prev

SOMMAIRE

prev

Les barons ont convaincu Marc de chasser Tristan et en appellent au nain.

595.

Quar quant li rois en vet el bois,

595.

Car quand le roi va en la forêt,

596.

Et Tristran dit : « Sire, g'en vois ; »
Puis se remaint, entre en la chanbre,
Iluec grant piece sont ensemble. [com1]
Nos li diromes nos meïmes.

596.

Tristan dit : « Sire je m'en vais ;  »
Mais reste et, dans la chambre va
Et tous deux longtemps restent là. [com1]
Nous-mêmes devons l'avertir ;

600.

Alon au roi et si li dimes,
Ou il nos aint ou il nos hast,
Nos volons son nevo en chast ! »
Tuit ensemble ont ce consel pris.

600.

Allons voir le roi, pour lui dire :
Qu'il nous haïsse ou aime un peu,
Il faut qu'il chasse son neveu !
D'accord se sont mis là-dessus,

604.

Le rois Marc ont a raison mis,
A une part ont le roi trait :
« Sire, » font il, « malement vet.
Tes niès s'entraiment et Yseut,

604.

Le roi Marc ils ont convaincu :
Ils l'ont entretenu à part ;
« Sire, apprends donc, de notre part,
Qu'ils s'aiment, Tristan et Yseut !

608.

Savoir le puet qui c'onques veut ;
Et nos nu volon mais sofrir. »
Li rois l'entent, fist un sospir,
Son chief abesse vers la terre,

608.

Quiconque veut le voir, le peut !
Nous ne pouvons le supporter. »
Le Roi a compris, soupiré ;
Il baisse la tête, hésitant,

612.

Ne set qu'il die, sovent erre.
« Rois, » ce diënt li troi felon,
« Par foi, mais nu consentiron ;
Qar bien savon de verité

612.

Ne sait quoi dire, allant, venant.
« Roi », disent donc les trois félons,
«  Jamais nous ne l'accepterons.
En vérité, nous le savons,

616.

Que tu consenz lor cruauté,
Et si sez bien ceste mervelle.
Qu'en feras-tu ? Or t'en conselle !
Se ton nevo n'ostes de cort,

616.

Tu acceptes ce qu'ils te font,
Ce scandale, tu le sais bien,
Il est grand temps d'y mettre fin !
Si tu ne chasses de la cour

620.

Si que jamais nen i retort,
Ne nos tenron a vos jamez,
Si ne vos tendron nule pez.
De nos voisins feron partir

620.

Ton neveu, vraiment pour toujours,
Jamais plus te reconnaîtrons,
Et la guerre nous te ferons.
De ta cour que nous ne voulons

624.

De cort, que nel poon soufrir.
Or t'aron tost cest geu parti :
Tote ta volenté nos di.
- Seignor, vos estes mi fael.

624.

Nos voisins aussi partiront.
À toi de choisir maintenant,
Et dis-nous quel parti tu prends !
— Seigneurs, vous m'êtes dévoués.

628.

Si m'aït Dex, mot me mervel
Que mes niés ma vergonde ait quise ;
Mais servi m'a d'estrange guise.
Conseliez m'en, gel vos requier.

628.

Par Dieu, je suis fort dépité
Que mon neveu me déshonore...
Pour tout service, il me fait tort !
Conseillez-moi, je vous en prie.

632.

Vos me devez bien consellier,
Que servise perdre ne vuel.
Vos savez bien, n'ai son d'orguel.
- Sire, or mandez le nain devin :

632.

Je dois bien suivre votre avis,
Car vos services sont précieux
Et de fierté ne suis soucieux.
— Sire, appelez le nain devin ;

636.

Certes, il set de maint latin,
Si en soit ja li consel pris.
Mandez le nain, puis soit asis. 

636.

Il en sait long, et du latin.
Que l'on prenne conseil de lui,
Qu'il vienne et qu'il en soit ainsi.

NOTES

com1 On notera que la rime du texte de Béroul est plutôt approximative... !