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Nouveau complot des “Barons” contre Tristan et Yseut.

568.

Acordez est Tristran au roi.
Li rois li a doné congié
D'estre a la chambre : es le vos lié.
Tristran vait a la chambre et vient,

568.

Tristan s'entend avec le roi
Qui maintenant le laisse aller
En sa chambre tout à son gré.
Tristan sitôt y va et vient,

572.

Nule cure li rois n'en tient.
Ha, Dex ! qui puet amor tenir
Un an ou deus sanz descovrir ?
Car amors ne se puet celer :

572.

Le roi ne s'inquiète de rien.
Ah ! Dieu ! Comment, un an ou deux,
Sans se trahir, être amoureux ?
Car l'amour ne peut se cacher...

576.

Sovent cline l'un vers son per,
Sovent vienent a parlement,
Et a celé et voiant gent.
Par tot ne püent aise atendre,

576.

Souvent l'un fait l'autre appeler,
Et souvent ils vont se parlant,
En cachette ou devant des gens.
Nulle part ils ne sont en paix

580.

Maint parlement lor estuet prendre.
A la cort avoit trois barons,
Ainz ne veïstes plus felons.
Par soirement s'estoient pris.

580.

Il leur faut agir en secret.
À la cour étaient trois barons,
On ne vit jamais plus félons.
Ils avaient entre eux fait serment :

584.

Que si li rois de son païs
N'en faisot son nevo partir,
Il nu voudroient mais soufrir,
A lor chasteaus sus s'en trairoient

584.

Si le roi ne chassait Tristan,
Son neveu, de ces terres-là,
Ils ne le supporteraient pas ;
Dans leurs châteaux ils s'en iraient,

588.

Et au roi Marc guerre feroient.
Qar en un gardin souz une ente,
Virent l'autrier Yseut la gente
Ovoc Tristran en tel endroit

588.

Et la guerre alors lui feraient.
Car dans le jardin, dans un creux,
Ils avaient vu hier Yseut
Avec Tristan, qui se tenait

592.

Que nus hom consentir ne doit ;
Et plusors foiz les ont veüz
El lit roi Marc gesir toz nus.

592.

Comme nul homme ne devrait ;
Et plusieurs fois, ils les ont vus
Sur le lit du roi Marc, — tout nus !