prev

SOMMAIRE

prev

Tristan va chez le roi Marc.

2449.

Anuit, après solel couchier,
Qant li tens prist a espoisier,
Tristran s'en torne avoc son mestre.

2449.

Quand le soleil se fut couché,
Que l'ombre eut tout dissimulé,
Avec son maître,Tristan partit.

2452.

Bien sot tot le païs et l'estre.
A Lancïen, a la cité,
En sont venu, tant ont erré,
Il decent jus, entre en la vile.

2452.

Il connaissait bien le pays.
A Lantien, en la cité,
En chevauchant, sont arrivés,
Tristan en la ville est entré.

2456.

Les gardes cornent a merville.
Par le fossé dedenz avale
Et vint errant tresqu'en la sale.
Mot par est mis Tristran en fort.

2456.

Les gardes leurs cors font sonner
Mais dans le fossé il dévale,
Et il parvient jusqu'à la salle.
Il va devoir jouer serré !

2460.

A la fenestre ou li rois dort
En est venuz, souef l'apele,
N'avoit son de crïer harele.
Li rois s'esvelle et dit après :

2460.

À la fenêtre est arrivé,
Où le roi dort, et sans crier
À son oreille l'a appelé...
Le roi s'éveille et il s'écrie :

2464.

« Qui es, qui a tel eure ves ?
As tu besoin ? Di moi ton non.
— Sire, Tristran m'apele l'on.
Un brief aport, sil met cil jus

2464.

« Qui es-tu pour venir ici ?
Que veux-tu donc ? Dis-moi ton nom !
— Sire, Tristan ai-je pour nom.
Une lettre viens vous remettre

2468.

El fenestrier de cest enclus.
Longuement n'os a vos parler,
Le brief vos lais, n'os plus ester. »
Tristran s'en torne, li rois saut,

2468.

Je la pose sur la fenêtre.
Je n'ose vous parler longtemps,
Je vous la laisse en m'en allant. »
Tristan part ; le roi s'est levé

2472.

Par trois foiz l'apela en haut :
« Por Deu, beaus niés, ton oncle atent ! »
Li rois le brief a sa main prent.
Tristran s'en vet : plus n'i remaint,

2472.

Et par trois fois l'a appelé :
« Par Dieu, neveu, attends ici ! »
La lettre dans ses mains a pris.
Tristan n'attend pas et s'en va,

2476.

De soi conduire ne se faint,
Vient a son mestre qui l'atent,
El destrier saut legierement.
Governal dist : « Fol, quar esploites !

2476.

Il ne veut pas demeurer là ;
À Gouvernal vient, qui l'attend,
Son cheval monte lestement.
Gouvernal dit : « Fou, presse-toi

2480.

Alon nos en les destoletes ! »
Tant ont erré par le boschage
Qu'au jor vindrent à l'ermitage.
Enz sont entré. Ogrins prioit

2480.

Prenons les sentiers dans les bois ! »
Par la forêt ont chevauché,
Tant que l'ermitage ont trouvé.
En entrant voient Ogrin priant

2484.

Au roi celestre qant qu'il pot
Tristran defende d'enconbrier
Et Governal, son escuier.
Qant il le vit, es le vos lié :

2484.

Le Roi céleste, tant et tant,
Pour que Tristan soit protégé,
Et Gouvernal son écuyer.
En les voyant, se réjouit :

2488.

Son criator a gracïé.
D'Iseut n'estuet pas demander
S'ele out poor d'eus encontrer.
Ainz, pus le soir qu'il en issirent

2488.

Au Créateur a dit merci.
Quant à Yseut, vous pouvez croire
Qu'elle pensait ne plus les voir !
Chaque soir depuis leur départ

2492.

Tresque l'ermite et el les virent,
N'out les eulz essuiez de lermes :
Mot par li senbla lons cis termes.
Qant el le vit venir, lor prie... [Note]

2492.

Jusqu'au moment de les revoir,
De larmes eut les yeux mouillés
Et le temps, long, lui a semblé !
Quand elle les voit, elle demande... [Note 2495]

2496.

Que il i fist, ne fu parole.
« Amis, di moi, se Dex t'anort,
Fus tu donc pus a la roi cort ? »
Tristran lor a tot reconté,

2496.

Sans demander ce qu'il y fit.
« Ami, dites-moi, si Dieu veut,
Le roi avez-vous vu un peu ? »
Tristan lui a tout raconté

2500.

Conment il fu a la cité,
Et comment o le roi parla,
Comment li rois le rapela
Et du brief que il a gerpit,

2500.

Comment là-bas il est entré,
Et avec le roi a parlé,
Comment le roi l'a rappelé
De la lettre qu'il a laissée

2504.

Et con li rois trova l'escrit.
« Dex ! » dist Ogrins, « graces te rent.
Tristran, sachiez, asez briment
Orez noveles du ro Marc. »

2504.

Et comment le roi l'a trouvée.
« Dieu !  » dit Ogrin, « grâces te rends !
Tristan, c'est sûr, rapidement,
Aurez des nouvelles de Marc. »

2508.

Tristran decent, met jus son arc.
Or sejornent a l'ermitage.

2508.

Tristan descend, pose son arc.
À l'ermitage installés sont.

NOTES

Note Il semble que le texte présente ici une lacune ; le copiste a probablement oublié un vers : la rime est absente.

arc C'est la deuxième fois que le jongleur/auteur à recours à cet « arc » pour une rime avec « Marc » qui n'est certes pas facile à trouver ! Et bien sûr, je m'empresse de faire comme lui... !