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SOMMAIRE

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Marc demande des explications à Yseut.

381.

Tristran ravoit tot raconté
A son mestre com out ouvré.
Qant conter l'ot, Deu en mercie

381.

Tristan avait, de son côté,
À son maître, tout raconté :
Quant il l'entend, Dieu remercie

384.

Que plus n'i out fait o s'amie.
Ne pout son nain trover li rois.
Dex ! tant ert a Tristran sordois !
A sa chambre li rois en vient.

384.

Qu'il n'ait que parlé en ami !
Le roi cherche Frocin ; mon Dieu !
Pour Tristan, c'est très ennuyeux.
Le roi à sa chambre est venu,

388.

Iseut le voit, qui mot le crient :
« Sire, por Deu, dont venez vos ?
Avez besoin, qui venez sous ?
— Roïne, ainz vien a vos parler

388.

Iseut le voit, se croit perdue :
« Sire, par Dieu, d'où venez-vous ?
Tout seul ainsi, que cherchez-vous ?
— Reine, je viens pour vous parler :

392.

Et une chose demander.
Si ne me celez pas le voir,
Car la verté en vuel savoir.
— Sire, onques jor ne vos menti.

392.

Quelque chose vous demander.
Vous ne devez rien me cacher,
Je veux savoir la vérité.
— Sire, jamais ne vous mentis.

396.

Se la mort doi recevoir ci,
S'en dirai je le voir du tot :
Ja n'i avra menti un mot.
— Dame, veïs puis mon nevo ?

396.

S'il me fallait mourir ici,
Je dirais le vrai comme il faut,
Je n'en mentirais d'un seul mot.
— Dame, avez-vous vu mon neveu ?

400.

— Sire, le voir vos en desno.
Ne croiras pas que voir en die,
Mais jel dirai sanz tricherie.
« Gel vi et puis parlai a lui,

400.

— Sire, le vrai, dire je veux.
Même si vous n'allez le croire,
Sans tricher, conterai l'histoire.
Je l'ai vu, je lui ai parlé,

404.

O ton nevo soz cel pin fui.
Or m'en oci, roi, si tu veus.
Certes, gel vi. Ce est grant deus ;
Qar tu penses que j'aim Tristran

404.

Sous le pin, je l'ai rencontré.
Tuez-moi, si vous le voulez !
Oui, je l'ai vu ; est-ce un péché ?
Vous croyez que j'aime Tristan,

408.

Par puterie et par anjan.
Si ai tel duel que moi n'en chaut
Se tu me fais prendre un mal saut.
Sire, merci a ceste foiz !

408.

Comme font les mauvaises gens.
J'en suis si triste, peu me chaut,
Si par vous je fais le grand saut.
Sire, pitié pour cette fois !