sont pour nous durs et massifs,

445.

haec magis hamatis inter sese esse necessest
et quasi ramosis alte compacta teneri.
in quo iam genere in primis adamantina saxa
prima acie constant ictus contemnere sueta
et validi silices ac duri robora ferri

445.

Doivent bien être faits d'éléments plus crochus
Formant ainsi entre eux une trame serrée.
En premier dans ce genre on trouve les diamants,
Qui toujours sont vaillants à supporter les coups,
Les robustes silex, le fer rigide et fort,

450.

aeraque quae claustris restantia vociferantur.
illa quidem debent e levibus atque rutundis
esse magis, fluvido quae corpore liquida constant.
namque papaveris haustus itemst facilis quod aquarum ;
nec retinentur enim inter se glomeramina quaeque

450.

Le bronze qui résiste et qui crie sous l'effort.
Les éléments qui sont plus lisses et plus ronds
Sont au contraire ceux des liquides fluides.
Les graines de pavot comme de l'eau s'avalent :
C'est que leurs sphères entre elles ne se maintiennent

455.

et perculsus item proclive volubilis exstat.
omnia postremo quae puncto tempore cernis
diffugere ut fumum nebulas flammasque, necessest,
si minus omnia sunt e levibus atque rotundis,
at non esse tamen perplexis indupedita,

455.

Et sous le moindre choc, vont dévalant la pente.
Les corps que tu peux voir soudain se dissiper,
Comme font les nuages, flammes, et fumées,
S'ils ne sont composés d'éléments arrondis,
Ne sont pourtant pas faits d'un enchevêtrement,

460.

pungere uti possint corpus penetrareque saxa,
nec tamen haerere inter se ; quod cumque videmus
sensibus dentatum, facile ut cognoscere possis
non e perplexis, sed acutis esse elementis.
sed quod amara vides eadem quae fluvida constant,

460.

Pour pouvoir nous piquer et pénétrer la pierre,
Sans être pour autant accrochés l'un à l'autre.
Ce qui provient des sens et aisément s'apaise,
Ne saurait donc venir de corps enchevêtrés.
Mais ne t'étonne pas de voir des corps amers

465.

sudor uti maris est, minime mirabile debet
nam quod fluvidus est, e levibus atque rotundis
est, sed levibus sunt hamata admixta doloris
corpora. nec tamen haec retineri hamata necessust :
scilicet esse globosa tamen, cum squalida constent,

465.

Et fluides aussi comme est l'eau de la mer :
De leurs éléments ronds vient leur fluidité ;
Mais ceux qui sont rugueux sont cause de douleur.
Ils ne sont pourtant pas accrochés tous ensemble :
Ce sont de petits globes mais ils sont rugueux,

470.

provolvi simul ut possint et laedere sensus.
et quo mixta putes magis aspera levibus esse
principiis, unde est Neptuni corpus acerbum,
est ratio secernendi seorsumque videndi,
umor dulcis ubi per terras crebrius idem

470.

Et peuvent donc rouler tout en blessant nos sens.
Et pour que tu saches bien que c'est de ce mélange
De corps rugueux et lisses que vient l'amertume
De la mer, pour les voir on peut les séparer :
Quand cette eau est passée au filtre de la terre

475.

percolatur, ut in foveam fluat ac mansuescat ;
linquit enim supera taetri primordia viri,
aspera quo magis in terris haerescere possint.

475.

Et repassée encore, elle s'écoule douce
Dans la citerne, après avoir ainsi perdu
Ses éléments amers accrochés à la terre.

§ Nombre fini des formes

§ Nombre fini des formes

Quod quoniam docui, pergam conectere rem quae
ex hoc apta fidem ducat, primordia rerum

Et je vais maintenant te dire quelque chose
Qui de cela découle : les formes variées

480.

finita variare figurarum ratione.
quod si non ita sit, rursum iam semina quaedam
esse infinito debebunt corporis auctu.
namque in eadem una cuiusvis iam brevitate
corporis inter se multum variare figurae

480.

Des corps premiers ne sont que de nombre fini.
S'il n'en était ainsi, certains d'entre eux devraient
Forcément disposer d'une taille infinie.
Et vu la petitesse de ces corpuscules
Il ne peut y avoir de formes très variées.

485.

non possunt. fac enim minimis e partibus esse
corpora prima tribus, vel paulo pluribus auge ;
nempe ubi eas partis unius corporis omnis,
summa atque ima locans, transmutans dextera laevis,
omnimodis expertus eris, quam quisque det ordo

485.

Supposons en effet qu'ils aient plusieurs parties
Très petites en eux : trois, ou même un peu plus ;
Ces parties-là d'un même corps premier, mets-les
En haut, en bas, déplace-les de gauche à droite,
Et vois quelle est la forme d'ensemble produite

490.

formai speciem totius corporis eius,
quod super est, si forte voles variare figuras,
addendum partis alias erit. inde sequetur,
adsimili ratione alias ut postulet ordo,
si tu forte voles etiam variare figuras.

490.

Par toutes les combinaisons qui sont possibles ;
Et si tu veux encore de nouvelles figures,
Il te faudra encore ajouter des parties,
Et leurs combinaisons en exigera d'autres,
Si vraiment tu veux faire varier leurs figures.

495.

ergo formarum novitatem corporis augmen
subsequitur. quare non est ut credere possis
esse infinitis distantia semina formis,
ne quaedam cogas inmani maximitate
esse, supra quod iam docui non posse probari.

495.

De la multiplication des formes découle
L'augmentation des corps — et donc tu ne peux croire
À une infinité de ces formes premières
À moins de leur fixer, à certaines au moins,
Une infinie grandeur, qu'on ne peut concevoir.

500.

iam tibi barbaricae vestes Meliboeaque fulgens
purpura Thessalico concharum tacta colore,
aurea pavonum ridenti imbuta lepore
saecla novo rerum superata colore iacerent
et contemptus odor smyrnae mellisque sapores,

500.

De Mélibée la pourpre, étoffe de barbares,
Dont la teinte provient des conques Thessaliennes,
Les paons dorés nimbés de leur charme rieur
Seraient-ils effacés par des couleurs nouvelles ?
Oubliés, le parfum de la myrrhe et du miel ?

505.

et cycnea mele Phoebeaque daedala chordis
carmina consimili ratione oppressa silerent ;
namque aliis aliud praestantius exoreretur.
cedere item retro possent in deteriores
omnia sic partis, ut diximus in melioris ;

505.

Étouffés, le chant du cygne et les mélodies
Que Phœbus de sa lyre tirait ? Et toujours
Une chose plus belle, abolirait les autres ?
Alors inversement, tout pourrait empirer,
Et non s'améliorer, comme je le disais ;

510.

namque aliis aliud retro quoque taetrius esset
naribus auribus atque oculis orisque sapori.
quae quoniam non sunt, sed rebus reddita certa
finis utrimque tenet summam, fateare necessest
materiem quoque finitis differe figuris.

510.

Une chose pourrait devenir répugnante,
Pour le nez, pour les yeux, les oreilles, la bouche...
Mais puisqu'il n'en est rien, que tout est limité,
Dans un sens et dans l'autre, équilibrant les choses,
La matière ne peut varier à l'infini.

515.

denique ab ignibus ad gelidas hiemum usque pruinas
finitumst retroque pari ratione remensumst.
omnis enim calor ac frigus mediique tepores
interutrasque iacent explentes ordine summam.
ergo finita distant ratione creata,

515.

Quant au chemin du feu d'été jusqu'à la glace,
Il est très mesuré en un sens comme en l'autre ;
Le froid et la chaleur et le tiède au milieu
Forment de l'un à l'autre une chaîne complète.
Toutes choses créées varient dans des limites :

520.

ancipiti quoniam mucroni utrimque notantur,
hinc flammis illinc rigidis infesta pruinis.

520.

Leurs points extrêmes sont marqués et menacés,
D'un côté par le feu, de l'autre par la glace.

§ Nombre infini des corpuscules

§ Nombre infini des corpuscules

Quod quoniam docui, pergam conectere rem quae
ex hoc apta fidem ducat, primordia rerum,
inter se simili quae sunt perfecta figura,

À tout ce que j'ai dit, j'ajouterai ceci
Dont l'évidence vient de ce que j'ai montré :
Les éléments premiers qui ont semblable forme

525.

infinita cluere. etenim distantia cum sit
formarum finita, necesse est quae similes sint
esse infinitas aut summam materiai
finitam constare, id quod non esse probavi.
versibus ostendam corpuscula materiai

525.

Sont en nombre infini — car la diversité
Des formes étant elle, finie, il faut bien
Que les éléments semblables, eux, ne le soient ;
La matière étant infinie — je l'ai prouvé,
Montrant que les corpuscules de la matière

530.

ex infinito summam rerum usque tenere
undique protelo plagarum continuato.
nam quod rara vides magis esse animalia quaedam
fecundamque magis naturam cernis in illis,
at regione locoque alio terrisque remotis

530.

Venant de l'infini, maintiennent la somme
Des choses, par leurs coups provenant de partout.
Quand tu vois, en effet, des animaux très rares,
Leur nature te semble être bien moins féconde ;
Mais peut-être qu'ailleurs en de lointains pays

535.

multa licet genere esse in eo numerumque repleri ;
sicut quadripedum cum primis esse videmus
in genere anguimanus elephantos, India quorum
milibus e multis vallo munitur eburno,
ut penitus nequeat penetrari : tanta ferarum

535.

En grand nombre elles viennent compléter leur compte ?
Ainsi chez les quadrupèdes, on voit d'abord
Les milliers d'éléphants à trompe de serpent
Qui font à l'Inde un rempart d'ivoire, empêchant
De pénétrer son territoire, tant ils sont

540.

vis est, quarum nos perpauca exempla videmus.
sed tamen id quoque uti concedam, quam lubet esto
unica res quaedem nativo corpore sola,
cui similis toto terrarum non sit, in orbi ;
infinita tamen nisi erit vis materiai,

540.

Nombreux là-bas, et pourtant si rares chez nous
Mais soit, je te l'accorde : si l'on supposait
Une chose qui soit unique de son genre
Qui n'ait pas de semblable sur toute la terre...
Sans une abondance infinie de la matière

545.

unde ea progigni possit concepta, creari
non poterit neque, quod super est, procrescere alique.
quippe etenim sumant alii finita per omne
corpora iactari unius genitalia rei,
unde ubi qua vi et quo pacto congressa coibunt

545.

Elle ne pourrait pas avoir été engendrée,
Elle ne pourrait se nourrir non plus que s'accroître.
Et si j'admets un nombre fini d'éléments,
Ballottés dans le Tout, formant un être unique,
D'où donc, en quel endroit, par quelle force mus

550.

materiae tanto in pelago turbaque aliena ?
non, ut opinor, habent rationem conciliandi :
sed quasi naufragiis magnis multisque coortis
disiactare solet magnum mare transtra cavernas
antemnas prorem malos tonsasque natantis,

550.

Viendraient-ils à s'unir dans l'immense matière ?
Mais non, à mon avis, ils ne le pourraient pas.
De la même façon qu'après bien des naufrages,
Quand la mer déchaînée emporte les navires,
Bancs, carènes et proues, mâts et rames surnagent,

555.

per terrarum omnis oras fluitantia aplustra
ut videantur et indicium mortalibus edant,
infidi maris insidias virisque dolumque
ut vitare velint, neve ullo tempore credant,
subdola cum ridet placidi pellacia ponti,

555.

Pour finir en débris le long de nos rivages,
Visibles des mortels et pour eux comme un signe
D'éviter à jamais la perfidie marine,
De toujours se méfier de ses pièges, ses ruses,
Même quand elle rit, quand elle paraît tranquille...

560.

sic tibi si finita semel primordia quaedam
constitues, aevom debebunt sparsa per omnem
disiectare aestus diversi materiai,
numquam in concilium ut possint compulsa coire
nec remorari in concilio nec crescere adaucta ;

560.

De la même façon, si tu penses qu'existent
En nombre limités les éléments premiers,
Épars dans l'infini du temps, et ballottés
Par la matière, ils ne pourront se rencontrer
Ni s'associer pour croître et se développer ;

565.

quorum utrumque palam fieri manifesta docet res,
et res progigni et genitas procrescere posse.

565.

Ce que l'on voit nous montre bien, tout au contraire,
Que les choses se créent, et générées, grandissent.

§ La vie et la mort

§ La vie et la mort

esse igitur genere in quovis primordia rerum
infinita palam est, unde omnia suppeditantur.
Nec superare queunt motus itaque exitiales

Ainsi les éléments premiers de toute espèce,
Ceux qui la nourrissent, sont en nombre infini ;
Les mouvements qui sont porteurs de mort ne peuvent

570.

perpetuo neque in aeternum sepelire salutem,
nec porro rerum genitales auctificique
motus perpetuo possunt servare creata.
sic aequo geritur certamine principiorum
ex infinito contractum tempore bellum.

570.

Jamais vaincre vraiment, détruisant toute vie ;
Mais ceux générateurs et nourriciers des choses
Ne peuvent garantir leur infinie durée.
Ainsi se fait la guerre entre ces deux principes
De toute éternité et à égalité.

575.

nunc hic nunc illic superant vitalia rerum
et superantur item. miscetur funere vagor,
quem pueri tollunt visentis luminis oras ;
nec nox ulla diem neque noctem aurora secutast,
quae non audierit mixtos vagitibus aegris

575.

Tantôt ici, ou tantôt là, la vie l'emporte
Ou bien elle est défaite : les funérailles vont
De pair avec les cris de ceux qui voient le jour ;
Jamais de nuit après le jour, et jamais d'aube
Sans entendre mêlés à des vagissements

580.

ploratus, mortis comites et funeris atri.
Illud in his obsignatum quoque rebus habere
convenit et memori mandatum mente tenere,
nil esse, in promptu quorum natura videtur,
quod genere ex uno consistat principiorum,

580.

Des pleurs accompagnant de funèbres cortèges.
Voici donc maintenant une idée qu'il te faut
Bien garder en mémoire et avoir à l'esprit :
Aucun, parmi les corps qui sont pour nous visibles
Ne peut être formé d'un unique principe ;

§ La terre

§ La terre

585.

nec quicquam quod non permixto semine constet.
et quod cumque magis vis multas possidet in se
atque potestates, ita plurima principiorum
in sese genera ac varias docet esse figuras.
Principio tellus habet in se corpora prima,

585.

Ils sont tous composés de semences diverses.
Et plus ils sont formés de multiples vertus,
Et de propriétés, plus ils ont de principes,
Et d'espèces diverses aux formes variées.
La terre tout d'abord contient des corps premiers

590.

unde mare inmensum volventes frigora fontes
adsidue renovent, habet ignes unde oriantur ;
nam multis succensa locis ardent sola terrae,
ex imis vero furit ignibus impetus Aetnae.
tum porro nitidas fruges arbustaque laeta

590.

D'où viennent les sources froides qui renouvellent
La mer immense, et d'où le feu provient aussi,
Car si en bien des lieux le sol brûle et s'embrase,
L'Etna, des profondeurs, vomit avec fureur.
Et les belles moissons, les arbres pleins de fruits

595.

gentibus humanis habet unde extollere possit,
unde etiam fluvios frondes et pabula laeta
montivago generi possit praebere ferarum.
quare magna deum mater materque ferarum
et nostri genetrix haec dicta est corporis una.

595.

C'est elle qui les porte pour le genre humain ;
C'est elle qui fournit les fleuves, les feuillages,
Et aux bêtes errantes les gras pâturages.
C'est pourquoi on la nomme la Mère des dieux
Et de toutes les bêtes — notre génitrice.

NOTES

inulaeque inula,ae, Plante médicinale dont la saveur est amère et acide.