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Remords du roi Marc

285.

Tristran s'en est pieça alez.
Li rois de l'arbre est devalez ;
En son cuer dit or croit sa feme

285.

Tristan maintenant est parti...
De l'arbre le roi descendit.
Il croit sa femme, maintenant,

288.

Et mescroit les barons du reigne,
Que li faisoient chose acroire
Que il set bien que ce n'est pas voire
Et qu'il a prové a mençonge.

288.

Et non les barons courtisans,
Qui chose croire lui ont fait
Dont il sait que ce n'est pas vrai,
Mais rien que mensonge avéré.

292.

Or ne laira qu'au nain ne donge
O s'espee si sa merite
Par lui n'iert mais traïson dite ;
Ne jamais jor ne mescroira

292.

Au nain il fera, par l'épée,
Payer ses bien mauvais services
Pour que jamais plus ne trahisse.
Plus jamais ne soupçonnera

296.

Tristran d'Iseut, ainz lor laira
La chambre tot a lor voloir :
« Or puis je bien enfin savoir.
Se feüst voir, ceste asenblee

296.

Tristan, Yseut, mais laissera
La chambre à tous les deux ouverte ;
« Je le sais bien maintenant, certes,
Si c'était vrai, leur rendez-vous

300.

Ne feüst pas issi finee.
S'il s'amasent de fol'amor,
Ci avoient asez leisor,
Bien les veïsse entrebaisier.

300.

Ainsi n'eût pas fini du tout !
S'ils s'aimaient d'amour fou, vraiment
Ils en avaient ici le temps :
Je les aurais vu s'embrasser,

304.

Ges ai oï si gramoier,
Or sai je bien n'en ont corage.
Porqoi cro je si fort outrage ?
Ce poise moi, si m'en repent :

304.

Mais ils se sont bien lamentés...
Ils n'ont donc pas le cœur à ça !
Où est donc l'outrage en cela ?
Cela me pèse, je m'en repens :

308.

Mot est fous qui croit tote gent.
Bien deüse ainz avoir prové
De ces deus genz la verité
Que je eüse fol espoir.

308.

Bien fou celui qui croit les gens !
J'aurais bien dû plutôt chercher
Sur ces deux là, la vérité,
Plutôt que de penser au vice.

312.

Buen virent aprimier cest soir.
Au parlement ai tant apris
Jamais jor n'en serai pensis.
Pa matinet sera paiez

312.

Ce soir leur a été propice !
Les écouter m'a tant appris
Que je ne me fais nul souci.
À l'aube Tristan recevra

316.

Tristran o moi : s'avra congiez
D'estre a ma chambre a son plesir.
Or est remès li suen fuïrs,
Qu'il voloit faire le matin.  »

316.

De moi le droit, quand il voudra,
D'aller dans ma chambre à loisir.
Il n'est plus question de partir
Comme il voulait demain matin. »

320.

Oiez du nain boçu Frocin.

320.

Parlons du nain bossu Froçin.