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IV - Cybèle ; combinaison des éléments. La couleur.

Cybèle
Statue de Cybèle à Madrid (CC by SA)

SYNOPSIS : § Le char de Cybèle § Les monstres § Les éléments n'ont pas de couleur

§ Le char de Cybèle

§ Le char de Cybèle

600.

Hanc veteres Graium docti cecinere poetae
sedibus in curru biiugos agitare leones,
aeris in spatio magnam pendere docentes
tellurem neque posse in terra sistere terram.
adiunxere feras, quia quamvis effera proles

600.

C'est la déesse que les Grecs anciens chantaient
Son trône sur un char que deux lions tiraient,
Montrant ainsi la terre flottant dans l'espace,
La Terre qui ne peut reposer sur la terre.
Des fauves attelés montraient que toute espèce

605.

officiis debet molliri victa parentum.
muralique caput summum cinxere corona,
eximiis munita locis quia sustinet urbes.
quo nunc insigni per magnas praedita terras
horrifice fertur divinae matris imago.

605.

Peut s'adoucir enfin par les soins des parents.
Le sommet de sa tête ceinte de murailles
Montrait qu'en ses hauteurs elle porte les villes.
Et maintenant encore cette image de Mère
Est partout promenée au grand frisson des foules.

610.

hanc variae gentes antiquo more sacrorum
Idaeam vocitant matrem Phrygiasque catervas
dant comites, quia primum ex illis finibus edunt
per terrarum orbes fruges coepisse creari.
Gallos attribuunt, quia, numen qui violarint

610.

Des peuples variés, suivant le rite antique
L'acclament sous le nom de mère de l'Ida
Et des Phrygiens lui font escorte car leur terre
Fut dit-on la première pour les céréales.
Y figurent des Galles, pour montrer qu'un homme

615.

Matris et ingrati genitoribus inventi sint,
significare volunt indignos esse putandos,
vivam progeniem qui in oras luminis edant.
tympana tenta tonant palmis et cymbala circum
concava, raucisonoque minantur cornua cantu,

615.

Qui viole l'interdit de la Mère, et ingrat
Envers ses géniteurs, ne peut pas mériter
D'offrir lumière et vie à sa postérité.
Les tambourins tendus résonnent sous les paumes
Et les cymbales creuses, les trompettes, les flûtes

620.

et Phrygio stimulat numero cava tibia mentis,
telaque praeportant, violenti signa furoris,
ingratos animos atque impia pectora volgi
conterrere metu quae possint numine divae.
ergo cum primum magnas invecta per urbis

620.

Aux rythmes Phrygiens excitent les esprits.
Des armes sont brandies suscitant la fureur
Ingrate de la foule et dans les cœurs impies
Au nom de la déesse une terreur divine.
Ainsi dès qu'elle va par les rues de la ville,

625.

munificat tacita mortalis muta salute,
aere atque argento sternunt iter omne viarum
largifica stipe ditantes ninguntque rosarum
floribus umbrantes matrem comitumque catervam.
hic armata manus, Curetas nomine Grai

625.

Muette sur son char saluant les mortels,
Ils pavent son chemin de bronze ou bien d'argent
Pour l'enrichir encore ; et roses comme neige
Pleuvent sur le cortège et la Déesse Mère.
Puis une bande armée, des Curètes Phrygiens

630.

quos memorant Phrygias, inter si forte catervas
ludunt in numerumque exultant sanguine laeti
terrificas capitum quatientes numine cristas,
Dictaeos referunt Curetas, qui Iovis illum
vagitum in Creta quondam occultasse feruntur,

630.

Comme disent les Grecs, viennent jouter entre eux ;
Ils sautent en cadence, et le sang les réjouit ;
Agitant leurs aigrettes qui sèment l'effroi,
Ils rappellent les Curètes du mont Dicté,
Couvrant les cris de Jupiter enfant, en Crète,

635.

cum pueri circum puerum pernice chorea
[armat et in numerum pernice chorea]
armati in numerum pulsarent aeribus aera,
ne Saturnus eum malis mandaret adeptus
aeternumque daret matri sub pectore volnus.

635.

Ayant autour de lui d'autres enfants armés,
[...]
Dansant, frappant en rythme l'airain sur l'airain,
Pour que Saturne ne le prenne et le dévore,
Infligeant à sa Mère éternelle blessure.

640.

propterea magnam armati matrem comitantur,
aut quia significant divam praedicere ut armis
ac virtute velint patriam defendere terram
praesidioque parent decorique parentibus esse.
quae bene et eximie quamvis disposta ferantur,

640.

Peut-être est-ce le sens de cette escorte armée,
Ou bien l'ordre de la déesse de défendre
La patrie par les armes et avec courage,
Défendre nos parents et être leur honneur.
Mais si belles soient-elles, toutes ces histoires

645.

longe sunt tamen a vera ratione repulsa.
omnis enim per se divom natura necessest
inmortali aevo summa cum pace fruatur
semota ab nostris rebus seiunctaque longe ;
nam privata dolore omni, privata periclis,

645.

Elles sont pourtant bien loin de la vérité !
Car l'immortalité naturelle des dieux
Fait qu'ils vivent en paix, tranquilles, parmi nous
Bien éloignés qu'ils sont de nos propres affaires ;
Exempts de la douleur, à l'abri des dangers,

650.

ipsa suis pollens opibus, nihil indiga nostri,
nec bene promeritis capitur neque tangitur ira.
terra quidem vero caret omni tempore sensu,
et quia multarum potitur primordia rerum,
multa modis multis effert in lumina solis.

650.

Forts en eux-mêmes, sans besoin de nous,
Ignorant nos mérites, ignorant la colère.
La terre, elle, jamais n'a eu de sensations,
Mais elle porte en elle tant de corps premiers
Qu'elle nous les présente de bien des façons.

655.

hic siquis mare Neptunum Cereremque vocare
constituet fruges et Bacchi nomine abuti
mavolt quam laticis proprium proferre vocamen,
concedamus ut hic terrarum dictitet orbem
esse deum matrem, dum vera re tamen ipse

655.

Si quelqu'un veut nommer la mer comme Neptune,
Et le blé des moissons Cérès, le vin Bacchus,
Au lieu de l'appeler par son nom véritable,
Alors laissons-le dire que la Terre même
Est la mère des dieux, pourvu que son esprit

660.

religione animum turpi contingere parcat.
Saepe itaque ex uno tondentes gramina campo
lanigerae pecudes et equorum duellica proles
buceriaeque greges eodem sub tegmine caeli
ex unoque sitim sedantes flumine aquai

660.

Ne soit pas infecté d'infâme religion.
C'est ainsi que broutant l'herbe d'un même pré,
Les doux moutons laineux et les chevaux guerriers,
Ou les troupeaux cornus, tous sous le même ciel,
Tous apaisant leur soif à la même rivière,

665.

dissimili vivont specie retinentque parentum
naturam et mores generatim quaeque imitantur.
tanta est in quovis genere herbae materiai
dissimilis ratio, tanta est in flumine quoque.
Hinc porro quamvis animantem ex omnibus unam

665.

Vivent différemment, gardant de leurs parents
La nature et les mœurs, chacun de leur espèce.
Entre les moindres brins d'herbe la différence
Est si grande, et entre les rivières aussi !
Prends n'importe quel être vivant au hasard :

670.

ossa cruor venae calor umor viscera nervi
constituunt, quae sunt porro distantia longe,
dissimili perfecta figura principiorum.
Tum porro quae cumque igni flammata cremantur,
si nil praeterea, tamen haec in corpore tradunt,

670.

Il est fait d'os, de sang, de veines et de chair
De nerfs et de chaleur — choses bien différentes,
Et formées d'éléments bien dissemblables entre eux.
Et puis tout ce qui brûle, tout ce qui s'enflamme,
Possède au moins en lui ce qui est nécessaire,

675.

unde ignem iacere et lumen submittere possint
scintillasque agere ac late differre favillam.
cetera consimili mentis ratione peragrans
invenies igitur multarum semina rerum
corpore celare et varias cohibere figuras.

675.

Pour faire jaillir le feu, faire de la lumière,
Jeter des étincelles, recracher la cendre.
Si tu regardes ainsi toutes les autres choses,
Tu trouveras en elles des germes variés
De choses variées, aux formes bien diverses.

680.

Denique multa vides, quibus et color et sapor una
reddita sunt cum odore in primis pleraque dona.
haec igitur variis debent constare figuris ;
nidor enim penetrat qua fucus non it in artus,
fucus item sorsum, [sorsum] sapor insinuatur

680.

Tu verras qu'elles ont des couleurs, des saveurs,
Des odeurs qui sont bien à elles — en premier...
Ces choses sont faites de figures variées.
La couleur nous pénètre autrement que l'odeur,
La saveur n'atteint pas nos sens comme le fait

685.

sensibus ; ut noscas primis differre figuris.
dissimiles igitur formae glomeramen in unum
conveniunt et res permixto semine constant.
Quin etiam passim nostris in versibus ipsis
multa elementa vides multis communia verbis,

685.

La couleur — car leurs formes premières diffèrent.
Diverses figures peuvent donc bien former
Une seule et même semence pour les choses.
De même, dans mes vers, tu vois éparpillés
De nombreux éléments communs à bien des mots ;

690.

cum tamen inter se versus ac verba necesse est
confiteare alia ex aliis constare elementis ;
non quo multa parum communis littera currat
aut nulla inter se duo sint ex omnibus isdem,
sed quia non volgo paria omnibus omnia constant.

690.

Et pourtant tu admets que les vers et les mots
Se distinguent par leurs éléments différents ;
Non qu'ils aient en commun seulement peu de lettres,
Non qu'il n'en soit jamais deux vraiment identiques,
Mais ils ne sont pas tous d'ordinaire les mêmes.

695.

sic aliis in rebus item communia multa
multarum rerum cum sint, primordia rerum
dissimili tamen inter se consistere summa
possunt ; ut merito ex aliis constare feratur
humanum genus et fruges arbustaque laeta.

695.

Il en est bien de même dans beaucoup de choses
Qui ont beaucoup d'éléments premiers en commun
Et pourtant constituent des ensembles distincts.
Cela montre que sont composés différemment
L'espèce humaine, les arbres fruitiers, les blés.

§ Les monstres

§ Les monstres

700.

Nec tamen omnimodis conecti posse putandum est
omnia ; nam volgo fieri portenta videres,
semiferas hominum species existere et altos
inter dum ramos egigni corpore vivo
multaque conecti terrestria membra marinis,

700.

Pourtant tout ne peut pas non plus se combiner
Avec tout : cela produirait souvent des monstres,
Des êtres mi-homme mi-bête, ou bien des branches
Sortant d'un corps vivant, des membres d'animaux
Terrestres s'unissant à ceux de corps marins,

705.

tum flammam taetro spirantis ore Chimaeras
pascere naturam per terras omniparentis.
quorum nil fieri manifestum est, omnia quando
seminibus certis certa genetrice creata
conservare genus crescentia posse videmus.

705.

Chimères soufflant le feu de leur gueule immonde,
Nourrie par la Nature mère de toutes choses !
Mais on voit bien qu'il n'en est rien : tout corps produit
Par des semences définies, par une mère définie,
En grandissant demeurent de leur propre espèce.

710.

scilicet id certa fieri ratione necessust.
nam sua cuique cibis ex omnibus intus in artus
corpora discedunt conexaque convenientis
efficiunt motus ; at contra aliena videmus
reicere in terras naturam, multaque caecis

710.

Pour cela il faut donc un plan bien défini :
Car parmi tous les aliments, les seuls utiles
Sont ceux qui conviennent à l'espèce et produisent
Les effets voulus, mais les autres au contraire,
La nature les rend à la terre. Nombreux

715.

corporibus fugiunt e corpore percita plagis,
quae neque conecti quoquam potuere neque intus
vitalis motus consentire atque imitari.
sed ne forte putes animalia sola teneri
legibus his, quaedam ratio res terminat omnis

715.

Sont ceux qui, frappés par des chocs aveugles, fuient
Le corps — n'ayant pu se combiner ni reproduire
Les mouvements qui sont à la vie nécessaires.
Mais ne crois pas que seuls les êtres animés
Sont soumis à ces lois : tous les corps eux aussi.

720.

nam vel uti tota natura dissimiles sunt
inter se genitae res quaeque, ita quamque necessest
dissimili constare figura principiorum ;
non quo multa parum simili sint praedita forma,
sed quia non volgo paria omnibus omnia constant.

720.

Car si les créatures diffèrent entre elles
En leur totalité, c'est que leurs éléments
Premiers ont des figures qui sont dissemblables ;
Et s'il en est beaucoup de semblable figure,
Ils ne le sont pas tous, ni ordinairement.

725.

semina cum porro distent, differre necessust
intervalla vias conexus pondera plagas
concursus motus ; quae non animalia solum
corpora seiungunt, sed terras ac mare totum
secernunt caelumque a terris omne retentant.

725.

Et comme ils sont divers, alors le sont aussi
Intervalles, chemins, poids, rencontres et chocs
Mouvements qui ne sont pas propres aux vivants
Mais la terre et la mer vont aussi séparant
Et maintiennent le ciel éloigné de la terre.

§ Les éléments n'ont pas de couleur

§ Les éléments n'ont pas de couleur

730.

Nunc age dicta meo dulci quaesita labore
percipe, ne forte haec albis ex alba rearis
principiis esse, ante oculos quae candida cernis,
aut ea quae nigrant nigro de semine nata ;
nive alium quemvis quae sunt inbuta colorem,

730.

Alors à toi revient le fruit de mon labeur :
Ne crois pas que les corps qui t'apparaissent blancs
Sont formés seulement par des éléments blancs,
Ou que ceux qui sont noirs le sont d'éléments noirs.
Ne crois pas que les corps qui sont d'autre couleur

735.

propterea gerere hunc credas, quod materiai
corpora consimili sint eius tincta colore ;
nullus enim color est omnino materiai
corporibus, neque par rebus neque denique dispar.
in quae corpora si nullus tibi forte videtur

735.

Soient formés d'éléments de cette même teinte,
Et ce, quelle que soit celle qui les imprègne :
Aucun des éléments qui forment la matière
N'ont de couleur, semblable ou dissemblable à eux.
Mais croire qu'on ne peut atteindre par l'esprit

740.

posse animi iniectus fieri, procul avius erras.
nam cum caecigeni, solis qui lumina numquam
dispexere, tamen cognoscant corpora tactu
ex ineunte aevo nullo coniuncta colore,
scire licet nostrae quoque menti corpora posse

740.

Ces éléments, serait une bien grave erreur :
Ceux qui, aveugles-nés, ignorent la lumière,
Au toucher ont toujours reconnu les objets,
Depuis l'enfance et sans connaître leurs couleurs.
De même notre esprit peut donc connaître aussi

745.

vorti in notitiam nullo circum lita fuco.
denique nos ipsi caecis quaecumque tenebris
tangimus, haud ullo sentimus tincta colore.
Quod quoniam vinco fieri, nunc esse docebo.
omnis enim color omnino mutatur in omnis ;

745.

Des corps non revêtus de la moindre couleur.
Et nous-mêmes d'ailleurs, touchant dans les ténèbres
Quelque objet, nous n'en percevons jamais la teinte.
Ayant bien marqué ce point-là, je t'apprendrai...
Toute couleur en une autre peut se changer,

750.

quod facere haud ullo debent primordia pacto ;
immutabile enim quiddam superare necessest,
ne res ad nihilum redigantur funditus omnes ;
nam quod cumque suis mutatum finibus exit,
continuo hoc mors est illius quod fuit ante.

750.

Ce qui ne peut se faire pour les corps premiers.
Car il faut en effet une chose immuable,
Sinon tout pourrait bien se réduire à néant.
Si quelque chose change et sort de ses limites
C'est que ce qu'il était a cessé d'exister.

755.

proinde colore cave contingas semina rerum,
ne tibi res redeant ad nihilum funditus omnes.
Praeterea si nulla coloris principiis est
reddita natura et variis sunt praedita formis,
e quibus omnigenus gignunt variantque colores,

755.

Donnant de la couleur aux semences des choses,
Tu envoies au néant l'univers tout entier.
S'ils n'ont pas de couleur, les principes des choses,
Mais qu'ils sont affectés de formes variées,
Créant ainsi des teintes qu'ils peuvent modifier,

760.

propterea magni quod refert, semina quaeque
cum quibus et quali positura contineantur
et quos inter se dent motus accipiantque,
perfacile extemplo rationem reddere possis,
cur ea quae nigro fuerint paulo ante colore,

760.

Alors il faut pouvoir expliquer les semences,
Avec leurs positions et leurs combinaisons,
Les mouvements qu'elles reçoivent et se donnent,
Pour qu'il te soit facile ensuite d'expliquer
Pourquoi ce qui est noir devient bientôt après

765.

marmoreo fieri possint candore repente,
ut mare, cum magni commorunt aequora venti,
vertitur in canos candenti marmore fluctus ;
dicere enim possis, nigrum quod saepe videmus,
materies ubi permixta est illius et ordo

765.

De la blancheur éclatante du marbre :
Comme l'on voit la mer, quand les grands vents l'agitent,
Changer ses flots en vagues d'un blanc éclatant
Tu pourrais dire aussi que ce que l'on voit noir,
Quand changent sa matière et son agencement,

770.

principiis mutatus et addita demptaque quaedam,
continuo id fieri ut candens videatur et album.
quod si caeruleis constarent aequora ponti
seminibus, nullo possent albescere pacto ;
nam quo cumque modo perturbes caerula quae sint,

770.

Par ajout ou retrait de certains éléments,
Peut soudain nous paraître d'un blanc éclatant.
Mais si les éléments des flots marins étaient
D'azur, jamais ils ne pourraient paraître blancs ;
Car de quelque façon que tu mettes ces bleus

775.

numquam in marmoreum possunt migrare colorem.
sin alio atque alio sunt semina tincta colore,
quae maris efficiunt unum purumque nitorem,
ut saepe ex aliis formis variisque figuris
efficitur quiddam quadratum unaque figura,

775.

Jamais ils ne pourront virer au blanc du marbre.
Si ce sont des semences de couleurs variées
Qui donnent à la mer son éclat uniforme,
Comme souvent on peut de figures multiples
Obtenir un carré par leur combinaison,

780.

conveniebat, ut in quadrato cernimus esse
dissimiles formas, ita cernere in aequore ponti
aut alio in quovis uno puroque nitore
dissimiles longe inter se variosque colores.
praeterea nihil officiunt obstantque figurae

780.

Et que pourtant nous retrouvons dans le carré
Des formes variées — ainsi, des flots marins
Comme de toute teinte qui nous semble pure
Nous pourrions distinguer d'étranges variétés.
Rien n'empêche que des figures dissemblables

785.

dissimiles, quo quadratum minus omne sit extra ;
at varii rerum inpediunt prohibentque colores,
quo minus esse uno possit res tota nitore.
Tum porro quae ducit et inlicit ut tribuamus
principiis rerum non numquam causa colores,

785.

Constituent, vues depuis l'extérieur, un carré ;
Mais si ses éléments sont de couleurs variées
Une chose ne peut être de teinte unie.
Alors ce qui pourrait nous conduire à penser
Que les éléments premiers auraient des couleurs

790.

occidit, ex albis quoniam non alba creantur,
nec quae nigra cluent de nigris, sed variis ex.
quippe etenim multo proclivius exorientur
candida de nullo quam nigro nata colore
aut alio quovis, qui contra pugnet et obstet.

790.

Tombe — puisque le blanc n'est pas formé de blancs
Ni le noir d'éléments noirs, mais de leur variété.
Certes le blanc viendra bien plus facilement
De l'absence de couleur bien plus que du noir,
Ou de toute autre qui lui ferait un obstacle.

795.

Praeterea quoniam nequeunt sine luce colores
esse neque in lucem existunt primordia rerum,
scire licet quam sint nullo velata colore ;
qualis enim caecis poterit color esse tenebris ?

795.

Et comme les couleurs ont besoin de lumière,
Les éléments premiers ne s'y montrant jamais,
Ne peuvent donc être empreints d'aucune couleur ;
De quelle couleur pourraient être les ténèbres ?